Des occasions de réfléchir

Bravo au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge qui a protégé la liberté d’enseignement en citant la Loi sur l’instruction publique, qui donne aux enseignants le droit d’utiliser du matériel supplémentaire à l’appui de leurs leçons : « Roberge dénonce la censure à l’école » (Le Devoir, 31 octobre).

Cependant, en tant qu’enseignant de littérature anglaise au niveau supérieur à la commission scolaire Lester-B. Pearson, présentement à la retraite, j’ai été troublé par les commentaires du président Noel Burke concernant un manuel qui accompagne le livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique. Il trouve le titre inapproprié et le contenu « offensant », ce qui se prête à une forme de « racisme systémique ». Examinons le tout.

Le livre de Vallières (1968) compare la situation historique des Canadiens français à celle des Afro-Américains au plus fort des luttes pour les droits civiques de ces derniers. Vallières fait valoir les parallèles entre les deux peuples en tant que classe inférieure exploitée.

Cela dit, depuis des années, j’ai enseigné To Kill a Mockingbird de Harper Lee (1960). Ce roman a été qualifié de promoteur de « haine raciale, de division raciale, de ségrégation raciale et de suprématie blanche » parce que le que mot en  n y apparaît. Je m’y référais comme étant un « vilain mot » parce qu’il est dégradant et déshumanisant. Chaque fois que le mot était mentionné, une leçon accompagnait la lecture.

En gardant cela en tête, il ne faut pas oublier que l’un des fondements d’une société démocratique est le droit d’une personne de lire, ainsi que son droit de choisir librement ce qu’il ou elle souhaiterait lire.

Si on évite d’enseigner des textes qui peuvent mener à des conversations difficiles ou qui peuvent bouleverser le statu quo, on pourrait rater de puissantes occasions d’apprendre quelque chose. La censure laisse aux élèves une vision inadéquate et déformée des idéaux, des valeurs et des problèmes de leur culture.

Nous avons besoin de livres d’histoire qui reflètent le récit inclusif de l’histoire du Québec et qui ne se limitent pas à une seule perspective.

Les livres sont la quintessence de la vie. Ils servent d’occasions pour les étudiants de penser, de théoriser, de questionner et d’explorer — et c’est là le but de l’éducation.

2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 novembre 2020 10 h 03

    Excellente lettre

    Bravo !

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 4 novembre 2020 11 h 43

    Mille arguments

    Merci pour votre texte, Chris Eustache.
    Il y aurait mille, dix mille, un million d'arguments à évoquer pour contrer la censure d'un mot.
    En exerçant et en acceptant ce type de censure, nous nous dirigerions à grands pas vers l'indigence intellectuelle.
    "Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot", disait Léo Ferré.
    Si un mot est utilisé pour blesser intentionnellement ou pour appeler à la haine, poursuivons la personne en raison de son intention. Mais, de grâce, lorsqu'un mot est utilisé pour livrer du sens et de la connaissance, ne nous avisons jamais de l'interdire.
    Les mots ne sont coupables de rien. Ce sont les êtres qui les utilisent à bon ou à mauvais escient qu'il faut condamner.
    Et comment ferions-nous pour saisir les véritables intentions sans le langage et sans les mots qui le structurent?