Nos églises, des musées inaccessibles

Souvent comparées à des musées, les églises du Québec recèlent de nombreux trésors.

Depuis plus de trois siècles, les églises commandent des œuvres aux peintres, sculpteurs, orfèvres, verriers et artistes du textile. Au fil des ans, des ensembles y ont été réunis qui offrent une vue d’ensemble unique du talent et de savoir-faire des artistes, québécois pour la plupart.

Or, si comme moi vous profitez de cet été déconfiné pour voyager en région, vous remarquerez que la grande majorité de ces bâtiments qui conservent des pièces importantes sont verrouillés, sans doute faute d’un prêtre à demeure.

Alors qu’il faut signaler quelques initiatives louables, comme le circuit qui va de Deschambault à Champlain, entre autres, il est infiniment regrettable qu’un trop grand nombre d’églises détenant des chefs-d’œuvre ne soient pas constamment accessibles à certains moments de l’année (pendant les périodes touristiques) ou sur rendez-vous. Je pense, parmi de nombreux exemples, au décor sculpté de François et Thomas Baillairgé à Saint-Joachim (Beaupré) ou au décor peint d’Ozias Leduc à Saint-Hilaire (Rouville).

Alors que le ministère de la Culture investit des millions pour restaurer ces bâtiments, un effort ne pourrait-il pas être fait pour mieux les faire connaître et apprécier ? Un partenariat avec les MRC, les sociétés d’histoire ou des programmes d’emplois étudiants pourrait facilement remédier à cette situation qui, pour le moment, dessert la connaissance de l’histoire et l’appréciation des œuvres dans leur contexte.


 
5 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 13 août 2020 05 h 31

    Très intéressant votre texte M. Lacroix

    Mais, M. Lacroix, vous qui vous dites historien de l'art pourquoi ne pas vous associez avec quelques historiens qui sont de très bons écrivains en histoire - comme par exemple, et non limitativement, M. lacoursière, M. Vaugeois - pour publier une série sur les différentes églises du Québec - pas uniquement les grosses de Montréal ou Québec, mais sur toutes celles du Québec rural. Surtout qu'elles disparaissent à la vitesse Grand V.
    Cette série pourrait se faire par région... Gaspésie, Côte-Nord, etc. Ou pour les grands centres (Montréal Québec, Trois-Rivières, etc.) par ensemble de quatriers/langues.
    Cette série pourrait être agrémentée de photographies d'époque ou plus récentes (intérieures et extéreures), des coûts de construction, du nombre de paroissiens, raison historique des cessations des paroisses en deux ou plus, etc.
    Cela est beaucoup de travail, je sais, mais permettrait au commun des citoyens de comprendre l'histoire du Québec. Combien de ceux-ci savent que la paroisse et son église - peut importe la religion pratiquée - est la pierre angulaire et d'assise du développement du Québec depuis le début de l'époque de la Nouvelle-France et du système de l'éducation...
    Exemple, prenez Mtl et sa cathédrale ou de sa basilique qu'il y a des plaques pour mémoriser les Zouaves (avec noms et prénoms). des congrégations religieuses à l'origine, etc.
    Autre exemple: la cathédrale de l'Ungava (puis dit du Nouveau-Québec après la mort de M. Duplessis) des Pères Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (cathédrale maintenant détruite - vers 1985/1986).
    Allez, M. Lacroix. Possiblement succès assuré.
    Oups! la même réflexion pour les établissements des soeurs. Et re-oups, pourquoi pas sur les presbytères...

  • Gilles Delisle - Abonné 13 août 2020 07 h 07

    Tout à fait vrai!

    Depuis le début de l'été, j'ai fait quelques virées tant sur la Rive-Sud que sur la Rive Nord, entre Montréal et Québec, pour apprécier ces villages et particulièrement ces belles églises qui, situées au coeur de ces villages, nous permettaient d'adminirer les oeuvres d'art qui s'y trouvent. Quelle frustration de constater que toutes ces églises sont fermées à double tour, toutes, sans exception. Qu'est-ce que cela coûterait d'engager de jeunes étudiants (es), afin de nous faire visiter et commenter ces joyaux , malheureusement cachés pour l'été et même à l'année sans doute. Notre patrimoine religieux bien caché , comme des musées fermés au grand public!

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 13 août 2020 08 h 32

    Refaire corps avec notre histoire .....

    L'Église (et ses institutions) a servi d'armature d'État durant une grande parti de notre histoire ; portant le peuplement et la mise en valeur du territoire. Sans cette grande institution qui nous a porté et façonné, nous n'aurions pas relevé le défi existentiel qui se posait à notre nation.

    Depuis la rupture avec l'Église (1960) , on s'est désintéressé du patrimoine religieux, ce qu'on a de plus précieux, ce sont nos châteaux à nous...On s'est ainsi coupé de notre histoire...

    Pour ajouter à la proposition de l'auteur de faire de l'Église un centre d'interprétation de l'histoire régionale. Il faudrait que cette proposition s'inscrive dans une politique très ambitieuse du patrimoine religieux. Un budget à la mesure de l'ambition, et Hydro-Québec pourrait être mis à contribution (énergie gratuite) pour appuyer les efforts de conservation des Églises répondant aux critères patrimoniaux.

    Redécouvrir les institutions qui ont portés le peuplement et la mise en valeur du territoire, c'est refaire corps avec le courant tellurique de notre histoire.

  • Éliane Trottier - Abonnée 13 août 2020 11 h 10

    Le défi de la récurrence

    Dans la MRC de Portneuf, nous ouvrons certaines églises au public depuis le milieu des années 1980 et il nous apparaît évident que cette démarche parcitipe à l'appropriation et la découverte du patrimoine religieux pour les gens d'ici comme d'ailleurs. En plus de favoriser l'accès à ces édifices emblématiques de notre culture et de nos paysages, ce projet permet d'offrir des emplois de qualité aux jeunes de nos villages. Avec les ans, plusieurs jeunes ont développé une passion telle pour l'histoire, l'histoire de l'art, l'architecture ou le patrimoine que des études en ce sens ont suivi.

    Toutefois, il faut admettre que cette démarche rencontre plusieurs défis, notamment sur le plan du financement. Comme le projet est récurrent, il n'est pas possible pour nous d'obtenir le soutien du MCC pour assurer un salaire aux guides. Le programme Emploi Été Canada est actuellement la seule option à notre disposition et il appuie de manière limitée le salaire des guides (sur une courte période en été, quelques heures par semaines, quelques églises seulement... la pression est forte sur ce programme à travers la circonscription pour toutes sortes de projets et de besoins). Nous avons tenté de recourir au bénévolat pour augmenter les heures d'ouverture, mais cette option a bien sûr aussi ses limites.

    En attendant de trouver une meilleure solution, sachez que cinq églises de la MRC de Portneuf sont ouvertes au public jusqu'à ce dimanche (16 août), entre 10h et 17h. Il s'agit de la magnifique église de Saint-Casimir, ainsi les quatre églises classées de notre territoire : Grondines, Deschambault, Cap-Santé et Neuvile. Bienvenue à toutes et tous!

  • Bernard Terreault - Abonné 14 août 2020 09 h 10

    Vrai

    La question est de COMMENT réaliser une telle ouverture, vu les moyens financiers limités des paroisses. Subventions du Ministère du tourisme?