Chronique d’une cégépienne qui travaille au service à la clientèle en temps de COVID-19

Mardi matin, vers 6 h, une altercation dans un Tim Hortons local. À quel propos ? Le port du masque, évidemment ! Le client, indigné qu’on lui demande de porter le masque correctement, nous lance des injures que nous ne méritons pas. En tant qu’étudiante de deuxième année au cégep, je jongle entre les cours en ligne, en plus de travailler 20 heures semaine au service à la clientèle. Ne vous y trompez pas, j’adore mon travail et l’aspect social qu’il m’apporte, habituellement. Mais ce matin, je suis fatiguée, je me suis réveillée à 4 h 20 pour mon quart de travail qui débute à 5 h. À 9 h 30 ce matin, j’ai un cours de chimie organique, suivi d’un cours d’électricité, de psychologie et finalement de littérature anglaise. Mon cégep est en ligne à 100 % et je n’aurai probablement pas la chance de rencontrer mes professeurs cette session-ci. J’avoue, il est difficile de saisir tous les concepts scientifiques derrière mon ordinateur dans ma chambre, mais je comprends que tout le monde a dû s’ajuster. Mais je suis fatiguée, fatiguée de voir que ce n’est pas tout le monde qui fait les efforts pour que ça change, j’aimerais pouvoir sortir davantage que mon parcours de 3 kilomètres dans mon quartier, mon travail, et les jours où je vais à l’épicerie, mais ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible parce qu’il y a toujours des gens qui ne se plient pas aux recommandations, qui ne portent pas leur masque correctement. J’aimerais pouvoir rencontrer mes professeurs à la prochaine session, j’aimerais pouvoir aller au cinéma, m’asseoir à côté de mes amis, mais je ne sais pas si c’est possible pour tout de suite. En attendant, je porte mon masque, je suis les recommandations et j’espère que la situation change positivement. C’est la nouvelle normalité de porter un masque, ne soyez pas frustré qu’on fasse notre travail en vous demandant de le porter correctement, et soyez conscients que la situation dure à cause des citoyens qui ne comprennent pas le but de ces mesures et qui agissent en conséquence. Si vous êtes contre, s’il vous plaît, restez chez vous. Sinon, portez-le et portez-le comme il faut s’il vous plaît. Protégez les plus à risque. Prenez soin de la communauté pour qu’on puisse voir la fin.


 
3 commentaires
  • Christian Roy - Abonné 16 septembre 2020 16 h 05

    Sensée et déterminée !

    Mme Carbonneau, j'ai trouvé votre lettre fort pertinente. Vos propos sont pleins de civisme et d'authenticité. Vous faites la démonstration que la "crise" actuelle est l'affaire de tous.

    Garder silence est une forme de compromission. Restez ferme devant les idioties tout en demeurant respectueuse des personnes. Vous êtes citoyenne à part entière. Votre apport est inestimable. On finira bien par passer au travers malgré les difficultés propres à toute existence.

    Lâchez pas !

    Bon semestre.

    Signé: un valeureux Papyboomer qui espère avoir sa place dans les toutes nouvelles Maisons des Aînés.

  • Vincent Collard - Abonné 17 septembre 2020 09 h 51

    Empathie critique

    Je comprends très bien votre fatigue. D'ailleurs, même en temps «normal», le rythme de vie d'une étudiante à temps plein qui doit aussi travailler n'est pas de tout repos. Soyez donc assurée de ma compassion et de mon empathie.

    Toutefois, je ne partage pas l'avis que tout le monde doit absolument suivre les directives du gouvernement face à la pandémie, ni cette idée à la mode que «le masque est la nouvelle normalité». Personne ne détient la vérité à cet égard. Les choix poilitiques du gouvernement ne sont pas forcément les plus pertinents et les plus efficaces. Quand vous avez des raisons sérieuses de croire que votre gouvernement se trompe, obéir aveuglément n'est pas la chose à faire.

    Aujourd'hui même dans ce journal, on revient sur le cas de la Suède, qui devrait nous faire profondément réfléchir. Contrairement à la plupart des gouvernements du monde, celui de la Suède n'a pas laissé la terreur et la panique lui dicter ses choix; et l'évolution de la situation dans ce pays donne à penser qu'il devrait nous inspirer dans notre conduite.

    Cela, bien entendu, n'excuse d'aucune façon le manque de respect dont vous avez été l'objet de la part de certains clients. En tant qu'employée, vous n'avez pas le choix d'appliquer les mesures qu'on vous impose. Ceux de vos clients qui partagent ma posture critique doivent s'en prendre au gouvernement — et sûrement pas aux employés des commerces, qui non seulement n'ont aucun pouvoir là-dessus, mais subissent eux-même ces mesures d'une façon bien plus terrible. Même si je crois personnellement que toutes ces mesures sont bien plus dommageables qu'utiles, il ne me viendrait jamais à l'idée de me «venger» ainsi sur des gens qui font tout leur possible pour me rendre service en travaillant dans des conditions aussi difficiles que les vôtres.

    Sur ces réflexions, je vous souhaite du repos, du courage, un travail plus valorisant et, plus généralement, un avenir plus agréable que le bien triste présent qui est notre lot actuel.

    • Christian Roy - Abonné 17 septembre 2020 12 h 32

      M. Collard,

      Vous écrivez: "Quand vous avez des raisons sérieuses de croire que votre gouvernement se trompe, obéir aveuglément n'est pas la chose à faire. "

      Dans le cas qui nous occupe, les raisons sérieuses que vous évoquez doivent sérieusement l'être. Ne parle-t-on pas ici d'une question de vie ou de mort ? d'une question d'effets à plus ou moins long terme qui dégradent la santé des gens touchés par la Covid ? D'un virus qui se transmet facilement entre humains et contre lequel, en cas de complication, les frais deviennent exponentiels à la fois pour les individus concernés et pour l'ensemble de la société - les taxes et impôts de tous (les miennes comme les vôtres)?

      Les consignes gouvernementales sont objectivement faciles à exercer... rien d'héroîque n'est demandé. Seulement un petit peu d'abnégation (et non pas d'obéissance servile) est exigé de CHACUN. Aucun privilège n'est accordé. Pas d'injustice au tableau. Alors quoi ? Allons-nous démontrer un peu de tonus dans l'adversité ? Sommes-nous en mesure de garder le focus plus que trente secondes ? Où est passé NOTRE esprit guerrier - si nous en avons déjà eu un ?

      Je me pose pour ma part de sérieuses questions sur le sens moral d'une infime partie de la populaition qui se rebiffe puérilement...et de celui de certains qui se drapent dans la libre-pensée pour justifier leur dissidence.

      Lorsqu'on joue en équipe comme c'est le cas présentement, les mangeux de puck font ordinairement perdre l'équipe entière et je ne parlerai pas de ceux qui comptent dans leur propre but.

      Lachez-moi la Suède... Vive l'équipe nationale du Québec ! "Nos bras sont meurtris"... (certains sont plus sensibles que d'autres) mais gardons haut le flambeau. Y a rien de mal à être solidaires et à vaincre ENSEMBLE le virus. Nous avons une fierté à en retirer...

      N'avez-vous jamais joué au hockey ?