Les deux solitudes et le recul du français à Montréal

Se pourrait-il que le fantôme de la vieille-maudite-Anglaise-de-chez-Eaton, cette figure iconique de la rue Sainte-Catherine de mon enfance, continue de hanter le commerce de détail à Montréal ? […] Charité bien ordonnée commence par soi-même, nommons d’abord l’indifférence ou la pusillanimité de la clientèle qui n’ose pas répliquer, en paroles et surtout par l’utilisation de son pouvoir d’achat. Il faut aussi constater la faiblesse, sinon l’échec, des services de francisation offerts aux nouveaux immigrants dont l’anglais est la langue principale […]. Mais l’immigration, récente ou non, n’est certainement pas le facteur prédominant : cherchons plutôt du côté de cette réalité têtue qu’on appelle les deux solitudes. Les Québécois francophones voient les « Anglais » […] comme une minorité au Québec, tandis qu’eux se perçoivent plutôt comme une majorité au Canada. Plusieurs ont fait remarquer que la maîtrise du français avait pourtant grandement progressé dans la population non francophone en général. Il n’en reste pas moins que la maîtrise d’un français fonctionnel n’est pas suffisante pour avoir envie de participer davantage à l’univers francophone. L’école aurait ici un rôle majeur à jouer pour faire en sorte que les non-francophones, aussi Canadiens majoritaires qu’ils puissent se percevoir, se sentent aussi un peu Québécois et consomment quelques produits culturels québécois de la même façon que les francophones consomment allègrement des produits de l’univers culturel anglo-américain. Comme disait en substance récemment Barack Obama, pour avoir une société cohérente, cela prend un consensus sur un certain nombre de faits : à l’évidence, nous n’en sommes pas là chez nous.

12 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 21 novembre 2020 08 h 43

    Faudrait commencer par faire reconnaître le racisme que subissent les Québécois, non?

    Dans le bête réalité, les QUébécois, i.e. la nation francophone qui se reconnaît comme telle, sont une minorité au Québec et au Canada.

    Une minorité possède moins que les autres. Le capital d'ici n'est contrôlé qu'en fabile partie par des Québécois. Check!
    Une minorité n'est pas entendue par l'extérieur. Partout au monde on se réfère à The Gazette ou à CBC (via CNN). Check!

    Quand une majorité a valeur de minorité, on parle de colonialisme. Ça, c'est é-vi-dent. On ne peut même pas discuter si ceci n'est pas admis.

    La différence entre majorité et minorité au Québec ne se solde pas sur la couleur mais sur la langue, et ce depuis 250 ans. Je ne nie pas les minorités visibles. Ce n'est simplement pas mon propos pour le moment.
    C'est donc sur la langue qu'on doit poser les barêmes.

    IL n'est pas vrai de dire que les anglophones se perçoivent comme une majorité. Ils se disent une minorité dès qu'ils peuvernt taxer francophones de racisme, victimissant et prenant les autrez minorités moralement en otage contre les prétendus abus du gouvernement Québécois.
    Des mots comme "frilosité" ont été monnaie courante au sujet des Québécois dans The Gazette. Ça signifie "xénophobie".

    Or, les QUébécois ont accepté les gens de toute provenance depuis des décennies pendant que les anglophones les ignoraient avec hauteur, comme les Juifs de la St-Laurent ou les Italiens de Villeray.
    Les Anglophones ne s'occupent de ces minorités que depuis qu'elles y voient un avantage politique pour repousser leur grande peur identitaire: admettre qu'ils ne civilisent rien, au contraire.
    Comme tous les racistes.

    De la rue St-Laurent aux Rocheuses, c'est clair, les préjugés racistes sur ces "sauvages" que sont les Québécois ne dérougissent pas. Les Anglais de tout le pays de dédouanent de leurs énormes préjugés sur le dos de sauvages qu'ils prétendent avoir civilisé, en fait détruits dans le sang pour instaurer leur Empire.

  • Jean Lapointe - Abonné 21 novembre 2020 08 h 49

    Vous rêvez monsieur Thérien

    Vous avez l'air d'oublier monsieur Thérien que la grande majorité des anglophones du Canada y compris ceux du Québec nous considèrent nous les francophones comme une simple minorité culturelle parmi d'autres au sein du Canada qui est un pays anglophone bien qu' il ait officiellement deux langues officielles. Pensez-vous vraiment que les anglophones du Québec vont s'intéresser à nos créations culturellles? Vous rêvez. Ce serait pour la plupart d'entre eux s'abaisser car ils sont sûrement convaincus qu'elles n'ont aucun intérêt pour eux parce qu'elles ne peuvent avoir de l'intérêt que pour nous. D'après eux nous nous privons de ce qu'il se passe dans le monde parce que nous tenons à conserver notre langue,et parce que nous tenons à rester repliés sur nous-mêmes.. Nous devons apprendre l'anglais pour être ouverts à ce qu'il se passe dans le monde. Et il y a même des francophones qui sont du même avis. Il n.y a que si nous décidons de faire du Québec un pays indépendant qu'ils vont peut-être cemmencer à nous prendre au sériuex.. C'est la langue anglaise et la culture anglo-saxonne qui sont dominantes dans le monde. entier.

    • Julien Thériault - Abonné 21 novembre 2020 15 h 08

      J'ajouterais. Les Anglophones se pensent ouverts sur le monde parce que leur langue est comprise un peu partout, Par contre, comme ils ne pratiquent guère d'autres langues, ils se ferment à tout ce qui se dit, s'écrit, se chante, se joue, se discute dans les milliers d'autres langues alors même ceux d'entre nous qui n'aimons guère nous immerger dans leur mer culturelle, nous en sommes de toutes façons éclaboussés, de gré ou de force. Non, je ne vois pas très claurement leur ouverture ni notre fermeture.

  • Claude Bariteau - Abonné 21 novembre 2020 08 h 59

    Vous négligez la politique canadienne depuis 1982 et les politiques du Canada après 1995 dont l'objectif fut de déconstruire le Québec de la Révolution tranquille et celui projeté par M. Parizeau en le ramenant à l'époque avant la révolution tranquille.

    Tel fut l'oeuvre du PM Trudeau-père et de son bras droit Jean Chrétien avec comme collaborateurs les PM Charest et Couillard, mais aussi les PM Bouchard, Landry et Marois sans oublier le chef de l'ADQ qui passa à la canadienne le relais au PM Legault pour transformer le Québec selon les vues du Canada mises en relief par le PM Trudeau-père.

    • Jean-François Trottier - Abonné 21 novembre 2020 11 h 50

      Vous omettez le rôle important de QS, parti faussement indépendantiste qui n'existe que pour brouiller tout le paysage politique.

      Un parti qui ajouter des étapes à l'étapisme, et demande le consentement de la population plus souvent encore, uniquement pour être sûr de n'arriver à rein, étant donné les millions qu'Ottawa ne se gênera jamais pour lancer dans l'arène, c'est un parti de menteurs.

      Comme le but non-avoué mais très évident de ce parti, depuis sa création, est de gruger dans les votes indépendantistes... c'est ça qui est ça.

    • Patrick Boulanger - Abonné 22 novembre 2020 22 h 54

      @ M. Trottier

      À l'instar du PQ, QS n'est pas irréprochable sur la question de l'indépendance du Québec. Cela dit, il est faux de prétendre qu'il est « faussement indépendantiste ».

  • Paul Gagnon - Inscrit 21 novembre 2020 10 h 55

    Autre point de vue

    "Les Québécois francophones voient les « Anglais » […] comme une minorité au Québec, tandis qu’eux se perçoivent plutôt comme une majorité au Canada." - François Thérien

    J'aurais plutôt dit :
    "Les anglophones se voient comme une minorité au Québec, tandis les francophones savent que les anglos sont la majorité au Canada."

  • Patrick Boulanger - Abonné 21 novembre 2020 11 h 13

    « Plusieurs ont fait remarquer que la maîtrise du français avait pourtant grandement progressé dans la population non francophone en général. »

    En ce qui a trait aux anglophones du Québec, il y a encore du chemin à faire : une personne sur trois ne parle toujours pas le français.

    Voir : https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/langues-officielles-bilinguisme/publications/statistique.html