Être apatride dans son propre pays

Dimanche dernier, sur le plateau de Tout le monde en parle, l’humoriste Adib Alkhalidey a déclaré qu’« on est en train de priver une génération au complet du droit d’appartenir au Québec, du droit de s’identifier à la culture québécoise. C’est des apatrides même s’ils sont nés ici, parce qu’ils ne se voient nulle part ». Depuis, cette pensée ne me quitte pas.

Il y a ceux qui sont nés ici. Il y a ceux qui ont vécu la moitié de leur vie ici et l’autre moitié ail-leurs. Il y a aussi ceux qui viennent d’arriver. Je m’identifie à la deuxième catégorie. Mais, dans tous les cas, notre réalité est sensiblement la même : être chez soi sans se sentir réellement chez soi.

Je n’aime pas aborder ce sujet parce que, somme toute, mon parcours d’immigration et d’intégration a été relativement « réussi » ; parce que, de par mes origines mexicaines, je ne vis pas la même discrimination que d’autres personnes issues de groupes marginalisés peuvent vivre au quotidien ; et parce que, par les temps qui courent, s’exprimer sur de tels sujets peut susciter de violentes réactions. Néanmoins, il m’arrive parfois de remettre en question mon appartenance à la société québécoise. Non pas que je le veuille, mais bien parce qu’en raison du discours niant le racisme systémique, invalidant notre expérience et remettant en question notre présence, ce discours finit par s’instiller dans mon esprit.

S’il est vrai que la construction de l’identité est un processus individuel, ce processus est tout aussi collectif. Et cette identité se développe surtout par un sentiment d’appartenance au groupe.

Cependant, à force d’entendre que la discrimination systémique que l’on peut vivre n’existe pas, et parce que, lorsque l’on prend la parole, on nous réduit au silence au nom de la liberté d’expression, on finira par croire que l’on n’a pas le droit d’appartenir au Québec. Or, je crois aussi que la société québécoise à laquelle j’appartiens et m’identifie est capable de beauté, est une société dont les citoyennes et les citoyens savent faire preuve de bienveillance et d’inclusion. C’est dans ce Québec où je me sens réellement chez moi, et nulle part ailleurs, que je me verrai passer mes vieux jours.

22 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 novembre 2020 05 h 56

    La société québécoise est la plus accueillante au monde.

    Je ne suis pas d'accord avec vous que les immigrants ne se sentent pas inclus au Québec.
    Mon cousin ingénieur est venu ici de l'Égypte depuis longtemps et il a commencé à travailler à Radio-Canada du côté des ingénieurs. Au bout de quelques années, il a été promu à titre de vice-président des ingénieurs par son patron québécois.
    Dire que le racisme systémique existe au Québec c'est de nier la réalité que les études démontrent, pourvu que l'on accepte les valeurs québécoises universelles auxquelles toutes les autres cultures adhèrent. Ce sont les Anglais qui ont créé le racisme.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 novembre 2020 09 h 28

      Bon, on sait tous que vous avez compris Mme Alexan. Sur ce sujet, vous êtes un exemple à suivre.

      Ceci dit, dans le cas de notre immigrante récente, ce n’est pas ce que le Québec peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le Québec. Oui, tous les gens aspirent à être bien dans son corps et son esprit indépendamment où ils sont à un certain moment. Mais cela suppose et implique aussi qu’on est prêt à rencontrer l’autre au moins à mi-chemin puisqu’on est dans sa maison qu’il a construit à travers plusieurs générations. Dans mon cas personnel, il s’agit de plus de 12 générations.

      Tous vivent ce sentiment d’étranger lorsqu’on arrive dans un groupe qui a des siècles d’histoire. Si la situation était inversée, ce serait de même pour ceux qui émigrent au Mexique. Ce ne serait pas à la société mexicaine de s’adapter, mais bien à l’individu de le faire puisqu’il a choisi de plein gré de venir y vivre. Mais curieusement, il n’y a pas beaucoup de gens qui quittent le Québec pour aller vivre au Mexique. Si on remet en question l’appartenance à une société qu’on a choisie de plein gré, eh bien, au Québec on possède encore le droit d’aller voir ailleurs. Le Canada est grand. Ceci dit, le phénomène du nouveau arrivé est le même partout et on pourrait s’apercevoir très rapidement qu’ailleurs, ils sont peut-être moins accueillant.

      Oui, la construction de l’identité est un processus individuel et collectif, mais il faut faire attention lorsque nous voulons nous joindre à une société déjà construite sur tous les points de vue. Ce n’est certainement pas en commençant par dire qu’on est victime de la mythique discrimination systémique alors que notre parcours personnel débute à peine. Qui prend pays, prend valeurs, histoire et aspirations. Et le Québec est un pays en devenir.

    • Simon Grenier - Abonné 18 novembre 2020 09 h 40

      Êtes-vous en train de dire à Madame que vous savez mieux qu'elle comment elle se sent? Vos exemples anecdotiques forment une règle universelle à laquelle il n'y a aucune exception?

      Même si le Québec était vraiment la société la plus accueillante du monde, si toutes les autres sont médiocres, quel est le "niveau absolu" de notre accueil? "Moins médiocre"?

      Blâmer "les Anglais", c'est un argument qui n'est plus valide depuis, minimum, 400 ans.

    • Marc Therrien - Abonné 18 novembre 2020 09 h 41

      Êtes-vous accueillante et capable d’intégrer l’autre en vous au point de savoir mieux que lui ce qu’il ressent, à savoir ici s'il se sent inclus ou pas?

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 18 novembre 2020 10 h 35

      M. Therrien, est-ce que vous faites des commentaires sur les heures de travail? Si oui, le gouvernement est très généreux envers ses fonctionnaires.

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 novembre 2020 10 h 52

      À monsieur Simon Grenier: Si vous voulez vraiment comprendre l'ampleur du racisme anglais, lisez le livre intitulé: «A Passage to India» (1924) par E. M. Forster, que j'ai lu quand j'étais adolescente, où l'auteur décrit l'horreur du colonialisme et de l'impérialisme qui sapent la dignité des Indiens autochtones dans leur propre pays.

    • Marc Therrien - Abonné 18 novembre 2020 17 h 30

      Vous êtes donc bien curieux M. Dionne. Vous savez comme moi que les fonctionnaires peuvent avoir une généreuse banque de vacances/congés à mesure qu'ils gagnent en ancienneté. Un petit avant-midi de congé et me voilà de retour à la maison après le travail.
      Je ne sais pas si les fils de commentaires dans les journaux existeront encore quand je serai rendu à la retraite.

      Marc Therrien

    • Pierre Desautels - Abonné 18 novembre 2020 19 h 17


      Et le racisme français, qu'en pensez-vous?

    • Léonce Naud - Abonné 19 novembre 2020 04 h 57

      M. Desautels: l'esprit français vous est étranger. L’approche Française ou Québécoise quant aux différences ethnoculturelles est fort différente de celle qui prévaut dans l'Anglosphère. Cette attitude a été bien exprimée par Jean-Christophe Lagarde, député français de Seine-Saint-Denis, territoire à forte mixité sociale, après que des spectateurs eussent crié après une partie de football: «Bravo Africa!», plusieurs joueurs étant d’origine africaine. Il trouva ces propos ahurissants. Sa réaction: «Ce qu'est la France, ce n'est pas le fait de regarder ce qu'est votre origine. Ce qu'est la France, c'est quand tu arrives ici, que tu veux être français, et que tu partages nos valeurs, tu es Français. On se fout de ta couleur de peau, de ta religion, de tes ancêtres». C'est la raison pour laquelle les Canadiens de naguère n'ont pas été très regardants quant aux différences culturelles ou raciales. Le résultat a été de produire des populations fortement métissées, au Québec comme au Manitoba, en Saskatchewan et en de nombreux endroits aux États-Unis.

  • Yvon Montoya - Inscrit 18 novembre 2020 05 h 59

    Ne vous mettez pas martel en tête car nous sommes tous terriens et cela suffira. Les identités, un phénomène nouveau de quelques siècles a peine, sont souvent meurtrières lorsqu’il s’agit de nationalisme déluré mais on peut dépasser facilement ce blocage de « souche ». Nous nous ressemblons plus qu’on ne le pense, plus qu’on ne le sait ici et ailleurs. Profitons de cette planète terre, de ses richesses culturelles dont la diversité nous est un héritage commun planétaire. Le reste n’est que pet de lapin.

  • Samuel Prévert - Inscrit 18 novembre 2020 07 h 53

    Il ne faut pas croire tout ce qu'on voit à la télé...

    Les Québécois sont très accueillants. C'est la tendance actuelle de les accuser de racisme alors que ce phénomène existe partout ailleurs dans le monde, de façon parfois virulente qui peuvent conduire, comme on l'a vu au Rwanda, à un génocide. La discrimination basée sur la couleur existe en Inde, en Haïti, en Israël, en Algérie, etc.

    Alors, j'ai bien hâte qu'on prenne la parole pour dire que les immigrants se sentent bien au Québec. Merci.

    • Simon Grenier - Abonné 18 novembre 2020 09 h 41

      Le racisme existe partout au monde alors c'est acceptable et glorieux qu'il existe chez nous aussi?

    • Cyril Dionne - Abonné 18 novembre 2020 11 h 33

      « Ben » M. Grenier. Cette chère madame Esparza est venue au Québec du Mexique pour étudier en droit (Université de Montréal) sachant for bien que c'était un leurre pour devenir une citoyenne canadienne. Elle n'avait aucune intention de retourner aux pays de ses ancêtres où elle a vu le jour. Alors, elle se permet de nous faire la leçon et on n’est plus loin de l’accusation de racisme…systémique puisqu’on ne prône pas le concept des frontières ouvertes. Voir le lien ci-dessous :

      https://www.ledevoir.com/societe/498475/en-transit-chez-tim-horton

    • Jacques-André Lambert - Abonné 18 novembre 2020 15 h 24

      Si au moins on parlait du Québec. Mais c'est de Montréal qu'il s'agit.
      De Ville St-Laurent, de Côte-des-Neiges, de Town of Mount-Royal, de Côte-Saint-Luc, etc.
      Certains nouveaux arrivants de première ou de deuxième génération ne s'identifient qu'à ça.
      Ils voudraient que le miroir du Québec réflète la réalité de leur préau.
      Une mentalité de Plateau, quoi!

  • Claude Bariteau - Abonné 18 novembre 2020 08 h 12

    Au Québec, il n'y a ni pays, ni citoyens autres qu'imagiaires. Certes, il y a des comportements racistes et de la discrimination institutionnalisés. Y accoler des lectures américaines ou canadiennes a le défaut de les lire dans le langage de la constitution de 1982 et des mouvements radicaux américains.

    En lieu et place, pour vous comme pour moi, se doter d'un État indépendant, créer une citoyenneté québécoise et peaufiner par un débat politique constructif un «vivre-ensemble» collectif, créerait un terreau fertile pour faire du peuple québécois un peuple original et respecté qui allie une façon d'être comme peuple avec le respect des droits individuels dans les espaces privées.

    • Simon Grenier - Abonné 18 novembre 2020 09 h 42

      D'ici là, que tous ceux qui se sentent misérables se taisent, c'est ça?

  • Yvon Montoya - Inscrit 18 novembre 2020 09 h 04

    @Nadia Alexan

    ''Ce sont les Anglais qui ont créé le racisme''

    N'éxagérons pas trop sinon cela deviendrait un ''fake news'' parce que ce sont les anglais qui arrêtèrent l'esclavage avec force pour des intérêts économiques majeurs certes pas pour leur humanisme colonial puis pour ce qui est du concept ''racisme'' et ses petits à venir, c'est dans ''L'essai sur l'inégalité des races humaines'' du français J.A. de Gobineau en 1853 lequel stipulera qui 'il y a des différences entre les races. Gobineau prétendait s'appuyer sur les leçons de l'histoire en associant et identifiant race et peuple, race et nation. Il affirmait que la race blanche est la plus noble de toutes (ne pas oublier le rôle important pour ce concept de racisme naissant chez le français George Vacher de Lapouge et l'allemand Karl Von Chamberlain, pas un anglais dans la liste) ... Gobineau était français non anglais. Par contre, en aparté, pour le concept d' ''eugénisme'' qui touchera par extension mais pas seulement le Canada, c'est l'anglais Francis Galton à la fin du 19ième sièckle qui en fit la promotion dans son fameux ''Hereditary genius''. Il y aurait là beaucoup à dire surtout à lire alors je vous fais grace d'une liste des documents et essais sur ce sujet mais pas les anglais pour la race et le racisme...Merci.

    • Jacques-André Lambert - Abonné 18 novembre 2020 15 h 55

      Vous parlez des théoriciens.
      Pour la pratique, les Britanniques se sont vite emparés du concept de race dite supérieure.

      Mais ce n'était qu'un reliquat de l'ancien monde, toujours persistant: que la foi en une divinité, supérieure aux autres divinités, excusait toutes les dérives.