Déboulonnages, censure et oublis historiques

Le récent déboulonnage de la statue de John A. Macdonald au square Dorchester m’a fait réfléchir quant au choix des figures historiques que l’on représente sur l’espace public. S’il faut condamner tout acte de vandalisme, peut-être que celui-ci pourrait être l’occasion de repenser le square Dorchester. En plus de restaurer la statue de John A. Macdonald, pourquoi ne pas mettre juste en face une statue de Louis Riel ? Rappelons que ce dernier a été pendu sous l’ordre du premier premier ministre du Canada. La symbolique d’un tel geste serait d’autant plus forte, qu’on rappellerait le massacre des Métis dans l’Ouest et les débats qui ont lieu au Québec quant au sort de Riel. Il ne faut pas oublier que Louis Riel a fait une partie de sa scolarité à Montréal.

La vague de déboulonnages de statues m’inquiète grandement. Le problème de ces actes de des-truction et de censure réside dans le fait que l’on contribue à oublier des parties de notre histoire collective. C’est essentiellement de la « cancel culture ». Or, il est important de se souvenir de tous ces personnages historiques, autant pour leur contribution que pour les atrocités qu’ils ont commises. En déboulonnant ces statues « problé-matiques », c’est comme si l’on voulait effacer cette partie sombre de notre histoire pour la réécrire. Pourtant, il s’agit d’un devoir de mémoire de ne pas oublier tout ce qui a été fait. Il faut que notre regard sur ces figures évolue aussi, il ne suffit pas de simplement les placer sur un piédestal et d’être en constante admiration devant elles ; il faut développer un regard critique.

Si Macdonald est un des pères de la Confédération et le premier premier ministre du Canada, qu’il a contribué au développement politique et économique d’un pays naissant, il faut se rappeler à quel prix celui-ci s’est construit : la dépossession et la mise en marge des Autochtones par la Loi sur les Indiens (1876), le massacre des Métis (1885), pour ne citer que ces exemples.

Il y a d’ailleurs un précédent bienconnu dans le Vieux-Montréal, où l’on retrouve face à face l’amiral britannique Nelson et l’officier français Vauquelin. L’Histoire ne doit pas être seulement celle racontée par les conquérants.

 
 
15 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 8 septembre 2020 06 h 49

    La mémoire se trouve dans les livres d’histoires non dans les statues que personne ne regarde ou l'indifférence voire l’ignorance priment. La mémoire est essentiellement culture et la culture dans ses évolutions sont très souvent des « cancel-culture » si vous connaissez, juste un exemple stupide, l’oeuvre de Stephane Mallarme ou de Tchernychevski ou tout bêtement le philosophe Descartes avec sa Tabula rasa. Etc...

  • Pierre Boucher - Inscrit 8 septembre 2020 07 h 34

    Saloperies

    Riel en face de MacDonald, bonne idée.
    Remettre la statue en place avec une plaque décrivant les saloperies de MacDonald. Idem pour Nelson et autres salopards.

  • Cyril Dionne - Abonné 8 septembre 2020 07 h 38

    Bien dit!

    Ce n’est pas de restaurer la statue de John A. Macdonald, mais bien de restaurer l’Histoire. Il faudra apprendre un jour que l’histoire ne doit pas être racontée par seulement les vainqueurs. Ce serait bien de juxtaposer la statue de Riel avec explications à côté de celle de sir John A.

    Ceci dit, on ne peut effacer l’histoire collective même si on veut la cacher. Le problème avec ces actes de destructions par quelques individus, eh bien, ils n’ont pas reçu l’aval ou l’assentiment de la majorité pour le faire. Pardieu, ils ne se sont pas fait élire. En d’autre mots, ce n’est pas une décision collective, mais plutôt une hautement individualiste, phénomène qui reflète bien les générations benjamines.

    Enfin, la culture du bannissement n’a pas sa place dans la démocratie. Il faut le dire, celle-ci n’est que de la censure opérée à partir de critères aussi nébuleux que les personnages qu’ils veulent faire disparaître. Oui, il est important de se souvenir de l’histoire pour ne pas la répéter. Mais ce n’est pas en déboulonnant les problèmes qu’on va y arriver; c’est en faisant une introspection de nous-même et de notre place dans la société présente qu’on arrivera a quelque chose de mieux. Détruire c’est toujours facile, construire, c’est une autre paire de manches.

  • Pierre Rousseau - Abonné 8 septembre 2020 08 h 29

    Histoire et statues

    Si on suit la logique de l'argument, il faudrait avoir des statues d'Hitler et de Mussolini et des autres dictateurs de ce monde qui ont participé à des génocides, pour s'en souvenir. Or, à mon avis il faut distinguer entre statues et histoire. Les premières sont souvent issues de gestes politiques pour raffermir l'autorité du temps. L'histoire a une ampleur beaucoup plus grande que des statues et constitue une connaissance qui se passe de génération en génération, souvent par le système éducatif.

    La statue se veut souvent une œuvre d'art et l'artiste a souvent mis tout son cœur à la créer. On peut évidemment mettre des œuvres d'art dans l'espace public parce que l'œuvre est belle et qu'elle répond à un besoin. On peut aussi décider de mettre une œuvre d'art dans un musée pour la protéger et l'expliquer. Que la statue d'untel soit dans l'espace public ou dans un musée ou un entrepôt ne change rien à l'histoire et quand on a affaire à des dirigeants qui ont trempé dans des crimes et des gestes répréhensibles, il n'est pas nécessaire de les garder dans l'espace public pour s'en souvenir; l'histoire s'en chargera.

    • Hélène Paulette - Abonnée 8 septembre 2020 12 h 33

      En ce qui concerne Hitler, il faudra demander aux allemands et aux italiens pour Mussolini (dont un portrait orne toujours l'église Notre-Dame-de-la Défense à Montréal). Plutôt que de suivre les idéologues étatsuniens et leur "Cancel Culture", je préfère une vision plus avant-gardiste de l'histoire, question de se sortir des ornières de la vision à sens unique et alambiquée qu'on nous sert puisque l'histoire n'appartient qu'aux vainqueurs...

    • Cyril Dionne - Abonné 8 septembre 2020 15 h 31

      On voit que le point Godwin est toujours franchi à la vitesse de la lumière quand il s'agit des « Illuminati » de gauche. C'est à l'Allemagne et à l'Italie à décider ce qu'ils veulent faire d'Hitler et de Mussolini tout en incluant les peuples qui ont été leurs victimes.

    • Gilberte Raby - Abonnée 9 septembre 2020 10 h 25

      Vous avez en partie raison. L'Histoire est ce qu'elle est, ou plutôt, ce qu'elle a été.
      Mais, ériger une statue, c'est rendre un hommage particulier. Doit-on rendre hommage à quelqu'un d'ignoble comme le décrit si bien notre historien national Serge Bouchard? Une Américaine m'a dit respecter son président parce qu'il occupe un siège honorable. Respecter une chaise?... wow...
      Papa disait que le respect, ça se gagne.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 8 septembre 2020 09 h 41

    Excellente proposition

    La balle est dans la cour de gouvernement du Québec.

    • Léonce Naud - Abonné 8 septembre 2020 16 h 55

      M. Rivest : La balle est dans la cour du gouvernement du Québec ? Ha ! Ha !
      Dans deux jours, on va installer sur le parvis de l'Assemblée nationale une "oeuvre d'art" qui est censée représenter le Québec et les Québécois. Et quelle est cette oeuvre peinturlurée et multicolore ? Un château de cartes.