Le mot «présentiel» vous agace-t-il?

L’expression « en présentiel » en agace certains. Patrick Lagacé, le bien nommé, en a fait l’objet d’une chronique : « Je déteste de toute ma force vitale le mot “présentiel” », écrivait-il à la mi-août.

De fait, ce néologisme passe plus ou moins bien. Il est sorti de nulle part, en France bien entendu.

Par curiosité et pour m’amuser, j’ai mené ma petite recherche dans la banque de données Eureka. On y recense les articles parus dans d’innombrables pays du monde.

Dans la presse francophone canadienne, la première utilisation du mot « présentiel » remonte au 13 février 2002, il y a donc près de 20 ans. Jacques Benoit, de La Presse, écrivait ce jour-là : « EM Lyon offre ainsi un certificat en ressources humaines qui demande 18 heures de cours réparties sur trois jours de présentiel (un nouveau terme utilisé en France pour désigner la présence réelle), plus 25 heures d’études sur le site. »

Depuis, j’ai compté 2558 occurrences du terme dans la presse francophone d’ici. Mais 80 % d’entre elles remontent jusqu’au 12 mars dernier, jour du confinement !

La Presse, qui a lancé le bal, a publié l’expression à 33 reprises depuis. Le Devoir l’a fait 40 fois, dont 29 depuis le 13 mars dernier. Le Journal de Montréal… 5 fois !

Dans la presse francophone européenne, le mot est apparu pour la première fois le 31 décembre 1969, puis oublié jusqu’en août 1992. Il avait été publié 87 fois avant que La Presse ne le récupère en 2002. Depuis, on a pu le lire 15 025 fois en Europe, dont 74 % depuis le 12 mars.

Alors, l’expression « en présentiel » vous agace-t-elle ? Si oui, dites simplement : « en classe », comme le propose l’Office québécois de la langue française.


 
14 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 15 septembre 2020 00 h 19

    Non.

    Dans le contexte actuel, tout le monde le comprend.

    • Pierre Fortin - Abonné 15 septembre 2020 12 h 21

      Quand on cherche un synonyme au mot "présentiel", on trouve "physique", "in situ", "en face à face", "sur place", et quelques autres expressions explicatives du même ordre mais dont le sens est moins explicite.

      Il faut bien avouer que ce néologisme désigne bien le concept sémantique visé et, si M. Lagacé le trouve agaçant, il finira bien par s'y faire. Comme nous tous d'ailleurs.

  • Simon Grenier - Abonné 15 septembre 2020 05 h 41

    Pas du tout. C'est un terme qui répond à un besoin concret dans plusieurs domaines.

    Là où je rejoins M. Lagacé, c'est qu'il s'agit d'un niveau de langue "administratif" qui devrait être réservé au domaine administratif et évité lorsqu'il s'agit de communications publiques. De la même façon, lorsqu'on appelle son fournisseur de téléphonie mobile, on ne se fait pas dire que nous sommes abonnés au forfait EX3Y6 mais plutôt le forfait "Toutte pour 5$". Autrement, comme le souligne M. Lagacé, lancer ce mot n'importe où laisse une grande impression d'être déconnecté de son auditoire - puisqu'on ne semble pas s'adresser à lui dans une communication qui lui est pourtant spécifiquement destinée.

  • Serge Gagné - Abonné 15 septembre 2020 07 h 49

    Petit hic

    Le problème, Monsieur Proulx, c'est qu'il ne s'agit pas seulement de classes (salles de cours). Il s'agit aussi de toutes sortes d'autres entités (clubs de loisirs, entreprises, organismes de toutes sortes) qui n'ont pas de classes, mais des locaux physiques autres. C'est donc une solution partielle. Alors, comment l'OQLF règle-t-il la question?

  • Élisabeth Germain - Abonnée 15 septembre 2020 07 h 58

    Osons!

    Vous avez oublié "en distanciel". Et on ne parle pas que d'enseignement, on parle de toutes sortes d'activités, réunions, conférences, lancements de livres, fumérailles, petites fêtes de famille etc.
    Laissons donc l'usage déterminer si ces termes ont de l'avenir. Le français se portera bien mieux quand on ouvrira la porte à la créativité, aux emprunts significatifs pour l'actualité, au lieu de critiquer tout de suite les néologismes comme des emprunts à l'anglais ou des hontes pour la soi-disant logique et beauté d'un français académique qui n'arrive pourtant plus à nous permettre d'exprimer facilement les nouvelles réalités. Pourquoi tant de jeunes truffent-ils leur langage d'anglais sinon parce qu'un français plus soucieux de tradition académique que de lien entre les gens qui le parlent ne supporte pas que le changement se produise sans une sanction hiérarchique et élitiste. Parlons, parlons et nous dynamiserons cette langue menacée.

  • Cyril Dionne - Abonné 15 septembre 2020 08 h 44

    Est-ce que les mots vous agacent M. Lagacé?

    Bon, selon le Larousse le mot « présentiel » signifie un enseignement à suivre sur place et non à distance. Quel est le problème? Pour ceux qui ont évolué dans le monde des TIC, c’est aussi naturel que la tarte aux pommes.

    Maintenant, essayez le mot « distanciel » qui qualifie un enseignement qui est dispensé à distance par le biais des nouvelles technologies. Et que dire d’internaute, de courriel, de clavardage et numériseur? Vous en voulez d’autres? Hackaton, traceur, cybercrime, darknet, datacracie et deep-learning.

    Loin de moi de me présenter comme linguiste, le français étant presque ma deuxième langue comme Franco-Ontarien qui était pris dans le rouleau compresseur linguistique d'assimilation du ROC, il faudrait que notre Patrick Lagacé sorte son nez de son journal subventionné par les contribuables et nous rejoigne au 21e siècle.

    • Serge Gagné - Abonné 16 septembre 2020 07 h 48

      Excellent, Monsieur Dionne!