Le sourire de Joyce

Tu étais jeune, mais de nombreuses fois maman. Tu portais bien ton nom : tu étais tout sourire, même lorsque la mort planait au-dessus de toi. Tu avais peur, mais tu espérais. Fragilité du cœur, que ta famille disait grand. Tu priais souvent, cela t’apaisait. Tu demandais aussi que l’on prie pour toi, cela te donnait confiance. Tu n’étais pas crédule, tu croyais à cette force vitale. Ton mari, pilier de résilience, y était pour beaucoup. Tu étais reconnaissante aux soignantes qui ont pris soin de toi et de ton bébé quelques mois plus tôt. Tu disais souvent merci. Que tu sois morte ainsi vient à l’encontre de ta vie d’espérances et de naissances. Que tu aies été apeurée, diminuée et humiliée dans un endroit qui répare les gens est à l’antithèse de la définition du soin. Pour toutes les travailleuses du « care », on se dit que cette violence-là n’est pas possible — car qui soigne le fait avec cœur —, que ça ne se peut pas. Pour les femmes autochtones, on constate que c’est un nom de trop qui s’ajoute à la liste des femmes autochtones assassinées et disparues. On sait qu’on le sait, mais les noms défilent quand même. On s’insurge, mais on enterre pareil. Il y a ce problème systémique, transnational, intersectionnel du racisme, du sexisme. Et il y a celui de notre système de santé déconnecté du soin à l’Autre, dans toutes ses dimensions, physiques, sociales et spirituelles. Les soins spirituels incarnent, de par leur existence propre, la résistance à la déshumanisation des soins de santé dans le milieu hospitalier. La présence au chevet des malades, qui comme Joyce souffrent et se soignent, ne sauve pas des vies, mais vient maintenir le souffle d’une humanité négligée par les réformes et les dérives institutionnelles et assurer un réconfort existentiel, nécessaire en ces temps difficiles.

C’est le sourire de Joyce que nous souhaitons nous rappeler. Le sien et celui de toutes les victimes de traumas intergénérationnels perpétrés par l’État contre les peuples autochtones. Nous, intervenantes et intervenants en soins spirituels et personnels soignants des hôpitaux, souhaitons à Joyce le repos, mais la colère, elle, ne mourra pas.

7 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 1 octobre 2020 08 h 02

    D'une grande tristesse

    Cette infirmière était bourrée de préjugés et, c'est ce qui a tué Joyce. C'est violent, malsain.

    J'aimerais pouvoir dire que tous les Québécois ne sont pas comme ça. J'aimerais pouvoir offrir mes condoléances à la famille éprouvée et lui dire : Plus jamais ça! Le monde a besoin de sourires...

  • Yvon Bureau - Abonné 1 octobre 2020 10 h 02

    Une certaine retenue

    linguistique me semblerait plus appropriée...

    Cela dit, place à l'indignation et à la tristesse; à l'analyse et à l'action.

    Sympathies abondantes à la famille.

  • M. Félix Houde - Abonné 1 octobre 2020 11 h 42

    Merci de nous apporter cette belle humanité qui nous ramène vers soi, et vers les autres en ce jour de grande tristesse collective.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 1 octobre 2020 12 h 00

    Wow !

    " Pour les femmes autochtones, on constate que c’est un nom de trop qui s’ajoute à la liste des femmes autochtones assassinées et disparues. "

    Vraiment, madame Joyce rejoint la liste des femmes assasinées ?

    • Marc Levesque - Abonné 1 octobre 2020 13 h 57

      "Vraiment, madame Joyce rejoint la liste des femmes assasinées ?"

      Le rapprochement est certainement permis, une allusion. Victime de discrimination systémique. Comme pour beaucoup trop de femmes autochtones, plusieurs assassinées ou disparues.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 1 octobre 2020 17 h 27

      Bien justement pas M. Levesque.

      Faire d'une liste de personnres assasinées un melting-pot de toutes les douleurs vécues c'est banalisé la gravité que cette liste ne veux pas faire oublier. La construction de préjugé se fait a partir d'amalgame, de racourcis sans nuances et de clichés simplistes vite trouvé.
      On ne gagne pas en humanité avec des jugements à l'emporte pièces.

    • Marc Levesque - Abonné 1 octobre 2020 22 h 36

      "Faire d'une liste de personnres assasinées un melting-pot de toutes les douleurs vécues c'est banalisé la gravité que cette liste ne veux pas faire oublier."

      Votre lecture est la votre. Personnellement je ne lis pas du tout la lettre de Mme Villeneuve de cette façon.