Mon ami Raif

Le 25 septembre prochain se tiendra, comme les 299 vendredis précédents, devant l’hôtel de ville de Sherbrooke, une vigile en soutien au blogueur saoudien Raif Badawi emprisonné dans son pays pour avoir alimenté un débat sur la pluralité d’opinions, les droits des femmes, l’œcuménisme religieux et autres sujets de tendance libérale. On pourrait simplifier en qualifiant cela de liberté d’expression.

Une 300e semaine, où des sympathisants sherbrookois et autres se rassemblent, le plus souvent avec Ensaf Haidar, la compagne de Raif, et leurs enfants, pour exiger sa libération. Dans un curieux rituel de 50 battements de percussions évoquant les 50 coups de flagellation que Badawi a reçus en début d’incarcération, ses amis sont là. Ainsi, depuis des années, des citoyens ordinaires comme des personnalités politiques, artistiques ou militantes répondent à cet étrange rendez-vous qui n’a de sens qu’à travers l’universalisme de la cause et la solidarité face à l’injustice.

Évidemment, je ne connais pas personnellement Raif Badawi, mais côtoyer des gens qui, eux, me sont devenus familiers dans la constance et la répétition du geste engagé me lie directement à ce prisonnier d’opinion dans sa geôle à l’autre bout de la planète. En commençant par Mme Haidar, qui nous transmet avec émotion les salutations de son mari et des détails sur son état de santé physique et psychologique, lorsqu’elle peut avoir quelques rares minutes de conversation téléphonique avec lui. Dans ces moments, ma connexion avec ce sacrifié me semble directe et je peux ressentir le désespoir que j’éprouverais moi-même en pareille situation. Je serais réconforté de savoir que, chaque vendredi, depuis des années, des inconnus bienveillants et assidus dans une ville régionale du Canada, à l’instar de beaucoup d’autres villes nord-américaines, européennes et autres, maintiennent leur pression dans un engagement indéfectible envers moi.

Ces gens ordinaires, j’aimerais souligner leur opiniâtreté face à l’indifférence qui tue et permet de continuer sa vie sans se sentir concerné. Ce groupe d’indignés sans organisation formelle maintient le cap, bien sûr, grâce à Ensaf Haidar et à un noyau de soutien tissé serré autour d’elle, mais aussi grâce à des indéfectibles. Tous ceux-là et tant d’autres me permettent d’espérer qu’on peut faire contribuer changer le sort de mon ami Raif…


 
4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 septembre 2020 02 h 49

    Honte aux dirigeants de pays civilisés qui laissent faire ce régime voyou.

    Votre vigile est louable, mais ce n'est pas assez. Après le massacre du journaliste Jamal Khashoggi par le régime saoudien, il fallait que les pays civilisés de ce monde boycottent cet État voyou au nom de la décence.
    Mais, non, les pays occidentaux ont continué avec leur commerce «business as usual» comme si rien n'est arrivé.
    Même la guerre illégale que mène l'Arabie saoudite depuis des années contre le peuple affamé du Yémen n'a pas poussé les Nations-Unies à agir contre cette injustice flagrante.
    Honte aux pays qui proclament la justice sociale au bout des lèvres, mais qui laissent croupir un héros comme Raif Badawi en prison.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 15 septembre 2020 09 h 23

      Voyous et business vont si bien ensemble...le civisme est en phase terminale.

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 septembre 2020 13 h 25

    Deux poids, deux mesures

    Merci pour ce rappel. Toutefois, il ne faut pas attendre grand chose du gouvernement canadien dans cette affaire. Les « vraies affaires », ce sont les milliards $ qu'on peut tirer de la vente de véhicules militaires à la Barbarie saoudite, peu importe ce qu'ils en feront. Raif Badawi n'est qu'une victime collatérale des bonnes relations du Canada avec ce régime féodal. Nos honorables Trudeau et Freeland peuvent toujours se gargariser de droits de la personne...

  • Richard Lupien - Abonné 16 septembre 2020 11 h 27

    Moi aussi...

    ...j’aimerais être là « Le 25 septembre prochain ( quand ) se tiendra, comme les 299 vendredis précédents, devant l’hôtel de ville de Sherbrooke, une vigile en soutien au blogueur saoudien Raif Badawi » malheureusement mon éloignement rend la chose impossible.
    Que tous ceux qui y seront sachent que ma pensée va vers cet homme courageux