Lettre au papa de Mafalda

Je devais avoir 12 ou 13 ans lorsque j’ai rapporté mon premier album de Mafalda à la maison. Mon père était absolument ébahi par le fait que je puisse rapporter une telle lecture à la maison, surtout pour un enfant de ma génération, mais je ne le comprenais pas encore. Il faut croire que les bibliothèques des écoles primaires regorgent de trésors inespérés. Je pense que, parce qu’il m’était obligatoire de lire un livre, j’avais choisi celui qui me semblait le plus drôle. Après avoir regardé les premières lignes, je me suis bien rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’un Garfield ou d’un Tintin que j’avais auparavant l’habitude de lire.

Le monde il est joli. Mais celui-là l’est parce que c’est une maquette. L’original est un désastre.

C’est près de 10 ans plus tard que je me rends compte de l’impact que cette lecture a eu sur moi. Le dessin originaire des années 1960 et 1970 n’aurait pas pu résonner aussi fort dans mon esprit aujourd’hui alors que le monde décrit dans cette œuvre est toujours celui que je connais. La classe moyenne, la famille nucléaire et par-dessus tout, la politique. J’ai valsé entre conservatisme, totalitarisme et libéralisme avant même de lire Arendt, Smith ou Machiavel. Assez inusité pour un enfant de cet âge. Évidemment, ce serait que de me mettre la tête dans le sable que de ne pas admettre qu’une génération avant la mienne a peut-être su se faire ouvrir les yeux sur le monde par le biais de cette petite fille aux cheveux bouclés.

Merci Quino.