Verushka Lieutenant-Duval mérite qu’on l’écoute

La suspension de Verushka Lieutenant-Duval pour son utilisation du terme « n*gger » lors de l’un de ses cours est excessive, voire injuste.

Le pouvoir du « mot en n » est fort, et il est indéniable que c’est un terme à bannir du discours régulier. Mais, parce que c’est un mot qui contient beaucoup d’histoire, son caractère éducatif ne doit pas être ignoré. Dans son cours, Verushka Lieutenant-Duval dépouillait assurément le mot de toute connotation péjorative en ne l’utilisant que pour son sens littéral. N’évitons pas de discuter de certains pans de la culture et du passé sous prétexte que c’est inapproprié. Ne condamnons pas l’apprentissage au profit du politiquement correct et laissons au moins une chance de s’expliquer à cette enseignante, dont les intentions n’étaient visiblement pas de blesser, mais d’éduquer.

Changeons de contexte. Quand on enseigne la littérature et qu’on discute de la polémique entourant le roman Autant en emporte le vent, on ne peut ignorer ce fameux mot. On lit des extraits du texte qui le contiennent pour comprendre le portrait franchement grossier qu’on y fait des esclaves noirs. Le but ici n’est bien sûr jamais de transmettre des idées racistes à des étudiants, ou de les insulter, mais plutôt d’illustrer comment un des plus gros morceaux de la littérature américaine manque énormément de considération envers la population noire. C’est par cet apprentissage que l’on rend hommage à cette population, que l’on admet l’ignorance et la bêtise des blancs.

On est dans une magnifique ère d’acceptation, de reconnaissance, où l’on crie haut et fort ce qui est injuste ou inégal. Seulement, on ne peut nier qu’avec tout cela, on marche de plus en plus sur le bout des orteils.

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 20 octobre 2020 01 h 26

    La police des mots n'a pas de place à l'Université.

    Exactement. C'est en décrivant la bêtise humaine que l'on puisse comprendre la souffrance des noirs soumise à l'esclavage. L'université devrait être l'endroit, par excellence, où la discussion des idées est propice à la compréhension et à l'avancement des connaissances.
    C'est à l'université que nous pouvons nous débarrasser de nos idées préconçues en ouvrant nos esprits pour absorber de nouveaux faits sous un angle différent.
    C'était Albert Einstein qui disait: «La mesure de l'intelligence est la capacité de changer d'avis face à de nouvelles preuves».

    • Cyril Dionne - Abonné 20 octobre 2020 08 h 41

      Mais Mme Alexan, sommes-nous responsables des crimes commis par les autres et ceci, depuis plusieurs générations passées? En tout cas, dans mon arbre généalogique, on retrouve beaucoup de métissage avec les autochtones et aucune interactions avec les noirs. Les orangistes, oui, puisque plusieurs appartenaient des esclaves lorsqu'ils se sont pointés au Haut-Canada.

      Ceci dit, eh bien, bravo pour ce texte. Le cégep régional de Lanaudière à Joliette semble être une pépinière de bons textes qui peuplent le Devoir récemment, qu’on soit d’accord ou non avec la prémisse.

      Le mot nègre, comme dans Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières a une toute autre connotation que de celui qu’on utilisait jadis pour les esclaves noirs. Le contexte, qu’il soit littéraire ou historique, il faut en parler et non pas le cacher. Les idées doivent êtres débattues en démocratie et il faut s’attendre aussi que tout ne sera pas de la musique à notre oreille. Pardieu, dans le cas de Verushka Lieutenant-Duval, on aurait plutôt pu penser à une attaque en règle de l’appropriation culturelle de nos nouveaux curés qui prient à l’autel de la très sainte rectitude politique, eux qui se considèrent les êtres choisis de la culture du bannissement parce qu’ils se disent porteurs de la Vérité et d’une morale à toute épreuve. Misère.

      Mme Lieutenant-Duval ne mérite certainement pas le sort qu’on lui a attribué. Dans un contexte éducatif comme l'université, si on ne peut plus débattre des idées, où le ferons-nous?

      En passant, le mot « niggar » est utilisé fréquemment par les noirs lorsqu’ils se parlent ou pointent vers un blanc. Aux États-Unis, cette expression a tellement été utilisée qu’ils l’ont banalisé. Ayant séjourné aux USA, j’ai aussi été victime d’un racisme noir, moi Franco-Ontarien, mais de cela, on ne peut pas se plaindre vu la couleur de mon épiderme. Le racisme ou l’appellation de celui-ci est toujours à géométrie variable. Les victimes deviennent toujours les bourreaux de demain.

    • Carmen Labelle - Abonnée 20 octobre 2020 08 h 46

      Même Dany Laferriere, lors de l’émission « Y a du monde à messe » s’est dit nullement choqué qu’on ait cité le titre de son ouvrage » comment faire l’amour avec un n**gre sans se fatiguer « et il a rappelé que le sens de ce mot, utilisé en Haiti avec un tout autre sens, même pour décrire un blanc, est purement subjectif

  • Pierre Labelle - Abonné 20 octobre 2020 08 h 11

    La bêtise humaine!

    Oui la bêtise humaine n'a pas d'age, une chance que la sagesse de cette jeune étudiante du CÉGEP de Joliette apporte un peu d'équilibre dans ce débat, provoquer par une frustation d'un esprit borné. Bravo Mlle Marianne Lavallée pour votre éloquent témoignage, il confirme ce vieil adage qui dit que "la sagesse n'attend pas le nombre des années".

  • Michel Edmond - Inscrit 20 octobre 2020 08 h 20

    Les maux du mot Nègre

    Une évidence : la sémantique tant française qu'anglaise ne débute pas avec le mouvement «Black lives matter». L'ostracisme stupide du mot français «nègre» est une extension farfelue d'un colonialisme strictement américain. En français, si on comprend le mot «nègre» uniquement dans son sens américanocentré, on accepte une folle soumission très moderne... Si on pense en américain le mot français «nègre» en le confondant avec «nigger», on sombre dans une forme d'aliénation et de capitulation linguistique. Pourtant, c'est dans l'air du temps, cette américanisation rouleau compresseur, tous azimuts...

    Le mot « nègre » a des ancrages et des ressorts multiples : même s'il est peu populaire, aujourd'hui encore quelques milliers de Français ont pour nom de famille «Nègre». Y a-t-il quelqu'un d'assez stupide pour les exclure derechef des universités! Et ce n'est pas pour insulter les Africains qui ont été baptisés de ce nom propre.

    Le nom de famille «Nègre» n'a rien à voir avec l'Afrique ; il est d'origine méridionale et vient de l'occitan «negre». Ce nom est à comparer aux noms d'origine française : Noir, Noiret, Lenoir. C'était en général le nom de personnes aux cheveux noirs.

    J'espère que je ne choquerai personne et encore moins un lecteur d'origine africaine, si je les invite à admirer les oeuvres de l'artiste Charles Nègre (1820 - 1860), particulièrement son excellent travail photographique. Que cet artiste soit banni des cours universitaires uniquement à cause de son nom catapulterait les universités dans un empire d'imbéciles (qu'annonce déjà cette décision de l'université d'Ottawa).

    «Les mots ne sont que des mots, et je n'ai jamais ouï dire que dans un coeur meurtri on pénétrât par l'oreille...»
    William Shakespeare

  • Réal Gingras - Inscrit 20 octobre 2020 08 h 44

    L’Africain du Niger

    Que d’inepties sur les réseaux ”asociaux”. C’est épouvantable d’en être rendu là.
    Le recteur de l’U d’Ottawa devrait démissionner. Niger est un mot latin qui signifie noir. Faut-il prononcer ce mot avec un ”g” dur ou un”g” mou? Ce phénomène de censure nous vient de l’anglo-américain. Les interprétations qu’on peut donner au mot ”nègre” ne sont pas les mêmes dans la langue de Molière. Et que dire du mot ”goy” utilisé par les Juifs pour désigner les non-juifs, le mot ”frogs” pour désigner les Français, les bougnoules, les têtes carrées, etc….et la ”négritude” d’Aimé Césaire se compare-t-elle à la ”québécitude” de Réjean Ducharme?

    On vient de tuer un prof en France parce qu’il donnait un cours sur la libre expression
    en utilisant des photos de Mahomet, on ostracise un prof aux États-Unis parce qu’il parle de Darwin en classe. La bêtise n’a pas de frontières.

    Un prof ne peut pas utiliser le monologue d’Yvon Deschamps ”Nigger black” pour alimenter un débat en classe? Doit-on renommer deux des titres des romans de Dany Laferrière, changer ”Nègre blanc d’Amérique” par ”Africain du Niger blanc d’Amérique”? Soyons absurde. Je ne peux plus avoir d’idées noires, des plans de nègres ou travailler au noir.

    C’est le retour à la ”Grande Noirceur”
    Que fait-on avec la chanson ”Vieux nèg” de Plume Latraverse?
    On l’a remplace par ” Vieux Africain du Niger”?
    Les Nigériens devront-ils bientôt commencer à penser à changer le nom de leur pays?

    • Gilles Théberge - Abonné 20 octobre 2020 10 h 53

      Peut-être devraient-t'ils penser à changer de pays tout simplement...

      Ça fait des lunes que je n'ai pas pensé une seule fois à utiliser le mot nègre. Par déférence ou par pudeur je ne sais trop. Par pudeur surtout. Parce que je sais que ça pourrait choquer certains. Mais le problème c'est que je n'en connais aucun. Il n'y en a pas dans mon environnement. Mais ce que je sais par contre, si j'en connaissait, je suis certain que je le ou les traiterais avec respect.

      Par contre, ce que je ferais si j'en avais le pouvoir, c'est que je démettrais des ses fonctions l'olibrius recteur de l'université d'Ottawa, qui a eu une réaction en dessous de tout face à l'enseignante de son université. Et je taperais volontiers sur les doigté de cet étudiant noir qui à l'émission 24/60 hier à tenu un discours nébuleux, à peine compréhensible sur le sujet...!

      Et il parait qu'il y a eu une lettre de cinq cent enseignants d'université qui soutiennent l'enseignante de l'université d'Ottawa mise à l'écart par cette nouvelle fronde de l'association étudiante. Il,paraît qu'elle a été publiée dans Le Devoir? Où est-elle?

  • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 20 octobre 2020 08 h 46

    Un mot anglais dévalorisant en milieu québécois francophone?

    Le sujet du ''n''..... J'ai vécu dans le sud des EU. J'ai entendu ce mot utilisé et prononcé avec mépris. Un mot, vraiment, à ne pas dire dans mon pays d'adoption, surtout pas sur les plateformes publics. C'est certain. (Par contre, plusieurs afro-américains, entr'eux, parlent ce mot avec tendresse. On l'entend parfois dans les discours des ''stand up comedian'' de descendance africaine.)
    Au Québec????? Ce mot ne peut pas être imprégné de mépris chez les québécois qui n'ont même pas la connaissance émotive et culturelle qui l'entoure.
    Oû est le problème? On en parle à l'école? Et pourquoi pas? C'est un sujet comme un autre.
    Il y a des noms péjoratifs pour toutes sortes de communautés aux EU. Celui de ''n'', dans la bouche de gens méprisants, est le pire. Soit dit en passant, les québécois sont des ''frogs''.