Dégradation de la politique

Messieurs Trudeau et Morneau sont sans doute coupables d’un manque de jugement, mais ce dont ils sont, à mon sens, plus gravement coupables, c’est de la dégradation de la politique que nous imposent leurs frivolités en matière d’éthique.

Les médias, traditionnels ou sociaux, n’en ont pratiquement que pour ces affaires : elles auront probablement un impact sur le choix des électeurs le moment venu, bien qu’elles soient matériellement plutôt insignifiantes; il reste alors peu de temps et d’espace à consacrer à des problèmes autrement plus graves, plus importants : changements climatiques, inégalités socioéconomiques, protection de la biodiversité, et sans doute deux ou trois autres en plus.

Certes, il faut bien se préoccuper des frasques de nos élus, et ce faisant, la politique, dégradée, se trouve détournée de ce qui devrait être sa mission prioritaire. Les politiciens qui ne savent pas se tenir nous font perdre cette ressource non renouvelable, si précieuse, ils nous font perdre notre temps.

19 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 1 août 2020 02 h 54

    Les riches en gouvernance c'est comme le renard dans le poulailler.

    Il faut comprendre que l'élection des milliardaires comme Morneau et Trudeau aux seines de nos gouvernements va toujours produire des dérives. Les riches ne comprennent pas les déboires des pauvres.
    Ils pensent que tout leur est dû. En anglais on dit: «having a sense of entitlement.»
    Il ne faut pas se surprendre quand ils se permettent des confits d'intérêts. De toute manière, il suffit de constater que ceux qui nous gouvernent sont dans les poches des grandes entreprises. C'est la raison pour laquelle l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux est légale!

    • Pierre Rousseau - Abonné 1 août 2020 16 h 15

      Ça me rappelle la phrase de David Dingwall, président de la Monnaie royale qui avait déclaré, en parlant de ses avantages suite à sa démission en 2005, « I'm entitled to my entitlements »...

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 août 2020 09 h 11

      Mme Alexan,

      Vous n'avez pas l'impression de regarder un film noir et blanc? Les méchants riches, les pauvres victimes, "il suffit de constater"...

      Des bébés gâtés, il y en a partout. Les riches paraissent plus parce que leurs frasques sont plus spectaculaires mais Poutine n'est pas riche et ses frasques se comptent en vies humaines et en censure musclée.

      Parizeau était riche. Si, si. Lui au moins comprenait non seulement comment le capital se manipule, mais aussi comment le monde du capital fonctionne. Il a baigné dedans étant petit, comme Obélix, et en plus il l'a étudié d'un point de vue humain.
      Toute sa carrière visait à la sécurité économique pour chaque Québécois.

      Je serais bien mal à l'aise de défendre Morneau et, pire, Trudeau, cet anglophone pur et dur qui se fait passer pour ce que ses king makers décident, comme un bon petit gars docile tant qu'on lui donne ses sucettes.
      Ces irresponsables patentés profitent du COVID pour pelleter dans les caisses fédérales et financer leur prochaine réélection en distribuant l'argent n'importe comment. Des centaines de milliards sans reddition de compte, faut le faire!
      Ainsi a toujours fonctionné le PLC, riche ou pas : Trudeau n'est pas pire que Chrétien.

      Les riches ne sont ni plus, ni moins qualifiés que les autres. Tout dépend de leur engagement.
      Les cruches comme Justin, les avec-un-gun comme Trump, déments du pouvoir comme Poutine ou Xi Jingping, restent des cruches. Dans ce beau concert qui sonne creux, il existe des hyper-cruches comme Chavez qui, à force de croire que les riches sont "comme un renard dans le poulailler", a ruiné son pays complètement, puis lui a donné... Maduro!

      Toute proportion gardée, Chavez, fils d'enseignants, est le pire de tous. Il n'a jamais fait affaire à des humains, il combattait le "capitâl internationâl".
      Le renard dans le poulailler, c'est la haine. Lutte des classes, racisme institutionnalisé, même combat.

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 août 2020 10 h 56

      À monsieur Trottier: comment expliquer les deux poids deux mesures institutionnalisées dans notre fiscalité? Comment justifier les paradis fiscaux? Comment expliquer les subventions faramineuses offertes aux multinationales, sans ni conditions préalables ni comptes rendus, du BS pour les riches, pendant que les PDG et les actionnaires de ces mêmes entreprises empochent des revenues exorbitantes? Comment expliquer l'opposition des Chambres de Commerce quand nos gouvernements daignent dépenser l'argent des contribuables sur les contribuables? Comment justifier l'arrogance des GAFAM de ce monde qui ne paient pas d'impôts et qui s'opposent aux miettes de sauvetage accordées aux chômeurs pendant les ravages de la pandémie? L'oligarchie est bien vivante au seine de nos gouvernements.

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 août 2020 16 h 54

      Mme Alexan,

      Énumérer toutes ces injustices ne vous donne pas le droit d'accuser des gens selon leur naissance. Autant plonger dans le racisme!
      Votre analyse est simpliste. En tant que telle, elle n'amène qu'une confusion dont seule une révolte échevelée peut émerger.
      Les loups crient au renard! Pourquoi croyez-vous?

      Le problème est que vous croyez trouver une solution en cherchant des coupables, ou "une" raison à tous les malheurs. C'est stupide. C'est de la victimisation, un prétexte qui justifie le refus de se prendre en main collectivement.

      Trouver des coupables est du domaine de la justice judiciaire, pas de la justice sociale et encore moins de la politique. Confondre comme vous le faites, c'est se diriger directement vers les milices et la justice sommaire ou pire, vers l’ilotisme, les dénonciations et l'état policier.

      La chemin vers la justice sociale consiste à démontrer aux plus riches que leur apport à la société est enrichissant pour tous y compris eux, et de créer l'environnement pour y arriver. Pas des les culpabiliser! Ce sont des humains, vous savez?

      Attaquez le capital, il disparaît.
      Quand Marois a voulu augmenter l'impôt des riches, elle a reçu quelques "gentils" appels de banquiers l'informant que dès l’application des milliards sortiraient aussi vite du Québec. Ils avaient déjà le "doigt su l'piton". Hé! Les banques sont légalement tenues de faire le maximum de profit possible pour leurs clients.

      Aussi la question de base est que le capital au Québec n'est pas local.
      Parizeau a travaillé très fort pour créer Québec inc, qui aurait généré ce capital local, un édifice que Charest et Couillard ont détruit brique par brique comme les idiots qu'ils sont, et que les crétins de QS aiment tant maudire.
      Pourtant c'est via le capital responsable, obligatoirement local, qu'on peut en arriver à une vraie justice sociale.

      En Suède les riches y sont respectés comme tout humain. Pourquoi croyez-vous?

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 2 août 2020 21 h 54

      Monsieur Trottier,

      Merci de vous donner cette peine. Je suis encore abonné au Devoir principalement parce qu'il y a quelques lecteurs qui continuent de me nourrir intellectuellement, avec constance, et que je découvre souvent des perles, je pense entre autres à un juriste qui avait déposé un mémoire en Commision parlementaire libérale sur le projet de loi 60 ou encore l'Affaire Anselem que j'ai découverte ici.

      Quand vous avez l'ocasion, glissez ici et là des références à lire. Pour ma part, ce que vous dite sur le Capital m'amène à vous suggérer de lire «Debt : the first 5000 years» de David Graeber.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 1 août 2020 07 h 45

    De part en part, les médias publient les contenus les « plus chauds » du moment!

    Le territoire est vaste et la diversité de la population, ensemble ils offrent la possibilité d'attirer des lecteurs avides de sensation. Il faut rentabiliser les entreprises et, comme c'est le temps des vacances, nous sommes contraints de suivre la situation politique dans le Dominion. Malheureusement, au programme, encore le PM Trudeau qu'il faut se farcir, le plus souvent pour son passe-temps favori, cotoyer les gens de la haute société dont plusieurs font affaire avec les paradis fiscaux et commenter une autre bourde! Comme aux États-Unis, les affaires à saveur politique, outre la pandémie, roulent à un rythme affolant, comme si c'étaient nos prochaines élections fédérales! Bref, même les infos d'ailleurs priment sur nos affaires!
    Cependant, il faut avouer qu'.au Québec par exemple, les politiciens, le PM François Legault en tête, sont avares d'information sur l'Environnement, sur une mise à jour des services sanitaires dans les municipalités en régions éloignées : réseaux d'aqueduc et usine de traitement qui auraient été à point pour recevoir les Montréalais fuyant le coronavirus, prévoir des panneaux routiers d'interdiction de jeter des déchets sous peine d'amende, de contrôler les développements minier et forestier qui maltraitent le sol et le sous-sol québécois, etc.
    Alors, à qui la faute du manque de contenu mettant en perspective un Québec propre, sain et prospère?

  • Cyril Dionne - Abonné 1 août 2020 09 h 55

    Les chartes à Moïse

    Petite question. Est-ce que la dégradation de la politique coïncide avec la dégradation du sentiment collectif? Aujourd’hui, nos générations hyper-individualistes sont axées sur le moi et le surmoi en brandissant des chartes comme Moïse jadis, brandissait ses tablettes sacrées. Lorsque hiérarchise les droit individuels qui supplantent ceux de la collectivité, on ne peut être surpris des résultats.

    • Gilles Théberge - Abonné 1 août 2020 11 h 47

      On voit bien que les politiques mises de l'avant par messieurs Trudeau et Morneau, valorisent les droits individuels au détriment des droits collectifs.

      Car si les droits collectifs les préoccupaient, il est clair que telles ne seraitent pas les politiques qu'ils mettent de l'avant!

    • Cyril Dionne - Abonné 1 août 2020 17 h 39

      Erratum :

      « Lorsqu’on hiérarchise les droits individuels qui supplantent ceux de la collectivité, on ne peut pas être surpris des résultats. »

    • Marc Levesque - Abonné 2 août 2020 11 h 41

      M. Dionne

      "Est-ce que la dégradation de la politique coïncide avec la dégradation du sentiment collectif?"

      Oui, je crois. Depuis plus de 40 ans nos pouvoirs politiques se rapprochent de plus en plus des intérêts des grandes puissances financières. De plus en plus, au fil des ans les taxes baissent sur les grandes corporations et sur les gens plus fortunés. La disparité économique ne cesse de battre des records a chaque année, et la classe moyenne voit sa charge économique augmenter. Dans ces conditions il va de soi que les classes moyennes et moins fortunés se sentent de plus en plus exclu économiquement, socialement, et que le nous devient de plus en plus fracturé et représentatif de la dégradation d'un plus large sentiment collectif.

  • François Beaulne - Abonné 1 août 2020 11 h 08

    Trudeau et Morneau doivent partir

    <Les médias, traditionnels ou sociaux, n’en ont pratiquement que pour ces affaires : elles auront probablement un impact sur le choix des électeurs le moment venu, bien qu’elles soient matériellement plutôt insignifiantes>, écrivez vous. Vous avez tout à fait raison de déplorer que l'attention médiatique du moment soit fixée sur ce scandale au détriment d'autres enjeux de société prioritaires.

    Cette affaire n'est cependant pas aussi insignifiante que vous le pensez. Il y va de la confiance des Canadiens, des Québécois, des contribuables en général, envers ceux qui, en cette période extraordinaire de pandémie, gèrent les finances du pays en dépensant sans compter, dans un contexte de reddition de compte minimaliste, et sans aucune idée, ni aucun plan pour rembourser le déficit abyssal encouru.
    Au delà de la question d'éthique, c'est ça qui préoccupe les citoyens.

    • Hélène Lecours - Abonnée 2 août 2020 08 h 50

      La grosse "bourse" en fait n'est pas nationale. C'est la grosse bourse internationale qui ne sait plus comment retenir une éventuelle révolution qui se manifeste un peu partout et peut-être surtout aux USA ?? Pour ce qui se passe ailleurs, nous n'en savons pas grand chose. Le placotage infini sur les scandales infinis prennent énormément de place dans nos "nouvelles" de l'heure. Nous en sommes peut-être au point où les scandales sont une façon de contrôler les médias qui ne savent plus, eux non plus, où donner de la tête, n'ayant pas les fonds pour en faire plus ?? Une élection de plus nous coûtera cher et nous ramènera à la case départ, ce qui retardera encore un peu la catastrophe universelle qui se prépare. Et tout cela se passe bien au-dessus de nos têtes...jusqu'à ce qu'elles tombent d'une manière ou d'une autre.

  • Michel Lebel - Abonné 1 août 2020 11 h 13

    Le moi sans éthique

    Quand le moi sans éthique véritable domine la société, nous avons ce que nous avons: des hommes et des femmes politiques sans envergure. La décadence se poursuit donc, le tout baignant dans le nihilisme. Tout va. On n'est pas sorti de l'auberge, loin de là!

    M.L.