De l’utilité pratique de la sémantique

Le refus (systématique !) de M. Legault de prononcer les mots « racisme systémique » sous prétexte que ce concept ne ferait pas l’unanimité crée une nuisance inutile dans la mise en route d’une meilleure communication avec les nations autochtones du Québec. Ce blocage sémantique est d’autant plus insensé que le premier ministre, qui n’est pas un imbécile, est certainement sincère dans sa volonté d’améliorer radicalement et concrètement la situation selon les recommandations de la commission Viens. Au cours du fameux débat présidentiel américain, Trump se vantait d’avoir aboli un programme de formation en matière de sensibilité aux questions raciales : pour lui, c’était de l’argent dépensé à promouvoir une haine des États-Unis. Joe Biden répliqua que cela était bien sûr faux et ajouta ce qui devrait inspirer notre premier ministre : « le fait est qu’il y a de l’insensibilité raciale. Les gens doivent prendre conscience de ce que les autres ressentent, de ce qu’ils trouvent insultant, de ce qui est dévalorisant pour eux ». Si on veut chez nous lancer des échanges fructueux, il serait intelligent de prendre comme point de départ la façon dont les interlocuteurs (et tellement d’observateurs) voient et nomment le problème. Alors, un déblocage sémantique me semblerait une clé nécessaire pour commencer à surmonter bien des antagonismes. La sincérité du gouvernement dans sa volonté de renouveau apparaîtrait alors tellement plus convaincante.

27 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 14 octobre 2020 00 h 31

    Tout à fait d'accord!

    On dit souvent qu'on ne veut pas partir un débat sur la sémantique ou que «ce n'est qu'une question de sémantique», comme si la sémantique n'était pas importante. Or, la sémantique se définit par «qui a rapport à la signification d’un mot». Quand on utilise un mot, il est pourtant normal de s'intéresser à son sens, sinon on ne dit rien.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 14 octobre 2020 05 h 12

    Mauvaise analyse

    "Si on veut chez nous lancer des échanges fructueux, il serait intelligent de prendre comme point de départ la façon dont les interlocuteurs (et tellement d’observateurs) voient et nomment le problème."

    Surtout pas! D'abord, ce ne sont pas les autochtones qui ont inventé ce concept de racisme systémique. C'est la gauche identitaire et moralisatrice qui le leur a fourni sur un plateau d'argent, avec le soutien habituel de la bien-pensance libérale et la cabale insensée des médias qui la véhiculent (R.-C., La Presse, Le Devoir en particulier). Je ne sens par ailleurs pas que les chefs autochtones sont prêts à monter aux barricades autour de ce débat sémantique.

    L'utilisation du concept de racisme systémique provient de cette idéologie qui tient mordicus à ra-cia-li-ser tous les débats politiques. Il contient une double imposture intellectuelle:
    * parler de races à propos de n'importe quelle caractéristique se rapportant à des groupes minoritaires, alors que la Science en a éliminé toute légitimité (plutôt que de parler de discrimination);
    * faire de l'idée de système un mantra censé "aider à nommer les choses", alors que personne n'arrive à en dessiner les moindres contours.

    On ne trouvera pas de "système" causal à la discrimination envers les autochtones, ou alors on n'identifiera peut-être que quelques insignifiances ici où là n'ayant aucun rapport avec l'amplitude des problèmes vécus par eux. Il n'en existe qu'un seul majeur, bien connu de tous : la Loi fédérale sur les Indiens.

    Depuis que Trudeau s'est précipité au micro pour "reconnaître le racisme systémique" (fidèle en ce à lui-même), non seulement n'agit-il pas, mais l'Opposition et les médias n'exercent aucune pression sur lui à ce chapitre. Legault, au contraire, se met beaucoup de pression sur les épaules et devra rapidement produire des résultats concrets visibles pour être crédible.

    • Marc Therrien - Abonné 14 octobre 2020 17 h 20

      Mais qu’est-ce qui pourrait donc légitimement empêcher les autochtones de « voir » et nommer ce qu’il leur arrive avec un concept qu’ils n’ont pas inventé? Et vous, qui vous a donc appris à parler et à écrire? Depuis quand on ne peut pas utiliser une nouvelle connaissance pour transformer sa vision du monde en même que celui-ci se transforme aussi dans une évolution dynamique des consciences qui l’institue autant qu’elles sont instituées par lui? La sémantique est un outil parmi d’autres à la disposition des humains qui sont d’abord et avant tout des créateurs de sens.

      Marc Therrien

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 octobre 2020 10 h 21

      Marc Therrien

      La question n'est pas du tout ce que les autochtone peuvent ou ne peuvent pas, ont le droit ou n'ont pas le droit de faire.

      Dans la bouche de n'importe qui, ce concept en est un purement idéologique et vide de sens, ou plutôt, vide du sens que ses promoteurs lui attribuent et que trop d'éditorialistes et de chroniqueurs (en particulier) ont acheté les yeux fermés.

      Si j'ai souligné qu'il n'a pas été créé par les autochtones, c'était pour expliquer pourquoi ils ne semblenr pas prêts à se lancer à fond dans la guerre idéologique contre Legault que R.-C., La Presse et Le Devoir ont visiblement déclenchée sur ce sujet.

  • André Chevalier - Abonné 14 octobre 2020 05 h 52

    Un racisme très répandu n'est pas pour autant systémique.

    L'entêtement systématique de fonder d'emblée toute didcussion avec les autohtones sur le concept de racisme sytémique crée une nuisance inutile dans la mise en route d’une meilleure communication avec les nations autochtones du Québec.

    La loi fédérale sur les indiens est de la discrimination sytémique.
    Pour le reste, désigner tous les problèmes vécus par les autochtones comme étant du racisme systémique brouille toutes les discussions. Ça peut avoir comme résultat de déresponsabiliser les individus qui ont des comportements racistes.

    • Marc Levesque - Abonné 14 octobre 2020 14 h 20

      M. Chevalier

      "La loi fédérale sur les indiens est de la discrimination sytémique"

      Cette loi est une forme de discrimination étatique ou de discrimination institutionnel, elle peut aussi avoir un influence sur la discrimination systémique mais ce n'est pas la même chose.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 octobre 2020 17 h 11

      « Cette loi est une forme de discrimination étatique ou de discrimination institutionnel, elle peut aussi avoir un influence sur la discrimination systémique mais ce n'est pas la même chose. » Marc Levesque

      Vous devriez vous relire M. Levesque. Vivre en marge de la société dans une ségrégation étatique d’un régime d’apartheid sur des réserves communément appelées des prisons à ciel ouvert qui s’assurent que vous êtes sous-éduqué et que vous n’avez aucune chance de décrocher un bon emploi pour assurer à votre famille une dignité socioéconomique et vous venez nous parler de discrimination institutionnelle? Misère. Évidemment, vous n’avez jamais mis les pieds sur une de ces réserves sordides où vous devez abandonner tout espoir. C’est cela la Loi sur les Indiens qui rime ave celle de Jim Crow des années ségrégationnistes aux USA et celles des Afrikaners avec leurs lois sur l’apartheid.

      Ah! La gauche bidon.

    • Simon Grenier - Abonné 14 octobre 2020 22 h 48

      Qui a dit que "tous les problèmes vécus par les autochtones" sont de la discrimination systémique? Personne.

      Par contre, on peut dire sans exagérer qu'il n'y a pas vraiment d'hôpital dans le Nord du Québec. Les critères sur lesquels on se base pour construire un hôpital, au Québec, n'ont aucun lien avec les origines ethniques de tout un chacun. Pourtant, tiens donc, ce sont surtout des communautés issues des Premières Nations qui n'ont "pas vraiment" accès à des soins de santé.

      Racisme? Nan. "Système" organisé de telle sorte que les services publics ne sont pas égaux partout et que ce sont pas mal les mêmes communautés qui en sont privées? On peut trouver que le terme "systémique" se justifie. Aucun individu faisant partie du dit système ne se rend compte de ces effets mais ils sont tout de même causés! Quand les communautés discriminées ont en commun certains traits ethniques, on se rapproche pas mal d'un système qui discrimine le monde partageant des origines, différentes de celles de la majorité. Le pas de l'autre côté de la ligne du "racisme" est assez facile à faire, qu'il soit légitime ou pas.

      On se base sur l'éloignement géographique et la densité de population (par exemple) pour prendre des décisions et celles-ci ont des effets d'un autre ordre. Ce n'est pas parce qu'on le reconnaît qu'on s'auto-flagelle. Mais il FAUT le reconnaître pour espérer communiquer les uns avec les autres. Autrement, c'est de la pure mauvaise foi.

      À moins qu'on s'en contre-fiche et qu'on préfère blâmer Ottawa car c'est siiiiiiii facile.

    • Marc Levesque - Abonné 15 octobre 2020 12 h 27

      M. Dionne

      Clairement, dans mon commentaire je comparais le concept de la discrimination systémique avec ceux de la discrimination étatique et de la discrimination institutionnel qui peuvent exister dans le contexte des institutions fédéraux ou de loi sur les indiens. "Services aux Autochtones Canada", "Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada", et "Pétrole et gaz des Indiens du Canada" sont des exemples d'institutions fédéral auxquels je fais référence.

      Mais alors pourquoi M. Dionne essayez-vous de nous dire que parler de cela implique un déni de la sévérité des mauvaises conditions dans certaines réserves?

      Ou avez-vous vraiment mal interprété mon commentaire? De la mauvaise foi? Autre chose?

  • Yvon Montoya - Inscrit 14 octobre 2020 06 h 30

    Le premier ministre Legault est un ignorant puisque le Canada et par extension les Provinces canadiennes comme les Amériques, l’Australie, l’Europe, leurs bien-être et puissance sont le résultat depuis le principe de Terra Nulius du racisme systémique. Legault ne connait pas les fondations, le colonialisme économique et les prises de terre d’autres cultures/ civilisations qui ont fait le Quebec mais pas que. Le racisme systémique est notre système économique de l’exploitation de l’homme par l’homme. Autrement ce n’est pas une chicane de gamins a savoir si je suis, tu es, raciste ou non. Quoi attendre de l’ignorance? Merci.

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 octobre 2020 10 h 16

      M. Montoya,

      "le principe de Terra Nulius du racisme systémique"...
      Dékécé?
      Pas un principe en tout cas! Je ne vois aucune théorie à l'horizon au sujet du Terra Nulius. Procédé, oui.

      Mais je vois que votre propre ignorance de l'histoire est assez vaste, merci.
      L'arrivée de Français en Amérique du Nord est une exception totale par rapport aux colonisations Européennes. L'intention claire, nommée et démontrée de Champlain était la création d'une nouvelle Nation née des Nations existantes, qu'il souhaitait voir se perpétuer ensemble.
      Aucune terre n'a étré prise par les Français sans demander la permission expresse aux autochones concernés, sauf une : Montréal, qui était un no man's land suite aux guerres d'invasion des Cinq Nations.
      Tous les traités ont été respectés à la lettre.
      Ceci durant 150 ans, dont 60 en paix avec les Cinq Nations, avant que les Anglais arrivent, trahissent tous leurs traités et massacrent ou affament tout ce qui les empêchait d'avoir les richesses du sol.
      Alors votre "par extension", vous savez qu'en faire. Merci!
      Votre "principe" qui décide de tout est une niaiserie puérile, oui.

      Mais le pire :
      "Le racisme systémique est notre système économique de l’exploitation de l’homme par l’homme". Oh! k'cé bô! Un ti-bescuit avec ça?

      Racisme systémique dans les usines à Londres en 1850? Tous des blancs, de 6 à 70 ans et pas genrés du tout sauf pour la paye.
      Tonton Karl se retourne dans sa tombe. Lui parlait de capitalisme je crois.
      Racisme systémique dans la Révolution Culturelle de tonton Mao et ses centaines de camps de travail, moyen le plus barbare d'exploiter "l'homme"? Martin Luther King fait des cauchemars.

      Cette volonté exacerbée de mêler toutes les notions est toujours le meilleur indice d'extrémistes qui prennent les gens pour des cons.
      Pire que l'ignorance existe la mauvaise foi.

      Quel est votre dessein à travers cette pitoyable confusion?

    • Simon Grenier - Abonné 14 octobre 2020 23 h 05

      M. Trottier... "Terra Nullius" est une locution latine, le racisme systémique est une autre notion et M. Montoya les a réunis dans une même phrase - parce que faire ça, ça se peut! Des fois, c'est même enrichissant. Si je comprends bien, il associe le fait que les Européens (Français ou autres) considéraient les Amériques comme des territoires "sans maître" - tout comme vous le faites! - qu'ils pouvaient s'en saisir sans demander ou conquérir et enfin, que cette ligne de pensée s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui, sous diverses formes.

      Le fait que les Français aient eu besoin d'alliés autochtones pour survivre aux guerres iroquoiennes - qu'ils avaient eux-même causées en prenant moults prisonniers et otages pour aller les montrer en Europe - vous fait mentir quant aux ententes respectées à la lettre et autres prises de territoires avec consentement explicite. On ne saura jamais la vérité mais les livres d'Histoire s'entendent sur le fait que Champlain était pas mal la seule personne qui souhaitait intégrer les peuples déjà installés ici. L'Europe coloniale au grand complet voulait les éliminer et simplement s'étendre dans son nouveau condo américain.

      Quant à "mêler toutes les notions", je vais me contenter de penser quelque chose très très fort sans l'écrire.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 octobre 2020 06 h 50

    Non Sherlock, c’est la Loi sur les Indiens

    S’il y a racisme systémique envers les autochtones, c’est bien parce que c’est inscrit dans la loi raciste sur les Indiens dans la « canadian constitution » de PET, le fossoyeur des Canadiens français. Tout comme pour les lois de Jim Crow aux États-Unis et celles de l’Afrique du Sud, les lois d’apartheid, le racisme y était inscrit et disait noir sur blanc qu’un certain segment de leur population, dû à la couleur de leur épiderme, était inférieur. Pour les autochtones, c’est encore pire parce qu’elle leur dit entre autre, comment se gouverner et d’où découle le système politique des conseils de bande qui est une invention des gens comme John A. Macdonald. En plus, elle pratique la misogynie sans gêne.

    Le reste, en ce qui concerne le Québec, ce n’est que de la foutaise importée d’ailleurs. Enlever cette loi infâme sur les Indiens de la constitution des anglais, oui, les orangistes à la John A. Macdonald qui l’ont créé de toute pièce, abolissez les réserves, ces prisons à ciel ouvert qui garantissent un apartheid infâme dans une ségrégation indigne en 2020, et vous verrez ce racisme s’estompé envers les autochtones. Il faudra aussi dans leur cas, qu’ils nous rejoignent un jour au 21e siècle parce que les réserves n’offrent rien d’autre que pauvreté, misère, stigmatisation et aucun espoir.

    La solution passe par Ottawa et le gouvernement fédéral. Pour le reste, c’est une guerre des mots voulue par ceux qui travaillent activement contre la loi 21 et qui sont pour une immigration incontrôlée. Chaque fois qu'on mentionne qu'on désire abaisser les taux d'immigration, on se fait accuser de racisme. Il va falloir en finir un jour avec cette Loi sur les Indiens.

    • Denise Bédard - Abonnée 14 octobre 2020 10 h 34

      Tout à fais d'accord avec vous et si les autres provinces sont toutes d'accord avec le raciste systémique doivent aussi dire qu'ils font du racisme systémique avec les Francophones et surtout les Québécois de langue francaise et que le gouvernement fédéral enlève la loi sur les indiens.

    • Simon Grenier - Abonné 14 octobre 2020 23 h 12

      "Il faudra aussi dans leur cas, qu’ils nous rejoignent un jour au 21e siècle parce que les réserves n’offrent rien d’autre que pauvreté, misère, stigmatisation et aucun espoir."

      Si je comprends bien, tous les membres des Premières Nations sont des individus rétrogrades pognés au 20e siècle (sinon le 16e?) parce qu'ils s'entêtent à habiter sur des réserves - destructrices par leur nature même - entre autres parce que c'est ce qui leur est imposé par le fédéral. Et d'affirmer ça serait une démonstration que "le racisme envers les autochtones s'est estompé". Le tout étant une discussion objective sur la notion de "racisme systémique".

      C'est ça?