L’art de s’autoberner

J’aurais aimé être aussi imaginatif que Jacques Parizeau qui avait créé le mot « s’autopeluredebananiser » à la fin des années 1980 (la plus ancienne mention dans Le Devoir remonte au 24 août 1989), mais je me contenterai « d’autobernisation » pour décrire la position du trio syndical Pépin, Lesage et Bernier dans le Devoir des 1er et 2 août 2020 : « Des analyses simplistes des effets de la PCU ».

Leur thèse, qui transpire la commande d’instances syndicales supérieures, vise à montrer que les travailleurs ne sont ni paresseux ni profiteurs et que ce sont les employeurs, en n’utilisant pas suffisamment la Subvention salariale d’urgence, qui forcent les travailleurs à se tourner vers la PCU. Ils allèguent que « [q]uelques cas de difficultés à recruter de la main-d’œuvre sont montés en épingle » pour conforter leur point de vue.

Ces gens regardent-ils les informations télévisées ? Il ne se passe pas une semaine sans qu’un reportage nous parle de propriétaires maraîchers qui peinent à recruter de la main-d’œuvre. L’un a ouvert sa bleuetière gratuitement au public pour éviter que sa production ne soit perdue par manque d’aide. Un autre engage des enfants de 11 à 14 ans pour fournir ses kiosques de fruits. Des cas concrets qui ne sont pas isolés.

Les auteurs sont-ils descendus de leur tour d’ivoire pour aller jaser avec des propriétaires de restaurants ? Ils apprendraient que beaucoup d’employés ne veulent pas travailler plus de deux jours par semaine afin de gagner moins de 1000 $ par mois et ainsi bénéficier des 2000 $ de la PCU.

Sortez, Madame, Messieurs, vous verrez que les employeurs qui manquent de travailleurs ne sont pas des cas isolés. Je vous retourne votre perception : vos « propos tiennent plus de la morale [syndicale] que d’une appréciation objective de la situation de l’emploi ».

La Prestation canadienne d’urgence, une excellente idée, une géniale mesure sociale pendant les trois premiers mois de la pandémie. Mais un encouragement à des « vacances prolongées et payées » depuis le 15 juin.


 
9 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 5 août 2020 00 h 44

    Rien de neuf

    Cela fait des années, bien avant que la PCU soit même imaginée, que les maraîchers se plaignent de ne pas pouvoir embaucher suffisamment de main-d'oeuvre locale. Ce n'est pas pour rien qu'ils font venir autant de travailleurs étrangers temporaires. C'est justement parce qu'il en est moins venu cette année qu'ils ont plus de problèmes cette année.

    Le secteur de la restauration était, bien avant la crise actuelle et la création de la PCU, parmi les industries présentant les taux les plus élevés de postes vacants, et même au premier rang au troisième trimestre de 2019, donnée la plus récente publiée par Statistique Canada (cette enquête a été mise sur la glace durant la pandémie). D'ailleurs, les médias parlaient fréquemment d'un problème de «pénurie» dans cette industrie. Il n'y a donc rien de nouveau dans ce secteur qui offre les salaires parmi les plus bas, ayant même la plus forte proportion d'employés payés au salaire minimum. Une hausse de ce salaire ne pourrait que l'aider.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 août 2020 09 h 14

      C'est vous, madame, qui fait de l'aveuglement volontaire. Ce sont les employeurs qui paient des salaires de misère qui ne trouvent pas des travailleurs. Les fermes industrielles sont obligées d'engager des immigrants temporaires pour que les derniers acceptent les conditions de vie scandaleuses et les salaires de misère que les Canadiens de souche refusent.
      Réveillez-vous, madame, nos sociétés, créateur de la richesse, sont des champions dans l'art de quémander du BS pour les riches, avec les subventions qu'elles obtiennent sans ni conditions préalables ni des comptes à rendre aux contribuables.

    • Mario Jodoin - Abonné 5 août 2020 15 h 43

      Mme Alexan, à qui vous adressez-vous? Qui est cette «madame»?

  • Serge Lamarche - Abonné 5 août 2020 04 h 09

    Riche BS

    Les gens vont cesser de blâmer les gens du bien être social. Ils coûtent 4 x moins.

  • Simon Grenier - Abonné 5 août 2020 05 h 16

    Il y a une trentaine d'année maintenant que les exploitants agricoles n'arrivent plus à recruter au Québec pour récolter leurs champs - il a fallu créer DES programmes et visas spéciaux pour permettre aux travailleurs étrangers de venir chez nous de façon saisonnière. Il n'y a pourtant jamais eu de PCU avant cette année...

    Qu'on revire ça comme on veut: 2000$ par mois de calendrier, c'est moins que le salaire minimum - si c'était un salaire, il serait illégal partout au Canada. Qui plus est, il est imposable: cela veut dire que nos petits amis devront payer de l'impôt (et autres cotisations sociales) au mois d'avril prochain. À moins d'épargner dès maintenant ces montants - ce qui est relativement difficile dans le contexte actuel - ils seront bien mal pris. Les employeurs ont-ils pris la peine de faire valoir cela à leurs employés?

    Les employeurs ont-ils aussi réfléchi à ce que cela veut dire, préférer vivre sous le salaire minimum que de rentrer au travail? Est-ce que le climat, les conditions et l'environnement de travail y seraient pour quelque chose? Plusieurs restaurateurs ont des problèmes de personnel ou de recrutement... mais encore plus nombreux sont ceux qui n'en ont pas! Au cours de ma vie de quarantenaire, tenez-vous bien: je n'ai jamais occupé d'emploi où j'avais le choix de "ne pas vouloir travailler". Décider de ne pas rentrer travailler se traduisait par me faire congédier car je ne respectais pas mon contrat d'embauche. Est-ce le cas ici, dans le clan des pleureurs de la PCU? Est-ce qu'on a délibérément donné à nos employés, au moment de les embaucher, la possibilité de limiter leurs heures de travail? Était-ce parce que l'employeur voulait se garder la lattitude de réduire ses coûts au besoin, aux dépens de ses employés? Mais alors, on s'est autopeluredebananisé, effectivement! Pas la faute de Trudeau, ça... Sinon, on met ses culottes et congédie, comme dans toute entreprise.

    La PCU a multiplié les tours d'ivoire, ça, je vous l'accorde.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 août 2020 10 h 34

      Une petite minute M. Grenier. 2 000$ par mois et la plupart font des petites « jobettes » au noir à temps partiel pour augmenter leurs revenus sans payer aucun impôt et taxe. Pour la partie imposable, si celle-ci s’échelonne sur une année, ils ne paieront presque pas d’impôt encore une fois. Souvent, les gens font les mêmes activités qu’auparavant en se soustrayant de l’impôt.

      Je suis bien d’accord avec cette lettre. Tout le monde connaît des gens qui profitent et abusent de cette manne d’Ottawa à partir de l’argent emprunté sur les marchés mondiaux pour profiter de la vie et allonger ses vacances. Pourquoi travailler pour moins d’argent lorsque vous pouvez rester chez vous à ne rien faire? Et une subvention d’urgence, eh bien, ce n’est plus une urgence lorsqu’elle devient presque permanente. La situation ne reviendra pas à la normale cette année et peut-être pas l’année prochaine à moins de faire fi de la pandémie et laisser les plus vulnérables crever afin de répondre aux aspirations mercantiles de certains. Dire qu’il s’agit de l’argent emprunté que les générations benjamines et celles qui ne sont pas encore nées ne pourront jamais repayer, disons-le « Priceless ». Calculer les intérêts d’un prêt bancaire de 100 000$ à un taux de 5% échelonné et amortis sur une période de 100 ans et vous verrez qu’à la fin de l’exercice, vous devez encore plus d’argent que la somme originale et rien n’est payé.

      Évidemment, les syndicats qui reçoivent des cotisations de ces gens vous diront le contraire. Un des plus gros problèmes au Québec, eh bien, ce sont justement les syndicats. L'État providentiel au Québec, a échoué, lamentablement échoué au point de vue santé et éducationnel durant cette pandémie, 669 décès par million obligent. Ici, on ne parlera même pas du piteux état de nos infrastructures.

      Oui, misère.

  • Simon Lajoie - Inscrit 5 août 2020 09 h 54

    Les employeurs se sont tirés dans le pied

    Je ne nie pas que la PCU peut avoir des impacts sur la rétention du personnel. Mais quand ils avaient le choix d'utiliser la subvention salariale ou de mettre à pied leur personnel, la majorité ont choisi l'option la plus avantageuse à court terme.

    S'ils avaient maintenu le lien d'emploi avec leur personnel (qui aurait été à coût quasi nul avec la subvention salariale), les employés qui auraient refusé le retour au travail n'auraient pas été admissibles à la PCU puisque ça serait considéré comme un départ volontaire.

    Maintenant c'est à eux de concurencer la PCU en offrant des salaires compétitifs...

  • Hélène Paulette - Abonnée 5 août 2020 14 h 36

    Les mesures de sécurité des employeurs sont-elles déficientes?

    Il arrive que des travailleurs refusent de retourner au travail à cause du manque de mesures sanitaires pour les employés. Que feriez-vous monsieur Fréchette?