Le meilleur des deux mondes

Des vacances, le premier ministre Legault, le Dr Arruda en méritent, mais j’espère qu’au retour, ils seront de meilleurs communicateurs en embrouillant moins l’imaginaire collectif en ce temps de pandémie.

Quant aux statistiques épidémiologiques, au nombre total de décès, François Legault affirmait qu’au Québec, il y a deux mondes : les CHSLD et le reste de la population. Aujourd’hui, pourrait-on déduire qu’en opposition aux « vieux vulnérables », il y a le monde des jeunes en party, dans les bars, à la plage, en camping, en camp de jour, en vacances en Gaspésie ?

Sous l’arc-en-ciel, ça aurait été mieux sans les vulnérables ou si l’on avait mieux planifié en fonction des vulnérables ? Peu ou pas de décès, en cet été au beau fixe ? Alors on oublie l’autre monde, celui des CHSLD. Nos autorités sanitaires serrent un peu la vis, les bars restent ouverts, on cible les agrégats avec un dépistage à géométrie variable. Après tout, la santé mentale, c’est important, après le stress du confinement. Plus important dans le cas des jeunes adultes ?

Qui profite de l’été pour se préoccuper de la santé psychologique et cognitive des résidents en CHSLD ? Et celle des proches qui tentent de renouer tant bien que mal avec un parent déboussolé par la longue interdiction de visites, l’absence d’activités, de bénévoles ? Aucun média ne semble intéressé de savoir comment les retrouvailles en CHSLD se déroulent, à quelles difficultés se heurtent des proches aidants tentant d’arrimer un être cher à la réalité, au monde extérieur. Il faut des scandales, et encore, pour qu’on accepte de scruter ce monde qu’on veut nous représenter comme si différent du nôtre.

En pleine crise sanitaire, on en vient à distinguer le sain du malsain sur la base de catégories d’âge et du prétendu degré de vulnérabilité.

« Ça prend toutes sortes de monde pour faire un monde », ai-je souvent entendu dans ma jeunesse. Qui donc s’attelle sérieusement, dans les CIUSSS et parmi les experts en gériatrie, à dresser un bilan des dommages collatéraux, des impacts de ce qu’ont enduré tous ceux et celles que les CHSLD intéressent vraiment ? Je ne parle pas que des causes de l’hécatombe, de la négligence en établissements avec COVID. Je pense à tous les CHSLD, à toutes les personnes âgées qui y ont souffert, au sens large, s’ennuient mortellement, se contentent de visites brèves sous contraintes, de bribes d’affection et de divertissement.

Et si, comme société québécoise vraiment évoluée, on prenait bien soin des jeunes et vieux ? Si villes et villages devenaient vraiment amis des aînés ? Si nous mettions fin à l’âgisme qui prévaut ? Si nous vivions tous réellement dans le meilleur des mondes, des deux mondes ?

8 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 1 août 2020 03 h 06

    C'est encore un autre drapeau rouge qui doit être soulevé.

    La façon dont on traite les ainés dans les CHSLD est scandaleuse. La mort de personnes en soins de longue durée est souvent expliquée par nos gouvernements comme de simples dommages collatéraux, l'inévitable rançon d'un virus qui ne s'attaque qu'aux plus âgés d'entre nous.
    Mais les personnes âgées valent-elles moins parce qu'elles vivent dans une maison de longue durée?
    Tout ce que nous voyons dans la vieillesse est un miroir de ce qui nous attend et nous choisissons de détourner le regard. C'est le point culminant d'une société qui croit que celui qui ne produit plus est sans valeur.
    Plus vous vous éloignez de la production, moins votre place est noble dans la société.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 août 2020 18 h 03

      En Colombie britannique, dès le départ le personnel n’a pas été déplacé durant la tourmente.Ici, il manquait 10 000 préposés .L’avant-dernière ministre de la Santé venait du réseau où elle était gestionnaire… Avant elle, il y eut 3 médecins au poste de ministre. Ici, il était impossible d’empêcher ;es mouvements de personnel en raison de la pénurie de PAB.

      Le manque de 10 000 préposés ne date pas du 13 mars. Ces 4 personnes-ministres n’ont pas vu à régler le problème quand c’était le temps.

      Cela révèle la lourdeur de ces boîtes, dans nos régions, que sont les CISSS et les CISSSS où seul le DG, nommé par le ministre, peut aller sur la place publique. Comment ce DG peut-il, sur la place publique, défier son ministre? Les autres membres du conseil d’administration ne sont pas élus démocratiquement et n’ont pas de compte à rendre à qui que ce soit.

      Encourageant : c’est ce même système qui gère nos écoles maintenant, chez les francophones! On a remis le système scolaire entre les mains des cadres.....comme en santé!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 août 2020 09 h 33

      Et la ministre des Aînés? Elle ne savait pas qu'il manquait 10 000 préposés? Elle qui a occupé le même poste avec le PLQ?

      Colombie britannique. Population: 5,1 millons. Quelques 195 décès.

      Québec. Population 8,4 millions. Quelque 5 600 décès. Le Québec représente environ 22.5% de la population canadienne. Quelque 64% des décès dûs à la COVID, au Canada, l'ont été au Québec.Et la majorité des décès dans les CHSLD et le Résidences de personnes âgées.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 août 2020 14 h 01

      Comme en Colombie britannique.

      "L’établissement a commencé à élaborer un plan de lutte contre la pandémie dès janvier. On ne signalait alors aucun cas dans toute la province. Il a pris très tôt la décision d’interdire les visiteurs et d’exiger de ses employés revenant de l’étranger qu’ils restent à la maison jusqu’à ce qu’ils soient déclarés négatifs."
      https://www.ledevoir.com/societe/sante/583468/une-residence-montrealaise-a-reussi-a-eviter-completement-la-covid-19

  • Cyril Dionne - Abonné 1 août 2020 09 h 48

    Le génocide des CHSLD

    Qu’on le veuille ou non, on a pratiqué une forme d’eugénisme dans les maisons pour personnes âgées. Ils les ont sacrifié tout simplement en se disant tout bas qu’ils faisaient la bonne chose même s’ils vous diront le contraire. Pardieu, toutes les ressources ont été consacrées pour les hôpitaux. Moi, quand j’entends le délire de la santé mentale chez les jeunes au Québec alors que partout ailleurs au Canada, ils se sont attardés au confinement de façon intelligente afin justement d’enrayer cette épidémie. L’Ontario n’a jamais ouvert ses écoles puisque leur programme d’éducation à distance était robuste et ils étaient bien préparés. Ils ont réussi à protéger leurs plus vulnérables tout comme pour les autres provinces. Mais pas au Québec et maintenant, voulant que l’économie reprenne du poil de la bête, ils ont déconfiné de façon arbitraire et mercantile. Ils auront aussi beaucoup de problème à reconfiner les gens cet automne et hiver puisque le virus sera encore omniprésent et nous reviendra avec une vengeance lorsque nous serons tous à l'intérieur à cause des intempéries climatiques. Si vous pensez que vous avez tout vu avec les manifestations contre le masque, attachez vos tuques dans les mois à venir.

    Elle est où cette enquête publique dans les CHSLD? Elle est où?

    • Marc Therrien - Abonné 1 août 2020 11 h 52

      M. Dionne,

      Je ne vois pas pourquoi le coronavirus « nous reviendra avec une vengeance » cet automne, car nous ne lui avons pas fait beaucoup de mal jusqu’à maintenant. Même que si les anti-masques adeptes des accolades et de l'enlacement continuent d’augmenter en nombre, c’est plutôt qu’on aura laissé ce virus se promener allègrement avec nous en toute « libârté ».

      Marc Therrien

  • Gilles Théberge - Abonné 1 août 2020 12 h 06

    Comme Jean Ferrat je voudrais mourir debout...!

    https://www.youtube.com/watch?v=-fREEl1AdWo

    «Je voudrais mourir debout, dans un champ, au soleil,
    Non dans un lit aux draps froissés,
    A l'ombre close des volets,
    Par où ne vient plus une abeille,
    Une abeille...

    Je voudrais mourir debout, dans un bois, au soleil,
    Sans entendre tout doucement,
    La porte et le chuchotement,
    Sans objet des gens et des vieilles,
    Et des vieilles...

    Je voudrais mourir debout, n'importe où, au soleil,
    Tu ne serais pas là j'aurais,
    Ta main que je pourrais serrer,
    La bouche pleine de groseilles,
    De groseilles...»

    N'importe où, au soleil. Mais de grâce, si la vie est le moindrement bonne pour moi, je ne veux pas, oh non je ne veux pas mourir dans un CHSLD...

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 août 2020 13 h 16

      Malheureusement, monsieur Théberge, on ne choisit pas ni le temps ni les circonstances de notre mort.
      Les ainés qui se trouvent aux seines des maisons de longue durée ne le font pas par choix. Souvent, c'est la maladie, ou la perte de l'autonomie qui nous obligent à délaisser nos maisons pour recourir à ces trappes de la mort.
      Si nos gouvernements se souciaient du sort des ainés, ils auraient appliqué les conseils de plusieurs commissions qui ont recommandé l'aide à domicile pour les personnes âgées en perte de mobilité avant le recours aux CHSLD.