3 novembre

Hannah Arendt (1906-1975) fut une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine. Son ouvrage le plus célèbre est sans doute Les origines du totalitarisme, qui se compose de trois tomes : « L’antisémitisme », « L’impérialisme » et « Le totalitarisme », que je viens de relire. Dans ce dernier tome, elle écrit notamment : « Le sujet idéal du régime totalitaire n’est pas le nazi ou le communiste convaincu, mais les gens pour lesquels la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre le vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus. »

Il n’y a qu’à regarder vers le sud et vers son président, lequel en moins de quatre ans a déjà dépassé les 20 000 informations fausses ou trompeuses, selon le Washington Post, pour s’inquiéter pour l’avenir de notre si puissant voisin. QAnon, une mouvance constituée de partisans de Donald Trump, avec ses fabulations complotistes, lesquelles reprennent entre autres les thèmes de campagne de Donald Trump, est une autre source d’anxiété, d’autant plus que Trump reconnaît publiquement qu’il prise la vénération témoignée par cette mouvance. Hélas, malgré son avance dans les sondages, rien ne garantit que Joe Biden sera élu le 3 novembre prochain en tant que 46e président des États-Unis. Il y a de quoi être inquiet…


 
7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 septembre 2020 09 h 16

    La gouvernance par les caprices des voyous.

    Vous avez raison, professeur François Gros d’Aillon. Quand les oligarques s'accaparent de la politique, ce n'est plus une démocratie, ça devient une ploutocratie.
    Malheureusement, nous avons deux voyous qui dirigent les pays les plus puissants du monde, Putin en Russie et Trump aux États-Unis, où ce n'est pas la primauté du droit qui régit, mais les caprices des voyous. C'est triste.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 septembre 2020 09 h 18

    Contribution bienvenue

    Et qui sont les plus grands supporteurs de Trump ? Les religieux, surtout les évangélistes. Pour croire en Dieu, il faut prendre des vessies pour des lanternes, et Trump aide à cela.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 septembre 2020 09 h 53

    Misère, excusez-nous, mais c'est...

    Hannah Arendt, c’était il y a un siècle passé. Nous sommes en 2020 et en pleine pandémie. Disons poliment qu’on ne parle pas des mêmes critères.

    Encore une fois, il semble que la gauche n’a appris aucune leçon de 2016. Les Américains veulent un lance-grenades en la personne de Donald Trump pour faire un nettoyage. Ils n’ont que faire des mensonges, de sa personnalité abrasive et de son passé; ils composent avec la réalité d’aujourd’hui. C’est un mouvement populiste, le même qu’on a vue durant les années trente et quarante avant la 2e guerre mondiale, où les gens veulent se réapproprier leurs institutions et des instances de l’establishment, des élites aux souliers cirés des zones côtières, de Wall Street, de la mondialisation, du 1%, des GAFA et des accords de libre-échange qui gèrent leur vie. Ils n’ont que faire de la personnalité de leur dirigeant en autant que les résultats soient là. Et pardieu, ils le sont avec une économie florissante malgré une pandémie. On apprenait hier que le taux de chômage était tombé à 8,4%.

    Les Américains ne sont pas des philosophes; ils sont pragmatiques. C’est cela pour eux la réalité de l’expérience et la distinction entre le vrai et le faux. Si les bons emplois sont au rendez-vous et qu’ils peuvent élever leur famille dans une dignité socioéconomique, eh bien, c’est ce qu’ils demandent. En plus, ils veulent vivre en paix dans une société de droits inaliénables où règne la loi et l’ordre. Pour eux, leur mantra n’est pas « Black Lives Matter », mais bien, « All Lives Matter ».

    Ce n’est pas Winston Marsalis, le célèbre trompettiste et compositeur afro-américain qui disait récemment que ce n’est pas une question de races aux États-Unis, mais bien une de pouvoir axée sur l’argent et les privilèges. En d’autres mots, c’est la corruption qui plombe les services policiers bien plus que la discrimination. Mais lui, il ne faut pas l'écouter parce que c'est un Afro-Américain qui a réussi sans la discrimination positive.

    • Marc Therrien - Abonné 5 septembre 2020 17 h 10

      Et pourtant, c’est bien à la philosophie américaine que l’on doit le pragmatisme. Pensez à William James et à John Dewey pour qui la vérité n’existe pas à priori, mais se révèle progressivement par l’expérience et penser une chose revient à identifier l’ensemble de ses implications pratiques. On est loin du ciel des idées Platon, mais c'est quand même encore de la philosophie.

      Marc Therrien

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 septembre 2020 22 h 10

      Et pourtant, monsieur Dionne, Trump s'en fiche carrément de ce populisme qui lui réclame la dignité. Il fait partie de cette «élite» que les Américains aiment haïr. Tout ce qu'il l'intéresse c'est de s'enrichir personnellement et de mépriser le bon peuple qui lui a confié le pouvoir. Il est un voyou inculte, narcissique, incapable à lire ou à écrire. Tout ce qu'il est capable de faire c'est de semer la division et la haine. Le Washington Post lui a attribué 20,000 mensonges incluant des affirmations fausses ou trompeuses. Trump est un fléau à l'intégrité et la décence humaine.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 septembre 2020 10 h 54

      M. Dionne, votre lecture du contexte américain oublie que les États-Unis sont en mode repli après avoir dirigé l'ordre du monde avec l'URSS à la suite des ententes de Yalta après la Deuxième Guerre mondiale. Depuis la chute du mur de Berlin, les États-Unis sont devenus, un temps, le maître du monde, mais, depuis la montée en force de l'UE, de plusieurs pays émergents et de l'empire chinois, ils sont en déséquilibre sur la scène internationale et, comme le fut le Royaume-Uni après le krach de 1929, ce pays et ses citoyens et citoyennes cherchent leur voie de demain.

      Vous avez raison, le contexte ressemble à celui des années 30 et 40, qui a précédé la Deuxième Guerre mondiale. Il y a, de la part des deux partis en lutte, une recherche active d'un nouveau modus vivendi à l'interne et sur la scène internationale. Rien ne permet de penser que l'élection du 3 novembre laissera entrevoir des réalignements autres que ceux mis de l'avant. Pourtant, ce sont de tels réalignements qui permettront aux citoyens et citoyennes des États-Unis de composer avec un nouvel ordre international et de revoir l'ordre intérieur qui s'est fissuré avant l'entrée en scène du président Obama, qui n'a pas été en mesure de tracer clairement les voies de l'avenir dans un contexte qui ne le permettait pas.

      Faudra-t-il une autre guerre mondiale pour créer le cadre mondial de demain ? C'est probable, mais aucunement souhaitable au moment où trois autres crises s'activent : la pandémie, l'environnement et l'économie. Mais, qui sait ce qui se produira après le 3 novembre. La défaite de Gore en 2001 a pavé la voie à l'affirmation militaire des États-Unis et a conduit à l'attaque sur les États-Unis et la crise des subprime. Déjà, le monde était en guerre et les États-Unis étaient la cible.

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 septembre 2020 12 h 33

    Choix difficile pour les américains

    Voter pour une catastrophe ou un désastre le 3 Novembre, ce n'est sûrement pas facile de choisir. Quel sera le taux de participation, Jean Marc Léger devrait nous être utile sur le sujet, les sondeurs dictent la marche à suivre et l'électeur moyen décide de sa tolérance au stress entre un désastre et une catastrophe. Ti-pet suivra cela de près, son tour s'en vient et de ce côté-ci il y aura peut-être un choix différent entre la catastrophe et le désastre qui logent à la même enseigne. À suivre.