«La COVID-19, ça n’existe pas»

Voilà une bien étrange affirmation. La logique derrière cette affirmation ferait rire si elle apparaissait dans la bouche d’un humoriste, comme on rit de la logique créatrice de l’enfant qui affirme : « Le père Noël ne passe pas par la cheminée, car il serait tout sale, il a un passe-partout qui lui permet d’entrer dans toutes les maisons. » Mais on ne rit pas lorsque cette affirmation vient d’un adulte instruit et sain d’esprit. Et on s’inquiète lorsqu’elle devient le cri de ralliement des adeptes d’une théorie du complot.

Lorsque je demande à celui qui me fait cette affirmation, un professionnel détenteur d’un diplôme universitaire, si on a inventé les 894 317 décès de la COVID-19 dans le monde en date d’aujourd’hui, il me répond que ces personnes sont mortes de cancer ou d’une autre maladie connue. Illogique, direz-vous ? Non. La logique d’un croyant. Lorsqu’une croyance s’est installée dans l’esprit d’une personne, elle devient indélogeable, imperméable aux faits contradictoires. Et elle est aussi contagieuse que la COVID-19 dans certains milieux.

Vous avez besoin de comprendre ? Moi aussi. Mais pour y arriver, nous avons une difficulté majeure. Elle a été énoncée par le philosophe Thomas Nagel, qui disait à ceux qui voulaient comprendre le monde d’une chauve-souris qu’il faudrait répondre à cette question, ce qui est impossible pour un humain : « Quel effet cela fait d’être une chauve-souris ? » Pour comprendre le monde de mon interlocuteur, de Donald Trump ou de toute autre personne pour qui les faits sont un brouillard qui les empêche de voir leur réalité, il nous faudrait comprendre « quel effet cela fait d’être cette personne ». Ce n’est guère plus facile que pour la chauve-souris, mais comme nous faisons partie de la même espèce Homo sapiens, nous y allons de nos hypothèses pour expliquer sinon la logique, du moins le motif sous-jacent à ces affirmations qui étonnent chez un adulte apparemment sain d’esprit.

Les hypothèses ne manquent pas. J’en ajoute une. Je me demande si la peur de la mort ne serait pas sous-jacente au besoin de nier la COVID-19. Depuis que l’espérance d’un paradis céleste s’estompe dans nos sociétés, on voit naître l’espoir d’un Homo Deus (credo du transhumanisme) qui, débarrassé de son animalité, pourrait vivre éternellement. Lorsque je reverrai mon interlocuteur, je lui demanderai s’il n’est pas aussi un adepte du transhumanisme.


 
26 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 12 septembre 2020 02 h 49

    Ce qui existe oui ...mais en regardant avec une vue panoramique

    Sur la dite planète, combien de personnes sont mortes de la grippe ou des autres maladies similaires durant la même période?
    Et combie en meurent à chaque année?
    C'est informatif de dire en gros titre que la mairesse de Longueuil est atteinte de la covid? Mais comment se comporte-t-elle? Va t-on nous informer en gros titre quand elle sera rétablie?
    Et en général, quel est le pourcentage de personnes atteintes de la covid-19 ou de la grippe qui en meurent?

    Un adulte "majeur et vacciné" veut savoir.

  • Yvon Montoya - Inscrit 12 septembre 2020 07 h 00

    L’obscurantisme total. Le « Trumpisme » n’apprécie pas l’éducation, les hommes éduqués. Nos societes montrent le fiasco total de l'éducation des citoyens. Merci.

  • Françoise Labelle - Abonnée 12 septembre 2020 08 h 31

    Le virus et la chauve-souris

    «un professionnel détenteur d’un diplôme universitaire»
    L'OTS était dirigé par un médecin éprouvé qui croyait au miracle et recrutait des diplomés; le tiers des membres québécois de l'ordre du temple solaire travaillait pour Hydro-Québec. Bien des diplomés ont participés à l'oeuvre exterminatoire des nazis.

    La chauve-souris de Nagel est une erreur qu'Hannah Arendt a souligné en parlant de la banalité du mal. En en faisant des chauve-souris, on économise au contraire toute tentative d'explication. On retrouve la banalité du mal chez plusieurs tueurs en série qui échappent aux enquêteurs par leur banalité (Pickton, Ridgway, Tchikatilo, etc). Des gens insignifiants qui deviennent enfin puissants en décidant du droit de vie et de mort. L'impuissance est notre lot, couronnée par notre mort. Pourquoi certains croient en Q ou autre manipulateur? Parce qu'ils deviennent détenteurs d'une vérité qui échappe aux autres, puissants à nouveau dans une communauté aux aspects sectaires. Les jeunes tueurs islamistes sont mus par la même volonté d'échapper à l'impuissance.

    • Christian Roy - Abonné 12 septembre 2020 13 h 59

      Péché d'orgueil... et arrogance...pour échapper à l'Impuissance et au profond sentiment d'insignifiance. Triste humanité.

    • Marc Therrien - Abonné 12 septembre 2020 18 h 05

      On pense alors à Nietzsche et « La volonté de puissance ». « Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir ». Les gourous animés de la volonté de puissance savent convaincre leurs ouailles crédules que: « Cette croyance: « Il en est ainsi », il faut la changer en cette volonté: « Il en sera ainsi ».

      Marc Therrien

    • Françoise Labelle - Abonnée 13 septembre 2020 07 h 54

      M.Therrien,
      je ne suis pas spécialiste de Nietzsche mais ne s'est-il pas défendu de l'interprétation que sa propre soeur et Richard Wagner faisaient de la volonté de puissance imposée aux autres. Il a rompu avec Wagner après s'être rendu compte de ve qu'il avait fait de sa pensée à Bayreuth. Je pense que c'est la proclamation de puissance d'une personne physiquement malade qui clamait sa puissance d'exister malgré la maladie.

      M.Roy,
      triste humanité mais humanité quand même. Si on en fait des monstres, on se trouve seulement à camouler le problème. C'est ce qu'Arendt voulait dire. La majorité des humains calment ce sentiment d'impuissance de façon créative ou moins destructrice.

  • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2020 09 h 36

    Oui cher Watson, la COVID-19 existe vraiment et à quand une enquête sur la gestion de cette crise?

    Dans la vie comme dans la mort, tout est une question de perspective. On nous cite dans cet article 894 317 décès de la COVID-19 dans le monde en date d’aujourd’hui et cela est un fait indéniable. Et le SARS-CoV-2 est un virus très contagieux et 4 fois plus mortel que la grippe saisonnière. Mais durant ce même six mois du coronavirus, 5 millions sont morts du cancer dans le monde, 9 millions de maladies cardio-vasculaire et enfin, 5 millions d’enfants de 5 ans ou moins sont décédés de causes évitables. Et en ce monde rien n'est certain, à part la mort et les impôts.

    Ceci dit, regardons de plus près le 900 000 ou presque de décès dus au virus. De ce nombre, et ceci dans tous les pays, on note une mortalité de seulement 2% pour les gens âgés de moins de 60 ans. Et c’est une courbe exponentielle que nous obtenons à partir de l’âge de 65 ans. Du 2%, le 7,1 milliards de gens âgés de moins de 60 ans de la population mondiale, on parle de seulement 18 886 personnes qui sont décédées. Pour mettre cela en perspective encore une fois, c’est 18 886 contre 7 100 000 000 ou 0,0000026%. Du 98% de décès des gens âgés de plus de 60 ans, et bien, cela représente 0,05% de ce groupe démographique.

    Continuons. Les comorbidités comme le diabète, les maladies pulmonaires, les cancers, l’immunodéficience, les maladies cardiaques, l’hypertension, l’asthme, les maladies rénales, les maladies gastro-intestinale et hépatique et l’obésité sont présentent et surtout amplifiées lorsque nous avançons en âge. La grippe saisonnière fait entre 290,000 à 650,000 victimes chaque année dans le monde.

    La désinformation va de bon train au Québec. Pourquoi, c’est pour occulter le fait que le gouvernement Legault à très mal géré cette crise en ne protégeant pas les plus vulnérables. Curieusement, toutes les autres provinces l’ont fait et de manière très efficace. La Colombie-Britannique par exemple, c’est 38 morts par million de population; au Québec, c’est 682.

    Oui, misère.

    • Françoise Labelle - Abonnée 12 septembre 2020 10 h 58

      M.Dionne,
      Une des roues de votre véhicule me semblent rouler un peu carré.
      Vous nous conviez à comparer la létalité des virus aux cancers et aux maladies coronariennes. Bien que certains virus causent des cancers, les cancers ne se transmettent pas de personne à personne. Le cancer du cerveau (glioblastome) touche des jeunes en parfaite santé au sortir de l'adolescence et aucune mesure de confinement ne peut le contenir. Il y a mutation dans les deux cas mais c'est tout ce qu'on peut trouver de comparable. Idem pour les maladies cardiaques à moins de considérer l'héritage génétique comme une forme de contagion. Mais, même là, les héritiers peuvent éviter d'être atteints. Les chiffres sont à prendre avec des pincettes.
      «Covid-19: US cases are greatly underestimated, seroprevalence studies suggest» TheBMJ, 24 juillet.

      Nos voisins commémoraient le 11 septembre cette semaine. 3000 personnes sont décédées de façon spectaculaire et horrible. Deux pays ont été envahis pour laver l'honneur. Le virus que certains considèrent comme «peu létal» en a tué au moins 200,000, beaucoup beaucoup moins en Corée qui a pris les mesures appropriées sans causer la panique que Trump prétendait craindre.
      Combien de pays devront être envahis? 200,000/3,000.
      Pourquoi les cancers, les maladies coronariennes, les armes à feu, etc. ne causent pas de panique? Parce qu'on ne parle pas de phénomènes identiques.

    • Marc Therrien - Abonné 12 septembre 2020 11 h 11

      On pourrait donc dire, comme dirait l'autre, la Covid-19 ça existe peut-être, mais dans le fond y a rien là.

      Marc Therrien

    • Marc Therrien - Abonné 12 septembre 2020 12 h 18

      Et c'est pourquoi, madame Labelle, dans l'éventualité du pire scénario où ne trouverait pas de vaccin efficace, il faudra s’habituer à vivre avec la présence de la Covid-19 comme on l’a fait avec celle du Sida et arrivera bien ce jour où une nouvelle menace à la vie viendra remplacer la Covid-19 pour l’angoisse diffuse qui se cherche un objet d’anxiété plus défini.

      Marc Therrien

    • Françoise Labelle - Abonnée 13 septembre 2020 08 h 16

      M.Therrien,
      j'ai oublié de mentionner dans mon commentaire que je ne visais pas M.Dionne avec le «si peu létal». Il dit explicitement le contraire. C'est une affirmation qui appartient à l'auteur de Ni Q ni A.

      Le sida est un bon exemple en ce sens qu'il n'y a pas encore de vaccin contre le sida bien que certains y travaillent toujours mais il existe, dans les pays riches, des traitements qui permettent aux victimes de vivre, en espérant que le virus ne devienne pas résistant aux traitements.
      Mais le mode de transmission des deux virus est bien différent. Si on ne trouve pas de vaccin pour SarsCov2, on peut espérer des soins qui diminuent les symptômes ou les séquelles, dont on parle peu, comme les troubles respiratoires persistants. La cortisone en petite dose diminuerait les symptômes de la covid.

      Comme d’habitude, je ne peux «aimer» les commentaires, ayant quitté FB.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 septembre 2020 11 h 54

      Addendum à mon commentaire.

      Le SARS-CoV-2 est peut être 4 fois plus mortel que la grippe saisonnière partout sur la planète selon le site www.worldometers.info/coronavirus/, mais au Québec, c'est 8 fois plus. Pourquoi/ Parce qu'on n'a pas protégé les gens dans les CHSLD et ceux qui sont plus âgés ou à risque en se concentrant sur les hôpitaux. Santé publique mon oeil. 684 décès par million de population, ça fait réfléchir alors qu'on n'en retrouve seulement 192 dans la province de l'Ontario qui est plus densément peuplée. C’est seulement 5,33 personnes par kilomètre carré au Québec alors que c’est 12,57 personnes en Ontario.

  • Marie-Christine Boulanger - Abonnée 12 septembre 2020 09 h 46

    La peur de la finitude

    Merci pour cette lettre du dimanche matin. Humour et réflexion tout à la fois. Intéressante cette hypothèse de la peur de la mort qui serait sous-jacente au besoin de nier la COVID-19. Je ne sais pas, mais la peur de la mort, cette angoisse existentielle, est omniprésente chez l’humain. De tout temps la peur de la finitude a induit des comportements irrationnels, guerriers ou erratiques chez les animaux humains. Alors dans une société pour laquelle la recherche du plaisir immédiat et de tout ce qui peut le satisfaire prime la sécurité, l’altruisme, la pensée collective, le sens de la responsabilité envers l’autre et le gros bon sens, votre hypothèse mérite d’être fouillée sous l’angle de plusieurs points de vue. La peur comme moteur de déni, l’affolement comme œillère, la crainte génératrice de brouillard cérébral, et tout ça polarisant les relations entre les trois camps; Ceux qui croient et ceux qui nient inconditionnellement la COVID-19 et la majorité qui se tait entre ces deux extrêmes. Complexe cet homo sapiens, et votre interrogation en fin de texte me semble très pertinente.

    • Françoise Labelle - Abonnée 12 septembre 2020 11 h 33

      M. Dionne note avec raison qu'il y a deux certitudes: la mort et les impôts. Quoique je sois vraiment moins sûre pour le second en ce qui concerne les plus fortunés. La certitude de la mort est à la base du marketing, du divertissement et de l'imaginaire. La fuite, dont Laborit fait l'éloge, seule réaction de survie adaptée à part le combat souvent impossible, est pour plusieurs une fuite dans le symbolique.

      Je ne peux «aimer» votre commentaire ayant quitté FB.

    • Marc Therrien - Abonné 12 septembre 2020 11 h 54

      En tout cas, les personnes vulnérables qu’on voulait à tout prix protéger dont on fait mention dans l’article « Chanter à s'en rendre malades: les coulisses et les conséquences de la soirée au bar Kirouac » pourraient peut-être aussi nous en apprendre sur le désir d’avoir le plaisir de vivre avant de mourir.

      Marc Therrien

    • Françoise Labelle - Abonnée 13 septembre 2020 08 h 28

      Dans le cas du Kirouac, ce ne sont pas des gens bien riches qui ont été touchés. C'est la basse-ville qui n'a été que partiellement gentrifiée. Ce serait une facon de dire: pour ce que vaut ma vie?
      Était-ce un défi à la mort ou simplement de l'imprudence? La facilité de propagation du virus en prend plusieurs par surprise.