Mea culpa

Je tiens en quelques mots à réagir aux nombreux commentaires qu’a suscités ma lettre d’opinion intitulée « Alerte à l’imparfait », publiée dans Le Devoir du samedi 28 novembre. Jamais je n’aurais cru qu’en écrivant un texte qui se voulait ironique, et qui, je le précise, n’était qu’une mise en scène, une fiction qui, comme toute fiction, peut s’inspirer de faits réels sans pour autant les reproduire exactement — je n’engueule pas les vendeuses de chocolat, pas plus que les commis d’épicerie —, je provoquerais de tels émois. Je m’excuse donc auprès de ceux et celles que mes propos ont pu blesser, car mon intention n’était que de dénoncer un emploi dont je ne comprends pas la prolifération. À ce sujet, je remercie Jean-Pierre Proulx de m’avoir ouvert les yeux sur l’existence de l’imparfait forain. Mea culpa, j’aurais dû pousser mes recherches un peu plus loin. Cela dit, ce n’est pas parce qu’un usage existe qu’il faut nécessairement l’encourager ou le défendre. On peut s’en amuser, ainsi que le fait monsieur Proulx, et on peut se désoler de le voir soudain gagner du terrain, ce qui est mon cas. Loin de moi l’idée, par ailleurs, de vouloir m’adonner à la censure linguistique. Je suis plutôt de celles qui croient à l’évolution de la langue, à sa diversité, à la richesse des parlers régionaux, mais quand une pratique défie la logique, il m’arrive de me demander si quelque chose ne m’a pas échappé. J’ajouterai enfin, à l’intention des lecteurs et lectrices qui auraient mal interprété mes propos, que je ne jetais pas la pierre, dans mon article, aux jeunes et moins jeunes travaillant avec le public (pour qui j’ai le plus grand respect, soit dit en passant, compte tenu de leurs tâches parfois ingrates), mais que je m’y interrogeais simplement sur l’origine d’un usage de plus en plus fréquent. Et que cet usage soit davantage répandu dans le domaine du commerce, où l’on emploie surtout des jeunes, je n’y peux rien. C’est ainsi.

13 commentaires
  • Jean-Pierre Cloutier - Abonné 3 décembre 2020 03 h 00

    En forain svp

    Mea coulpais

    • Dominique Boucher - Abonné 3 décembre 2020 09 h 06

      Ha! Ha! Ha!

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Danielle Dufresne - Abonnée 3 décembre 2020 08 h 52

    ah les excuses

    Madame votre texte était vraiment bien mené.
    Faire des excuses à gauche et à droite pour tout et n'importe quoi.
    Ce n'est pas nécessaire.
    Il y aura toujours quelqu'un à qui il faudrait s'excuser.
    Non merci!

    • Marc Therrien - Abonné 3 décembre 2020 12 h 30

      Le mea-culpa, l'aveu de la faute, qui n'a pas à être nécessairement suivi d'excuses, est une attitude d'ouverture parmi d'autres qui permet à la personne qui enseigne et qui corrige de demeurer humble lorsqu'elle réalise qu'elle ne sait pas tout et qu'elle peut encore en apprendre.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 décembre 2020 09 h 09

      Si vous n'appréciez pas la modestie dont madame Michaud fait preuve aujourd'hui, vous n'avez qu'à regarder ailleurs, madame Dufresne.

  • Serge Sokolski - Abonné 3 décembre 2020 09 h 48

    Forain, c’est la foire, non?

    Madame,
    Pourquoi ce "mea culpa"? On a le droit de ne pas être d'accord avec une formulation inhabituelle, dégotée on ne sait où. Cet "imparfait forain" me fait sortir de mes gonds à chaque fois. Autant que les "bon matin, bonne fin de journée (à 9h du matin), etc". Au moins on peut dire qu'il s'agit d'une tentative de gentillesse. Prenons-le comme ça. Mais ce truc de foire, l'imparfait forain, ça m'exaspère... J'y avais déjà goûté dans le sud-ouest français. Autrement. Après un "bonjour" bien senti et franc, on vous demande : "Alors, Monsieur, qu'est-ce qu'il vous fallait, hé" (je vous laisse imaginer le savoureux accent qui vient en prime). Mais le "forain" s'arrête là. Ici, on "beurre épais". J'en ai la nausée. Et à un "c'était pour demain?", je réponds: "Sommes-nous dans Retour vers le futur?"...

    • Marc Therrien - Abonné 3 décembre 2020 12 h 38

      Imaginez maintenant ce que le parisien moyen pense de la qualité de la langue française québécoise. Chantons tous en choeur avec Sylvain Lelièvre:
      «On est toujours un peu l’Iroquois de quelqu’un
      Que l’on soit québécois, breton, nègre ou cajun
      Je vous laisse à penser quel peut être le vôtre
      On est toujours un peu l’indigène d’un autre»

      Marc Therrien

  • Sylvie Hébert - Abonnée 3 décembre 2020 10 h 06

    Mais non Madame Michaud

    Vous êtes écrivaine, vous écrivez des histoires! À partir du réel, en grossissant le côté drôle, et je me suis beaucoup amusée en lisant votre texte, tout en étant intriguée par cet usage de l'imparfait dans les commerces. Vous ne manquez pas d'humour, contrairement à certains commentaires qui en étaient cruellement dépourvus. Comprendre le deuxième degré n'est pas donné à tous, apparemment. Ne vous excusez pas. Continuez à écrire, s'il-vous-plaît!

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 3 décembre 2020 10 h 44

    J'ai adorée votre texte..
    Vos excuses vous rendent encore plus sympathique..
    Pour l'avoir été ( petit salarié) je vous garantie qu'on a rien à faire des émotions des clients, les éclats ne sont que d'excellentes anectodes à raconter à nos colocs en rentrant à la maison...

    Et pis c'est formateur d'apprendre à gérer des clients particuliers..restez vous même!