Une situation dramatique pour les arts vivants

Monsieur le premier ministre,

Je vous écris alors qu’une première neige tombe sur Montréal. Nous allons bientôt, comme nous le faisons chaque année, hiberner. Cette année, nous le ferons sans pouvoir profiter des restaurants, des salles de cinéma, des pièces de théâtre et des galeries d’exposition. Nous serons plus encabanés que jamais. Il nous reste évidemment les livres, secteur moins touché par les restrictions. Mais la situation, vous le savez, commence à être assez dramatique pour les arts vivants. Il faudra leur donner de l’air et de l’espoir sous peu.

Mais il y a quelque chose qui peut être fait dès maintenant. Des galeries d’art, privées parce qu’elles sont des commerces, restent ouvertes. Pendant ce temps, d’autres lieux d’exposition, qui n’attirent pas plus et pas moins de spectateurs, restent fermés. Ce sont des centres d’art, des musées, des centres d’artistes, tous subventionnés par l’État. Cela ne semble ni juste ni équitable, et cela nous empêche de pouvoir fréquenter des œuvres d’art, activité qu’il est si difficile en ces temps incertains de pouvoir encore pratiquer. Je conviens que nous ne sommes pas des masses à aller en ces lieux et c’est justement ce qui rend incompréhensible le fait de les maintenir clos. Mais ce peu que nous sommes forme un nombre quand même assez important et nous tirons grand profit et grand plaisir, en ces temps où ceux-ci nous sont comptés, de nos excursions dans ces lieux d’art, car apprécier ces œuvres nous permet de quelque peu respirer en cette période où nous avons, d’angoisse, le souffle court.

Je ne veux pas prétendre ici que cet interdit est aussi grave et pèse autant sur les travailleurs culturels que le fait de garder fermées salles de cinéma et de théâtre. Les travailleurs des musées et centres d’artistes, pour la plupart, je crois, peuvent continuer leur labeur mais leur roue quotidienne tourne quelque peu à vide. En plus, des artistes ne peuvent exposer et dès lors profiter de la vitrine que cela leur offrirait. Des critiques, dont je suis, des commissaires indépendants, cohorte dont je suis aussi, en sont réduits à moins travailler et se demandent quand ils le feront à nouveau.

Il serait certes sain, à tous points de vue, de réparer cette petite injustice et de permettre à nouveau aux passionnés d’art de pouvoir faire leur tournée des galeries, comme il est coutume de le faire les fins de semaine. Car il ne saurait vraiment y avoir en ces lieux, pour peu que les vernissages soient interdits, beaucoup plus de gens à la fois qu’il y en a dans les librairies. Il ne saurait certainement pas y en avoir plus ou moins que dans les galeries d’art privées. Qui sont, elles, je le répète... ouvertes.

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