La médiocrité de Trump

On aime penser que Trump a surpris en livrant une performance meilleure que prévu, qu’il faut tirer les leçons de cette élection — en reconnaissant notamment la légitimité des opinions défendues par ses supporters.

Bien sûr, ses supporters ne sont pas tous des imbéciles finis et autres tarés — cela, il faut le reconnaître. Mais je pense surtout que n’importe quel président « normal », c’est-à-dire juste assez soucieux de rassembler les gens et de se préoccuper de leur bien-être, juste assez responsable et minimalement compétent, l’aurait emporté facilement dans des circonstances semblables, contre un candidat — Joe Biden — qui avait pour première (et principale) qualité d’être un aimable vieux monsieur inoffensif.

Certains avancent que la pandémie aura privé Trump d’un second mandat. C’est une erreur. C’est même le contraire qui aurait dû se produire. Regardez le résultat de toutes les élections qui se tiennent depuis le début de la pandémie dans les démocraties aux quatre coins du monde : presque systématiquement, ce sont les gouvernements et les présidents en place qui sont reconduits, ne serait-ce que par une sorte de réflexe de solidarité et par un besoin de stabilité qui fait que les gens n’ont aucune envie de changement. C’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle Trump a fait mieux que prévu : non pas tant parce que les gens n’osaient pas se déclarer pour lui, mais parce qu’en ces temps troubles, la « prime à l’urne » favorisait d’emblée la continuité plutôt que la rupture. C’est pourquoi sa défaite est la preuve ultime de sa médiocrité.

 
12 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 9 novembre 2020 07 h 12

    Trump responsable de la pandémie?

    Au Brésil, on avait posé cette question absurde à propos de mini-Trump. La réponse était évidemment non.
    La question est plutôt: a-t-il bien géré la pandémie? La réponse est plus complexe et passe donc mal dans un court paragraphe d'un bulletin de nouvelles.
    Pour l'électorat trumpiste, c'était un «act of God». Je vérifie souvent sur Linguee pour trouver une traduction appropriée en français. On trouve «cas de force majeure», plus ou moins juste, ou le littéral «fait de dieu». Différence culturelle. Et les voies de dieu sont plus impénétrables que les motivations trumpiennes égomaniaques. On n'a pas à se demander pourquoi dieu nous punit par plus de décès qu'en Corée ou au Danemark. Pour plusieurs évangélistes, Trump était le Mozart de Salieri dans l'Amadeus de Forman.

    Merci pour l'information sur la reconduction des autorités en période de pandémie. La peur de l'inconnu incite à la prudence et Trump a toujours largement profité de la peur. Le mantra MAGA et la clôture sont des exemples patents. Woodward a bien choisi son titre.

  • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 07 h 27

    Trump s'est aussi distingué des autres gouvernements dans sa gestion de la pandémie.

    S'il est vrai que la plupart des gouvernements ont été favorisés par la pandémie, c'est que ceux-ci ont donné l'impression, souvent justifiée, de véritablement tenter de s'attaquer au problème et fait appel à une solidarité unificatrice.

    Ce qui distingue Trump à cet égard, c'est son attitude erratique par rapport à la pandémie: déni, attaques contre autorités sanitaires, critiques d'instances étatiques ou de d'autres juridictions, etc. et son attitude qui sème la division.

    Sa gestion de la pandémie est devenue un enjeu important de l'élection et a donc pu lui nuire, alors que dans la plupart des autres cas, cela a aidé les gouvernements en place, car il n'a pas non plus agi de la façon qui a favorisé les autres gouvernements ailleurs dans le monde.

    Trump aurait-il été élu sans la pandémie? Nous ne le saurons jamais, mais on peut intuitionner que sa gestion de la pandémie lui a nui et que ceci est un cas d'exception par rapport aux autres gouvernements car il n'a pas agi comme les autres gouvernements.

    Rappelons encore et toujours que ce n'est que grâce au système du collège électoral, une anomalie démocratique, que Trump aurait pu avoir des chances d'être élu - que même sans la pandémie, il aurait sans doute quand même eu moins de voix que son adversaire.

    • Françoise Labelle - Abonnée 9 novembre 2020 09 h 01

      D'accord mais sa mauvaise gestion a peu compté pour son électorat. Pour ces gens, l'économie a plus d'importance que la santé.
      «24% seulement de l'électorat trumpien considère la pandémie comme un facteur très important pour l'élection»
      «Only 24% of Trump supporters view the coronavirus outbreak as a ‘very important’ voting issue»

      «Trump and Biden supporters differ over importance of the economy, health care – and particularly the coronavirus» Pew Research 21 oc. 2020.

    • Marc Therrien - Abonné 9 novembre 2020 18 h 01

      Sûrement que de son côté Donald Trump est fâché de l’ingratitude de ce peuple qui n’a pas su reconnaître en lui le héros qui est revenu en force après avoir vaincu la Covid-19.

      Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 19 h 51

      "(...) sa mauvaise gestion a peu compté pour son électorat." FL

      Pour son électorat, bien sûr, c'est-à-dire parmi les personnes ayant voté pour lui. La question est de savoir si plus de gens auraient voté pour lui (et qui ne l'ont pas fait) avec une autre gestion de la pandémie, ou sans la pandémie.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 19 h 53

      " le héros qui est revenu en force après avoir vaincu la Covid-19." MT.

      Grâce au traitement privilégié accordé à un président des États-Unis.

      On comprend qu'on soigne bien le président des États-Unis, là n'est pas le problème. Mais il est indélicat de la part de ce dernier de s'en vanter trop face aux citoyens qui n'ont pas accès à ces privilèges. De plus, on parlait de son retour à la Maison-Blanche, sans faire état de tout l'équipement et le personnel médical qui s'y trouve.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 novembre 2020 08 h 34

    Un peu court

    "Bien sûr, ses supporters ne sont pas tous des imbéciles finis et autres tarés — cela, il faut le reconnaître."
    Peut-être faut-il le reconnaître, mais encore....

    Je ne reconnais rien. Je constate. Une bonne partie de l'électorat de Trump est aux prises avec un virus bien pire que la COVID. Une confusion grave entre la foi et le pouvoir, qui affecte tous les pays anglo-saxons depuis la création de l'anglicanisme, comme l'islamisme guerrier du 6ème au 20ème siècle.
    Ce mouvement a suscité au moins deux empires : celui de Grande-Bretagne, colonial, et celui des USA, plus privatisé mais se croyant lui aussi "civilisateur".
    Ce virus nommé Bible Belt et son pendant suprématiste viennent du mythe créateur de la nation américaine, censée depuis 200 ans inventer le futur et qui se voit comme un nouveau "peuple élu".
    Je regrette mais cette bébitte est tant finie que tarée dans sa somme. Elle représente bien comment toute religion est avant tout un organisme politique qui utilise la foi comme moteur et "militantise" des citoyens autrement sympathiques. Toute religion tend à devenir officielle, partenaire sinon maître de l'État. Exprimée ou non par ses meneurs, c'est la tendance essentielle de tous les monothéismes, par nature absolutistes, par nature totalitaires : ils ne peuvent pas se tromper!
    J'attends la moindre preuve d'un monothéisme qui a agit autrement dans ces 3500 dernières années. Avec impatience!

    D'autre part, le gros problème de ces "pas imbéciles finis" ni "tarés" est que s'ils formulent une critique et un ras-le-bol des institutions, ils n'apportent absolument aucune solution, outre se réfugier dans des valeurs mythiques ou se trouver un super-héros qui les "défendra".
    Pas de renouvellement donc, pas d'idée neuve, et n'importe quel mensonge pour contrer ce qui menacerait une bien fragile foi, un terreur identitaire innomable.

    Volonté de destruction, aucune poposition d'amélioration.

    • Hélène Paulette - Abonnée 9 novembre 2020 13 h 17

      Pour un multi-millionnaire ou même un millionnaire démocrate le choix est simple entre une baisse d'impôt promise par Trump et une hausse d'impôt projetée par Biden... Ils sont convaincus que ces coupes d'impôt sont bénéfiiques pour l'économie, même si la preuve du contraire a été faite.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 20 h 04

      Je reproduis ici une excellente synthèse, faite à un autre article, de Pierre Grandchamp, abonné.

      "Trump a une base, quand même, solide.

      1-Le vote libertaire voulant le moins de services possibles de l'État et moins d'impôts. Ces gens-là ont essayé de détruire l'Obamacare.
      Dans ce pays, chacun est responsable de soi-même: ses succès comme ses erreurs.

      2-Le vote de plusieurs Latinos pour qui *parti démocrate*=Cuba et Venezuela

      3-Une majorité des évangéliques(27% de l'électorat) pour qui Trump est un envoyé de Dieu.

      4-Les complotistes en très grand nombre dans ce pays. (…).

      5-Les pro armes."
      ---------------------------------------

      Un peu de détails pour les évangéliques. Reconnaissants pour le paquetage conservateur de la Cour suprême et le déménagement de l'ambassade à Jérusalem, dont la qualification comme capitale confirme leur interprétation des prophéties bibliques, ce qui rapproche du second avènement de Jésus (je n'exagère pas) - entre autres. Croient que Trump est un envoyé de Dieu. Conscients de ses infidélités, ils trouvent des personnages libertins dans la Bible qui étaient aussi des envoyés de Dieu. 27% de l'électorat est "born again", mais tous ne votent pas nécessairement pour Trump ou ne vont pas si loin, même parmi ceux qui votent pour Trump, mais il a quand même probablement une solide majorité parmi ceux-ci. Dans les gens qui arpentaient les bureaux de scrutin, plusieurs s'agenouillaient et priaient Dieu en appui à Trump. Dieu sait comment Dieu a interprété ces prières.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 novembre 2020 09 h 15

    L'auteur écrit :

    « Certains avancent que la pandémie aura privé Trump d’un second mandat. C’est une erreur. »

    Je ne pense pas que cela soit une erreur. Les gouvernements de Colombie-Britannique et du Nouveau-Brunswick, notamment, ont été réélus, majoritairement cette fois, parce qu'ils ont bien fait durant la pandémie. (Trudeau rêve de faire la même chose.) Cela n'a pas été le cas pour Trump, qui a nié la dangerosité de la maladie. Si Trump avait pu, il aurait reporté la présidentielle.

    N'oublions pas que la COVID-19 a grandement affecté l'économie des États-Unis. Or, rien n'est plus important aux yeux des États-Uniens que l'économie.

    https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/589108/trump-le-manque-de-compassion

    https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/588912/la-pandemie-donne-des-gouvernements-majoritaires

    • Raymond Labelle - Abonné 10 novembre 2020 08 h 40

      J'ai la même intuition que vous. Il aurait pu prétendre, sans la pandémie, avoir aidé l'économie. De plus, il n'a pas agi de la façon unificatrice dont les autres gouvernements ont agi face à cette pandémie, ce qui lui a sans doute nui. De plus, il n'a pas bénéficié, comme les autres gouvernements, de la solidarité à laquelle ces autres gouvernements ont fait appel, justement parce qu'il ne faisait pas appel à cette solidarité, il semait au contraire la division et le déni au lieu de faire appel à la solidarité.

      D'ailleurs, il le fait encore, quant à la pandémie et aussi de façon plus générale.

  • Daniel Saindon - Abonné 9 novembre 2020 13 h 37

    Il s'en est fallu de peu

    Je suis d’accord avec M. Belisle lorsqu’il écrit que la pandémie a suscite une plus grande taux d‘approbation et des intentions de vote des gouvernements en place. Le gouvernement de M. Legault et la CAQ est tres bien perçu des quebecois depuis la pandémie: mais c’est a cause de la visibilité que leur procure la gestion de la pandémie et que la population a l’impression que le gouvernement travaille pour les intérêts de la population n’hesite pas a utiliser les moyens qu’il faut pour contrer la pandémie:
    Je suis plutôt d’accord avec monsieur R. Labelle. Nous ne croyons pas que ce le gouvernement de Trump est perçu comme pro-actif par rapport a la pandémie; c’est plutôt le contraire. Et je suis d’accord avec madame F. Labelle que la question de la pandémie a peu joué pour l’électorat américain.
C’est peut-etre meme a cause de l’insistance des démocrates par rapport a la pandémie qui serait la cause de la moins bonne performance que prevues des démocrates aux élections américaines.
    A mon avis, il s’en est fallu de peu. Loin du ras-de-maree démocrate. 50.6% ont voté démocrate et 47.7% republicain. J’ai ete surpris de l’absence totale de programme républicain. et les démocrates ont commis quelques erreurs: ils ont perdu la Floride a cause du vote latino, tres a droite en Floride.