Des excuses sont requises pour la crise d’Octobre

En réaction au texte de l’ancien sénateur libéral André Pratte, dans lequel il souhaite que les felquistes toujours de ce monde s’excusent de leurs actions passées, je suis d’avis qu’il fait fausse route. En effet, il serait pour le moins étrange que, 50 ans plus tard, ces révolutionnaires disent soudainement « excusez-nous d’avoir voulu équilibrer les rapports sociaux au Québec ». Dans ce contexte, doit-on s’attendre du dominé, dès lors qu’il relève la tête, qu’il se confonde en excuses ?

Comme l’ancien éditorialiste de La Presse le souligne, « les grèves et les manifestations turbulentes se succédaient » dans les années précédant les événements d’octobre 1970 ; or, il a été maintes fois démontré que ce sont les inégalités économiques et les injustices sociales qui furent à l’origine de ce climat propice à une lutte des classes, et que celle-ci s’inscrivait dans un contexte international où les soulèvements populaires étaient fréquents. M. Pratte ne dit rien de cela dans sa « version tronquée » des événements.

Pourtant, c’est ce contexte d’iniquités qui a fait naître les différentes vagues du FLQ au fil des années. Vu d’aujourd’hui, tout cet épisode peut paraître insensé, sans doute parce que les temps ont changé et que les réformes se sont succédé pour corriger un certain nombre de situations qui étaient inacceptables.

Pour ce qui est du meurtre odieux de Pierre Laporte, c’est sans doute René Lévesque qui a le mieux exprimé la répulsion que cette violence inutile a engendrée chez les Québécois ; il suffit de revoir les reportages de l’époque pour constater à quel point il réprouvait ces méthodes. Malgré cela, Lévesque a souvent observé qu’il ne fallait pas confondre les symptômes avec la maladie.

Oui, monsieur Pratte, des excuses sont requises, et elles doivent venir de ceux qui ont choisi d’intimider la population du Québec en suspendant ses droits sans motif véritable.

7 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 9 octobre 2020 06 h 24

    Il y a un écrivain québécois qui disait hier, il a connu les militants important de l'époque, a juste titre. que demander des excuses serait l'équivalent de faire tomber des statues. Deux poids deux mesures. Interessant phénomène a suivre. Merci.

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 octobre 2020 09 h 05

      Étrange réflexion, M. Montiya.

      Personne n'a même songé à ériger de statue aux anciens felquistes. Même pas un peu.
      Le seul geste qui ressemblait un peu trop à un appui aux felquistes est venu de Catherine Dorion et son poing levé devant une affiche. Le seul en cinquante ans,. Comme cette personne déjà préfère les "images fortes" au discours structuré, on se fout pas mal de ses comportements.Tout au plus on remarque que QS ne l'a pas mis à la porte, ce qui donne une idée tant de la raideur que de la duplicité de ce parti, "démocratique" de façade et "révolutionnaire" pour convaincre les ados. Les excuses de GND étaient du mauvais théâtre : voire si elle a fait ça sans comprendre! Aussi bien la traiter de débile!

      La comparaison est bancale entre des gens qui ont fait de la prison et d'autres qui sont institutionnellement honorés par leur statue.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 9 octobre 2020 07 h 27

    Les inégalités sociales étaient à la base de ce qui a déclenché la crise d'Octobre!

    Les anciens politiciens libéraux de l'époque, comme leurs prédécesseurs, Lord Durham et autres, prennent ce qui fait leur affaire en oubliant la réalité, celle de la classe ouvrière qui était étouffée! Sous l'auréole d'une couronne monarchique issue du colonialisme britannique, les libéraux tant du Dominion que du Québec ont toujours consédérés les francophones comme leurs sulbaternes. Tout ce qui émanait de France était et demeure toujours une menace à la pensée de P-E Trudeau pour qui une seule nation existait ici! Bref, les francophones, à majorité les Québécois, vous n'êtes que des parias! Dans un tel contexte, lequel a peu changé depuis cette époque, on peut comprendre que les signes d'une révolution étaient prêts à se déclencher!
    Le refus des libéraux fédéraux de répondre à toute demande d'excuses, en particulier à ceux de souche française et renégats des temps modernes, n'est que la preuve évidente que le maintien d'une seule nation prime dans le Dominion et que les francophones peuvent aller se faire f..! Malheureusement pour bien des Québécois, ce n'est pas François Legault qui relévera le défi pour arriver au concept des deux nations et de l'indépendance! du Québec!

  • André Guay - Abonné 9 octobre 2020 08 h 53

    Comparer pour comparer

    Les felquistes ont été jugés et condamnés, ce qui n'est pas le cas des auteurs de l'irresponsable Loi sur les mesures de guerre.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 octobre 2020 08 h 53

    Bonne réplique

    LIre la prose d'André Pratte dans « Le Devoir » a eu des effets secondaires : des démangeaisons.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 octobre 2020 09 h 41

    Je ne comprends pas

    De mémoire, au cours de l'actualité depuis 40 ans, tous les felquistes connus se sont excusés les uns après les autres dans différentes entrevues.

    Je me demande ce qu'on pourrait bien demander de plus. Qu'ils reforment le FLQ pour s'excuser en groupe avec un communiqué, énoncé bandeau au visage et drapeau du résistant en arrière?

    Il y a une profonde malhonnêteté dans tout ça.
    Quand Pratte a-t-il demandé qu'on s'excuse pour avoir massé l'armée aux portes du Québec juste avant le référendum de '95?
    Essayez de me faire croire que ça n'a eu aucun effet!
    Ben... ça a fait son affaire, donc pas un mot! On s'en fout que la volonté de la nation y soit passé. Autrefois on appelait ça un roi-nègre. En Afrique maintenant ce sont des chefs de guerre mais le principe reste le même.

    Le non-respect des budgets référendaires par le fédéral, c'était pas des jokes! Plus que double des deux budgets réunis!

    Le très colonial Empire Canadien est toujours resté en place à coup de grosses malhonnêtetés suivies de barbarie.

    Comme en 1867, quand le Québec a signé en tablant sur un Ouest qui parlait français du lac Huron aux Rocheuses (si, si!), et que le lendemain Macdonald planifiait déjà les massacres qui ont suivi.
    Les mitrailleuses qui tirent dans la foule à Québec, en 1918 par une armée importée d'ailleurs, celle de Val-Cartier refusant une telle écoeuranterie.
    1970. Une répétition de Québec, sauf qu'il n'y a pas eu de foule pour tirer. Pas trace d'insurrection, "appréhendée" pour cause de préjugés racistes.
    En 1984, quand il n'a même pas été nécessaire que le Québec signe. ioupi.
    En 2016, Trudeau décide que le Québec n'investira pas dans les soins aux aînés. En 2020 il veut prendre le contrôle de la santé en 2020 avec pour otages... les aînés!
    Les cas sont presque journaliers.

    Et les fédéralistes en sont encore à demander des excuses déjà données pour se laver les mains. De beaux salauds oui.