Je proteste et je dénonce!

Dans le contexte actuel, il est encore moins facile qu’en temps normal d’obtenir dans un délai raisonnable les services de santé pour lesquels, pourtant, nous investissons déjà la moitié du budget du Québec. Mais au privé, c’est possible, car il n’y a pratiquement pas d’attente, moyennant paiement, bien sûr !

J’en ai fait la troublante expérience fin septembre à la suite d’une demande de consultation faite en début d’année par mon médecin de famille. Étrangement, la priorité de ma demande a été abaissée par le « chirurgien répondant » sans qu’on m’ait appelé ou rencontré. Cela, au motif que les listes d’attente sont très longues et qu’il n’y a ni locaux ni temps à l’hôpital pour voir des patients.

On m’a ensuite informé qu’une consultation serait possible dans la clinique d’un groupe bien connu de la région de Québec. Celui-ci plastronne d’ailleurs, se présentant comme « la meilleure alternative au système de santé public ». Le système de santé privé est pour celui-ci une excellente option pour un accès rapide aux soins.

Bien sûr, c’est possible moyennant des frais importants, qu’il s’agisse de médecine familiale, de médecine spécialisée ou d’autres services de santé. Bref, si vous en avez les moyens, pas de problème, c’est accessible !

Nous sommes en plein système à deux vitesses, n’est-ce pas ?

D’un côté, le système public exsangue, en déficit de ressources humaines et physiques malgré ce que l’on paie déjà. De l’autre, un système privé de plus en plus pesant, qui saigne le public d’une partie de ses ressources médicales ou infirmières… et qui tarifie.

Pour ma part, même si j’estime en avoir les moyens, je préfère me priver de ceux-ci plutôt que de payer deux fois tout en graissant le système privé dont les principaux acteurs sont d’ailleurs déjà trop payés.

Quand mettrons-nous enfin le poing sur la table pour que cessent cette dilapidation, ce gaspillage, cette déprédation et ce désordre ?

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 décembre 2020 01 h 02

    Une société civilisée ne laisse pas ses citoyens les plus vulnérables aux dérives d'un système de santé à deux vitesses: un pour les riches et l'autre pour les pauvres.

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, monsieur Roger Bertrand. «Moi aussi, pour ma part, même si j’estime en avoir les moyens, je préfère me priver de ceux-ci plutôt que de payer deux fois tout en graissant le système privé dont les principaux acteurs sont d’ailleurs déjà trop payés.» Honte à nos gouvernements qui encouragent un système de santé à deux vitesses!
    Arrêtons de dorloter la cupidité.

  • Raynald Rouette - Abonné 5 décembre 2020 09 h 23

    La santé et l’éducation, deux géants aux pieds d’argile


    Cela fait 25 ans que les différents gouvernements affaiblissent ce qui faisait la fierté des Québécois depuis les années soixante, le début de la révolution tranquille du Québec. À l'époque, nous étions sous un régime social-démocrate. Nous avons laissé faire en détournant le regard. Aujourd'hui, c'est chacun pour soi, à moins que nous soyons nés sous une bonne étoile ou avec une cuillère d'argent dans la bouche...

    Cela a commencé avec le déficit zéro de Lucien Bouchard, tous les autres gouvernements ont laissé la situation se dégrader année après année. À leur décharge, le manque de solidarité des Québécois a fait en sorte que nous en soyons là. Le gouffre est si profond qu'il n'y a pas de possibilité de retour. Là encore, nous feignons de ne pas le voir ou de l'admettre pour sauver les apparences.

    Pour employer les mots de Michel Houellebeck, lorsque cette pandémie sera chose du passé, "le monde sera le même en un peu pire".

  • Jean-François Trottier - Abonné 5 décembre 2020 09 h 24

    Deux points et des détails

    D'abord, le système de santé a besoin d'un puissant ménage chez ses gestionnaires.

    De haut en bas les gestionnaires de la Santé sont des gens qui viennent du système et y ont monté en suivant la "bonne ligne", i.e. en disait oui tout le temps.
    Ce faisant, ils ont toujours reporté la pression plus bas, où on la reporttait plus bas, et encore plus bas jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de bas.

    Un bon gestionnaire protège ses subordonnés, qui le lui rendent. À ce compte, les bons gestionnaires sont rarissimes en Santé!
    Alors, que les gestionnaires aillent faire un tour ailleurs, dans d'autres industries au privé. Pas que le privé soit meilleur! Non, mais il est différent. La job de gestion, ça s'apprend avec de multiples expériences, hé oui.
    Qu'il existe un roulement fort là où les mêmes têtes reviennent depuis 20 ans et plus.
    Les "petits" privilèges vont disparaître à vitesse grand V, et la vrai efficacité va arriver, dans la bonne humeur en plus! Ça, ça ferait du bien!

    Ensuite, que le système de santé privé fasse sa part pour une fois.
    Il faut au plus vite taxer les soins de santé hors du système à hauteur de 30% à 40%, et que ces sommes soient consacrées au public obligatoirement.
    Les gens aptes à payer dovent contribuer.
    Il est probable que les médecins non "conventionnés" devront baisse leurs tarifs pour inclure cette taxe. Normal et sain. Quelques cas d'urgence absolue pour des personnes moins riches devront probablement être traités séparément. C'est possible et probable en effet.
    Mais la majorité des cas sera payante pour tous. D'où amélioration pour le système en général.

    Une grande part du problème est la baisse de transfert et le chantage d'Ottawa. On ne peut régler ça qu'en élections, en faisant ressortir la cruelle bêtise du fédéral. La centralisation, on a vu ça avec Barrette. Plus jamais!

    Enfin, un peu de concurrence dans la syndicalisation des infirmières ne pourrait pas nuire... S'pas?

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 décembre 2020 13 h 40

      « Le système de santé a besoin d'un puissant ménage.. » - Jean-François Trottier

      Notre système de santé a été principalement mis à mal par vos fameux «sociaux-démocrates».

      Ne pensons qu'à la réforme Rochon du PQ qui a "soulagé" le système de 17,000 employés.es de la santé.

      Ainsi affaibli, ne restait plus que le recours au privé pour tenter d'avoir du service.

  • Pierre Desautels - Abonné 5 décembre 2020 10 h 44

    Bien d'accord.


    Au Québec, contrairement au reste du Canada, les médecins et spécialistes ont le droit de se désafillier du système public pour exercer leur profession au privé uniquement, ce qui est un scandale. Le Québec, cancre du système de santé au Canada, préfère déchirer sa chemise pour défendre ses "compétences" traditionnelles, plutôt que de mettre fin à ce système à deux vitesses.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 décembre 2020 11 h 38

    Bien dit

    Bravo.