Le goût des livres

Du plus loin que je me souvienne, les livres ont fait partie de ma vie.

Avant même d’apprendre à lire, j’étais fascinée par la grande bibliothèque qui couvrait un pan de mur du salon. Enfant, son contenu me subjuguait telle la promesse d’une île au trésor, particulièrement un rayon qui abritait la collection Larousse des « Beautés du monde ».

Je ne savais pas encore lire que j’avais usé à la corde la reliure de ces livres à force d’en tourner les pages, d’en caresser chaque photo, du bout des doigts. Il y avait en couverture du tome de l’URSS cette cathédrale envoûtante pour la fillette que j’étais, avec ses coupoles aux couleurs vives et tournoyantes comme des chapiteaux de cirque. La couverture du tome de la Chine arborait une jolie pagode, celle de l’Italie une gondole… À cinq ans, du fond de mon Abitibi natale, j’avais déjà fait le tour du monde, cent fois.

Puis, j’ai appris à lire. J’ai édifié petit à petit ma propre bibliothèque, j’ai poussé toujours plus loin mes voyages de par le monde, de par les mondes. Puis, je suis devenue éditrice. Enfin, je suis devenue écrivaine, histoire de transmettre le goût des livres, d’entraîner les autres dans mes pérégrinations.

Du plus loin que je me souvienne, j’ai reçu et j’ai offert des livres en cadeau. Pour mes filleuls et nièces, j’ai toujours été « Ma tante livres », celle qui ne donnait que des livres à Noël. Bien sûr, quand venait le temps de déballer les étrennes, le livre faisait pâle figure aux côtés d’un jouet dernier cri. Mais telle une héroïne de la résistance j’ai soutenu au fil des ans, contre vents et marées, mes offrandes de papier. Car le livre est ainsi fait qu’il s’insinue en vous, parfois subrepticement.

Aujourd’hui, quand filleuls et nièces me rendent visite, ma bibliothèque a l’aura d’une île aux trésors. Certains livres sont usés à la corde.

Chez eux, les jouets ont disparu, mais les livres sont restés, indémodables. À 18 ans, ma nièce Gabrielle étudie la littérature, elle veut devenir autrice. À 13 et 14 ans, mes filleuls Adèle et Zéliam peuvent lire des briques que j’étais incapable de lire à leur âge, Zéliam en particulier adore bouquiner. Il a lu cet automne Romain Gary et Alessandro Baricco, il a aussi lu le dernier roman de sa marraine. Mes filleuls et mes nièces me remplissent de fierté.

Encore à Noël, ils ne recevront de moi que des livres, mais ils en seront heureux. En dépit de tous les confinements, ils pourront voyager puisqu’ils ont attrapé le goût des livres, le plus doux et le plus inoffensif des virus. Ils pourront le transmettre à leur tour.

3 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 10 décembre 2020 03 h 36

    Qui oui Madame.

    Les livres et la lecture sont les "pierres anglaires" du savoir. Surtout quand la diversité des lectures en sont la base. On ne lit pas uniquement ce qui nous conforte dans nos pré-supposiments intrinsèques, mais aussi les "écrits" qui ne vont pas nécessairement dans le "conformiste"... Le professeur Philip Carl Salzman (dans un la parution d'aujourd'hui du le Devoir) en fait la démonstration.

    Moi aussi, je donne des livres en cadeaux et en récompenses... et pas uniquement aux petits enfants... Mais aussi à des personnes hautement scolarisées. À titre d'exemple, à Noël dernier j'ai remis un livre portant sur "la médecine dans la Nouvelle-France" au "médecin de famille" qui m'est attitré... C'est un médecin ayant fait toutes ses études (et partiques) en France. Il n'est ici que pepuis 2 années... Et bien, à toutes les fois que je le rencontre, il me répète "ça, s't'affaire là... de ces méthodes là... ils ne nous ont jamais parlé de cela... c'est intéressant en titi comme vous dites ici..."

    La culture "livresque" est malheureusement, de nos jours, pratiquement considérée comme étant une chose ennuyeuse, des choses juste bonnes pour les rebuts comme me le disait une étudiante à la maîtrise en TS en voyant la petite bibliothèque dans mon étude : "t'as dont ben des cochonneries qui servent à rien dans t'on meuble, tu ne me diras pas que t'as lu tout ça, ça ne sert à rien".

  • Gilbert Turp - Abonné 10 décembre 2020 12 h 50

    Quelle belle lettre !

    Merci.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 décembre 2020 16 h 21

    Autrice ou auteure ?

    Je ne sais pas si Marie-Anne Legault a signé « autrice » quand elle a envoyé sa lettre au 'Devoir', mais sur le site de Québec Amérique, c'est « auteure » qui apparaît sous son nom (https://www.quebec-amerique.com/auteurs/marie-anne-legault-658). Je suppose que si elle n'avait pas été d'accord, elle aurait demandé d'en changer pour « autrice ».

    Il faudrait lire « Alessandro Baricco » et non « Alessandro Barrico ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Alessandro_Baricco