Rémunérons les infirmières équitablement

Durant les derniers mois, la pandémie a braqué les projecteurs médiatiques sur les conditions de travail de plus en plus difficiles avec lesquelles le personnel hospitalier du Québec doit composer d’année en année.

À bout de souffle, de nombreux membres du corps infirmier en viennent à se tourner vers des agences de placement privées, qui leur offrent souvent une plus grande flexibilité d’horaire et de meilleurs salaires. Récemment, un reportage de Radio-Canada nous apprenait que certaines agences peuvent facturer jusqu’à 150 $ l’heure pour les services d’un infirmier ou d’une infirmière. Devant ces taux jugés abusifs, quelques bulles de la blogosphère ont éclaté d’indignation.

On saura difficilement trouver en moi le défenseur d’une telle privatisation de services essentiels. Cependant, dans le cas qui nous occupe, le cœur du problème m’apparaît se trouver ailleurs que dans les excès de l’entreprise privée. À mon sens, le problème réside dans l’incapacité du système publique à prendre soin de son propre personnel ou, faute de mieux, à le rémunérer décemment pour son travail particulièrement éreintant.

L’argent manque, alors, comment faire ? Cette question pourrait en partie être résolue si l’on s’attaquait enfin à une iniquité persistante des plus élémentaires : l’écart colossal qui sépare le salaire moyen des médecins et celui des infirmières.

Qu’on ose l’affirmer sans ambages, les rémunérations des médecins paraissent indécentes quand on les met en perspective avec celles, bien plus basses, des autres spécialistes de la santé. Devrait-on baisser les salaires des médecins ? Cela est sans doute impossible. En revanche, pourrait-on redistribuer quelques pourcentages de leurs revenus à leurs collègues, au moyen d’un impôt spécial ? L’idée, aussi hardie soit-elle, est lancée.

5 commentaires
  • Germain Dallaire - Abonné 5 décembre 2020 08 h 07

    Pas seulement les infirmières!

    La pandémie a montré et montre toujours à quel point notre système de santé (les systèmes publics en général, qu'on pense à la DPJ) est à bout de souffle et défaillant. Les quarante dernières années de néo-libéralisme ont fait leur oeuvre. Deux principes de cette doctrine jouent directement contre les systèmes publics: le désengagement de l'État pour favoriser le privé et la baisse des charges fiscales. Ici au Québec, il faut ajouter le déséquilibre fiscal qui conduit à la baisse constante de la contribution fédérale.Ce sont nos impôts dont il se sert pour faire du chantâge. Le gouvernement caquiste a maintes fois démontré qu'il est partisan du néo-libéralisme et il ne s'en cache pas.
    Lors de la première vague de la pandémie au printemps, on l'a vu parler ad nauseam de nos anges gardiens, un terme qui pue la mauvaise conscience et la manipulation. Aujourd'hui, il n'utilise plus ce terme. Il ferait plutôt le contraire comme on l'a vu récemment lorsqu'il a parlé des quelques 6000 employé(e)s de la santé en absence maladie pour justifier son annulation du "pacte de Noel. C'était un peu beaucoup leur faire porter le chapeau. Depuis environ un an, le gouvernement est en négociation avec les employé(e)s du secteur public. Il traite ces négociations comme si la pandémie n'avait jamais existé. Le scandale est là. D'ailleurs, avez-vous remarqué à quel point on donne peu de détails sur les morts de la deuxième vague. Tout le focus est mis sur le nombre d'infections passant ainsi sous silence la responsabilité du gouvernement. C'est de notre faute! Pourtant, il y a un nombre considérable d'éclosions dans les ressources pour personnes agées. Le gouvernement avance des fausses pistes et les pigeons voyageurs les suivent.
    Cela dit, vous avez raison de cibler les traitements des médecins, particulièrement ceux des spécialistes. C'est qu'en plus de gouvernements néo-libéraux, nous avons eu le malheur d'avoir deux spécialistes à la tête du précédent gouvernement.

    • André Labelle - Abonné 5 décembre 2020 11 h 57

      « C'est de notre faute! », écivez-vous. Je dirais plutôt que c'est la faute de toute la société, de toutes ses composantes. On juge de la qualité d'un gouvernement par les réductions de taxes et d'impôts qu'il a effectuées. On juge de la valeur d'un citoyens par la grosseur de sa maison ou de son automobile, de son salaire,par son apparence soignée, sa taille par ses habits bien coupés.
      Il m'est de plus en plus évident que l'immence majorité des maux de notre société moderne actuelle est issue, directement et indirectement des valeurs néolibérales qui nous gouvernent tous, à quelques exceptions près.
      Évidemment nos systèmes de santé n'y échappent pas. Les médecins, surtout les spécialistes, sont vus comme des pontifs qui, comme groupe, réussissent à imposer leurs valeurs cupides à nos gouvernements depuis des générations. Ils ont réussi à construire un système de santé qui, dans sa globalité, répond d'abord à leurs intérêts corporatifs.

    • Germain Dallaire - Abonné 5 décembre 2020 16 h 25

      Je regrette M. Labelle mais je trouve que vous noyez le poisson. Dire que c'est de la faute de tout le monde c'est dire que c'est de la faute de personne. Ça conduit à l'impuissance. L'essentiel de mon texte était justement de souligner la responsabilité du gouvernement. C'est lui qui a la responsabilité de la qualité des services. Nous ne sommes pas néo-libéraux parce que nous sommes des consommateurs et ça, nous le sommes tous à des degrés divers. Le néo-libéralisme comme doctrine s'incarne principalement dans les traités de libre-échange. Ces traités ne sont pas que des traités d'échanges commerciaux. Ils sont accompagnés d'un tas de clauses dont on ne parle pas mais qui attachent les mains des gouvernements. Vous avez sûrement entendu parler de la possibilité pour les compagnies d'attaquer en justice un gouvernement qui édicte une norme (environnementale par exemple). Dans le dernier traité Canada-États Unis-Mexique, une clause rend très difficile l'adoption de règles (normes) par un gouvernement. Il doit les justifier à un tribunal tri-partite et prouver un tas de choses. On parle toujours de l'aluminium et de l'agriculture. Ce sont des éléments importants surtout pour le Québec qui fait toujours les frais de décisions "canadian". On parle moins des autres clauses qui ont pourtant une influence énorme sur nos vies. C'est là que le néo-libéralisme s'incarne.

    • André Labelle - Abonné 5 décembre 2020 18 h 02

      M. Dallaire, vous m'accusez de noyer le poisson ! Mais dans quelle marre vous baignez-vous ? Toutes nos activités, disons 90 %, ont comme résultat, évidemment pas le seul, d'enrichir ce fameux 1% des possédants de plus de 90 % de la richesse. Et vous pensez que vous êtes en mesure de résister à leurs sirènes ?
      Vous donnez d'excellents exemples de ce que j'avance. Qui impose aux gouvernements de la planète les clauses dont vous semblez déplorer l'existence.
      Si nous voulons sérieusement se donner une petite chance de changer les choses, il faut d'abord reconnaître la source du problème. Autrement ce sera comme le jour de la marmotte.

      «Je me croyais libre
      Sur un fil d'acier
      Quand tout équilibre
      Vient du balancier.»
      [Aragon chanté par Jean Ferrat]

  • Roxane Bertrand - Abonnée 5 décembre 2020 17 h 07

    Demander et offrir ce que le milieu a besoin

    Les infirmières, comme tous, méritent d'être payées. Cependant, leurs demandes sont plus que salariales, elles demandent des changements dans leurs conditions de travail. Les TSO, temps supplémentaires obligatoires, le surnombre de patient à charge,....sont les manifestations de la dégradations des nos services publiques, et de leur conditions de travail.

    Augmenter les salaires et/ou augmenter les effectifs demandent du financement. Donner une plus grosse part de la "tarte" aux soins infirmiers ne veut pas dire une "plus grosse tarte". Il faudrait repartir autrement ce qui a déjà été donnée ailleurs. Le niveau de difficultés est élevé et ce n'est pas la bataille que veut livrer monsieur Legault en ce moment.