Cri du coeur d’un Québécois dit «de souche»

Depuis quelque temps, les manifestations de frustration et d’inconfort de Québécois ayant de la difficulté à se reconnaître et à se sentir chez eux au Québec sont de plus en plus insistantes et ont souvent pour effet de mettre ceux que l’on qualifie de Québécois « de souche » (dont je suis) sur la défensive, pour ne pas dire au banc des accusés. Devant ces demandes pressantes d’ouverture à l’autre, d’effort accru de compréhension de ma part, j’ai parfois envie de mettre un miroir devant moi et de retourner ces demandes à mes interlocuteurs.

Par exemple, est-ce que vous vous rendez compte que votre acceptation béate du Bonjour-Hi m’agace ; que votre indifférence envers notre combat pour la langue française me désole ; que votre refus de la loi 101 me chagrine ; que vos demandes irresponsables du droit d’accès à l’école anglaise me choquent ; que votre ignorance de la culture québécoise me blesse ? Êtes-vous conscients de notre sensibilité relative à ces questions ?

Que savez-vous du carcan de conservatisme religieux que nous avons eu à supporter pendant des décennies, jusqu’au début des années soixante, et de ce qui a entraîné la Révolution tranquille ? Avez-vous déjà écouté la chanson de Félix Leclerc L’alouette en colère pour savoir pourquoi est né le PQ ? Avez-vous lu Nègre blanc d’Amérique de Pierre Vallières pour savoir pourquoi a existé le FLQ ? Connaissez-vous le texte Speak white de la poète Michèle Lalonde, pour comprendre notre intolérance à toute forme de domination de l’anglais au Québec ? Avez-vous vu l’excellent film La passion d’Augustine de Léa Pool, pour savoir comment, dans les années soixante, nous avons sans ménagement décapuchonné les bonnes sœurs et comprendre pourquoi nous éprouvons une aversion viscérale envers toute forme de prosélytisme religieux ? Vous êtes-vous déjà interrogés sur les raisons de notre insécurité culturelle et linguistique, qui parfois prend malheureusement la forme d’une indifférence, d’une fermeture ou d’un manque d’accueil à votre égard ? Vous l’êtes-vous déjà demandé ?

Bon ! Une fois constaté le fait que la réalité sociopolitique du Québec fait de nous deux fragilités tiraillées par des forces qui parfois nous séparent, on fait quoi ? Je vous dirais qu’à part un effort véritable de reconnaissance mutuelle et de compréhension réciproque de nos fragilités respectives, je vois peu de solutions.

105 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 01 h 34

    La bienveillance est une rue à double sens.

    Il me semble que ce sont les immigrants qui doivent s'adapter à la société d'accueil, pas le contraire.
    L'on a quitté nos pays d'origine précisément pour s'échapper à la police de la pensée et aux dogmes religieux institutionnalisés dans les lois. L'on est venus ici à la recherche de la liberté de conscience, de la laïcité, de l'égalité homme/femme et de la liberté de parole, en fin, l'idéologie des Lumières. On est venu ici à la recherche de la démocratie et le transfert du pouvoir, sans que le sang cule dans les rues. On est venu ici à la recherche de l'universalisme, au lieu du tribalisme que l'on a quitté derrière nous. Cracher sur la société d'accueil en guise de reconnaissance, sent l'ingratitude.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2020 09 h 01

      Je demande aux gens de QS, et autres, de comprendre que nos propres religieux(euses) ont accepté d'enlever leurs signes religieux ostentatoires, au début des années 70. Alors nous demandons à ceux qui arrivent d'ailleurs de nous respecter et d'enlever leurs signes religieux ostentatoires en situation d'autorité.

      Pis encore là, la CAQ a reculé.Craignant que la loi 21 soit contestée, elle a reculé en exemptant les écoles privées.

      Je vous recommande la lecture du livre récent de Jean-Pierre Obin, qui fut inspecteur d'Éducation en France:"Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école".

      Quand j'ai vu qu'un syndicat québécois d'enseignants faisait partie de ceux qui contestent la loi 21, je fus renversé!

    • Marc Pelletier - Abonné 4 décembre 2020 09 h 54

      Mme Alexan, suite à votre propos, je ne doute pas que vous recevrez un tas de cartes de Joyeux Noël !

      M. Pierre Cliche, la conclusion de votre lettre, en cet avent de la période des Fêtes, nous propose une voie lumineuse vers un Québec meilleur.

      Si nous puisons dans nos réserves d'accueil, nous y verrons le sourire qui accompagne habituellement l'accueil, même sans effort.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 décembre 2020 10 h 18

      Ah! Non. Je vais être obligé d'être d'accord avec vous sur cette lettre.

      « Ben » non Mme Alexan, ce n'est plus aux immigrants de s'adapter dans un nouveau pays qu'ils ont librement choisis et dont plusieurs sont arrivés ici illégalement, c'est la société d'accueil qui doit se pourfendre pour acclimater ceux qui nous amènent leurs vieux concepts rétrogrades qui ont causé leur départ de leur pays respectif en premier lieu selon les grands prêtres autoproclamés du multiculturalisme. Encore une fois, ce n'est plus ce que je peux faire pour le pays d'accueil, mais bien ce que celui-ci peut faire moi, filet social oblige.

      Ceux qui crient au racisme ont quitté leur pays d'origine en quête de liberté et de richesse économique. Il faut le dire, il n'y en pas beaucoup qui émigrent dans des pays comme Haïti. Mais en retour, ceux qui sont les plus tonitruants, eh bien, veulent garder leurs croyances qui vont souvent à l'encontre de la liberté de conscience, de la laïcité, de l'égalité homme-femme et de la liberté de parole des autres. Pire encore, ils utilisent les lois et les chartes pour faire valoir leur point de vue même si ces dernières n'ont pas été créé pour un discours victimaire et rétrograde qui polarise la société.

      Et je dis bravo à cette lettre de M. Cliche. Nous sommes chez nous et nous sommes au Québec. Point à la ligne. Nous ne sommes pas une société multiculturaliste au sens sclérosé des chartes de tous genres, nous le sommes en communion sociétale avec tous. Au lieu de chercher à cantonner les gens dans un communautarisme malsain, nous cherchons les points communs qui vont au-delà de la couleur de l’épiderme.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 10 h 23

      J'ai oublié de mentionner dans mon commentaire précédent que ce sont les bienpensants qui encouragent les nouveaux venus de pratiquer «la laïcité dite ouverte» où chaque culture s'enferme sur elle dans son communautarisme ethnique et dans son identité religieuse. On privilégie le tribalisme au lieu du métissage.
      Sans l'appui aveugle de ces universitaires et de ces partis politiques qui recherchent des électeurs dociles, les nouveaux venus seraient obligés de se conformer aux valeurs communes.
      Pendant des siècles, les immigrants sont venus ici pour s'intégrer et pour faire une contribution valable à la société d'accueil. Ils ont enrichi leur hôte avec leurs connaissances et leur dévouement au travail ardu et à construire une société égalitaire où c'est bon de vivre au lieur de chialer tout le temps.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2020 12 h 18

      C'est le propre de l'islam radical de gruger l'espace public partout oì passe.Il me semble que ce qui se passe dans certains pays européens, notamment en Angleterre et en France, devrait en questionner certains

      Quand c'est rendu qu'un syndicat de profs, la FAE, s'oppose à la timide loi de la laïcité!

      Mme Alexan écrit:"Pire encore, ils utilisent les lois et les chartes pour faire valoir leur point de vue même si ces dernières n'ont pas été créé pour un discours victimaire et rétrograde qui polarise la société."- Or,certains de ceux/celles qui ont plaidé, en Cour, contre la loi 21 étaient appuyés par des organismes financés par le fédéral.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 décembre 2020 12 h 50

      Désolé M. Grandchamp, mais c'est moi qui a écrit : « Pire encore, ils utilisent les lois et les chartes pour faire valoir leur point de vue même si ces dernières n'ont pas été créées pour un discours victimaire et rétrograde qui polarise la société ».

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 décembre 2020 17 h 27

      Mille excuses pour mon erreur de citation!

  • Serge Lamarche - Abonné 4 décembre 2020 04 h 21

    Quelle fragilité

    Que c'est dur ben dur donc dur...
    Je regarde dans mes souvenirs et le plus dur était encore de subir mes parents psychopathes. Même les psychopathes anglais étaient moins pire car duraient moins longtemps.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 4 décembre 2020 09 h 20

      Désolé d'apprendre que vous aviez des parents psychopathes. J'espère que vous avez rapporté leurs agissements à votre égatd à la police.

  • Clermont Domingue - Abonné 4 décembre 2020 04 h 26

    Les autres...

    Moi, je les aime beaucoup, chez-eux.

    • Frédéric Anctil - Abonné 4 décembre 2020 09 h 58

      Je suis bien d'accord. C'est d'ailleur ce que disait mes ancêtres Mi'kmaq.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 4 décembre 2020 10 h 48


      À M.Anctil..

      Ca suffit cette comparaison qui ne tient pas la route..

      D'ailleur même Samuel de Champlain, à une époque bien différente, avait appris une langue autochtone et s'interressait à la culture amérindienne en profondeur. Il n'y a pas de contact et d'échange sans intérêt culturel, et dans le cas du multiculturalisme ca va dans les deux sens, mais les avantages seront plus grand pour les immigrants qui augmenteront leur chance de succès dans leur nouvelle terre d'acceuil.

      Exigez le contraire est complètement ridicule..
      Et l'histoire autochone n'a aucun rapport là dedans...

    • Serge Lamarche - Abonné 4 décembre 2020 14 h 34

      à Daphnee Geoffrion: ce n'est pas une comparaison, c'est une ironie. Le mot de Clermont Domingue est clairement déplacé. Un argument nul.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 4 décembre 2020 17 h 45

      À M.Lamarche..

      Une ironie ou juste une autre occasion de culpabiliser les québecois?
      Je ne suis pas d'accord avec le commentaire de M.Domingue mais encore moin avec la farce plate de M.Anctil.
      Tant qu'à commenter, pourquoi ne pas être constructif?

  • Francois Ricard - Inscrit 4 décembre 2020 05 h 56

    Assez, c'est assez!

    Vraiment, il y en a marre ! Marre de ces gens qui veulent imposer, au Québec, un art de vivre politico-religieux remontant à 14 siècles. Marre de nous faire engueuler par des gens juste invités à partager notre histoire, nos coutumes, nos habitudes, notre culture, nos monuments, notre drapeau, notre devise, et qui s’en moquent comme de leur première babouche. Marre que, par la lâcheté de générations de politiciens, nous en soyons réduits à devoir justifier ce que nous sommes, censurer ce que nous pensons, masquer ce que nous voulons dire. Marre de l’inflation de langage où tout ce que nous disons est trituré, malaxé et transformé en machine à blâmer, sous le regard rigolard d’une gauche esbaudie. Marre de ces dizaines d’officines sectaires qui, gavées de subventions, crachent, d’un même mouvement, dans la soupe et à la figure des Québécois.Marre de cette fédération qui a pour fin ultime ma disparition.

    • Louise Collette - Abonnée 4 décembre 2020 07 h 54

      Merci Monsieur Ricard, ça résume pas mal ce que je pense et pour tout dire, j'en ai plus que marre, je n'en peux plus. Reste plus qu'à s'excuser d'exister.
      C'est quand même étonnant, de porteurs d'eau, nous sommes devenus des suprémacistes blancs en peu de temps.
      On ne fait rien comme les autres au Québec. ;-)

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 4 décembre 2020 09 h 40

      Et marre de ce porte-voix de la rectitude politique qu'est Radio-Canada qui, en plus de nous servir de la poutine alors que nous payons pour une cuisine de qualité, passe littéralement la journée à culpabiliser tous ceux qui ont le malheur de ne pas partager son point de vue. Alain Saulnier a bien décrit la recherche effrénée de revenus de la SRC, qui a quand même un financement assuré. Peut-être que ce financement n'est pas suffisant mais on ne peut pas dire que l'imagination est au pouvoir à la société d'État, où on donne plutôt la place aux bons petits soldats fidèles au message de M. Trudeau. Et je ne donnerais pas un sou de plus pour ce que Radio-Canada nous offre comme programmation. Des quiz, des concours de cuisine et des «shows de chaises», je peux en voir ailleurs.

    • Marc Pelletier - Abonné 4 décembre 2020 09 h 46

      Sérieusement, vous en avez marre à ce point ? Pourquoi ne pas aller voir ce qui se passe en France ou ailleurs et peut-être vous y arrimer ?

      M.Pierre Cliche conclut sa lettre comme suit : " Je vous dirais qu'à part un effort véritable de reconnaissance mutuelle et de compréhension réciproque de nos fragilité respectives, je vois peu de solutions. "

      Et si on s'accrochait mutuellement un sourire au visage en cette période des fêtes. Il me semble que ce serait un bon départ ! Mon souhait est réalisable et peut " casser la glace " qui s'épaissit de jour en jour .

    • Serge Lamarche - Abonné 4 décembre 2020 14 h 38

      Cet article qui en a marre pour des petits riens, incapable de se valoriser, me fait penser au docteur Smith de l'émission perdu dans l'espace: «quelle douleur, oh quelle douleur...» et qui tombait dans les pommes pour peu.

  • Guy Mathieu - Abonné 4 décembre 2020 06 h 21

    Bien dit....

    j'en garde un exemplaire dans ma poche de pantalon pour le relire et peut-être même en discuter.