Claude Beausoleil, immense poète

Claude Beausoleil vient de nous quitter. Un choc.

J’ai rencontré pour la première fois Claude Beausoleil (et Yolande Villemaire) dans les salles de cours du collège Sainte-Marie, puis à l’UQAM. Personnage haut en couleur, Claude me faisait tellement rire. Avec ses monologues désopilants. Son intelligence impressionnante. Et puis, il y a eu — lui — la poésie, — moi — le théâtre, qui est une autre sorte de poésie. Je me souviens de nos discussions dans les bars de la rue Saint-Denis. Dans les années 1970. Moi féru de théâtre populaire et lui d’illisibilité. Je me souviens de certaines de ses phrases. « J’essaie dans mes textes d’atteindre l’illisibilité. » Je me disais dans ma tête : « Oh boy, Claude, ça fait longtemps que tu l’as atteinte, l’illi-sibilité. » Il a même écrit un recueil intitulé Sens interdit afin de souligner clairement la voie périlleuse de sa recherche.

Plus tard, Claude me dit que la poésie québécoise actuelle vit « une crise du sujet ». Passionné par Francis Ponge et son Parti pris des choses, je lui propose « l’objet » comme nouveau sujet d’investigation. Il me réplique brillamment en me parlant du danger de la « nature morte » en poésie. Et puis, il se corrige. Il me dit : « Tiens, oui, je pourrais écrire un poème sur une Buick. » Je ris en pensant à la fameuse voiture.

Dans sa période formaliste, j’ai essayé de comprendre les poèmes de Claude Beausoleil. Il m’avait offert une affiche publiée par les Éditions Cul-Q. La maison d’édition la plus ludique de l’époque. Le titre du poème-affiche est Sirocco. Le texte est écrit sur le dessin d’un dromadaire et une photo d’un paquet de cigarettes Camel. J’installe l’affiche sur un des murs de mon appartement. J’ai 28 ans. Je lis souvent le poème afin d’essayer d’en comprendre le sens secret. Je m’en veux tellement d’avoir perdu, dans un déménagement, ce poster hors norme, poème-affiche, symbole d’une des périodes les plus fantaisistes et subversives de la poésie québécoise. Par la voie du souvenir, plusieurs mots de ce texte loufoque me reviennent en mémoire. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends tout le sens multiforme de ces vers merveilleusement libres.

Je n’ai jamais perdu de vue Claude Beausoleil. Poète altruiste et généreux. La poésie acadienne lui doit beaucoup. Je n’ai pas lu tous ses livres — il en a écrit tellement —, mais j’en ai lu beaucoup. À mes yeux, un de ses plus puissants recueils est Lecture des éblouis-sements. Un chef-d’œuvre. Que je relis souvent.

Le dictionnaire explique que le sirocco est un vent puissant d’Afrique du Nord. J’imagine Claude emporté par le vent. Celui des poètes porteurs d’enchantement. Salut, Claude ! Je pense à toi. Tes livres ont une place de choix dans ma bibliothèque. Je te relirai souvent.


 
3 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 28 juillet 2020 05 h 48

    Le depart d’un poète est souvent gravissime. Claude Beausoleil nous manquera. Merci.

  • Daniel thérien - Inscrit 28 juillet 2020 09 h 57

    Les poètes ne meurent pas

    Et ils vivent rarement au Québec ou ailleurs dans le monde....
    Ils n'ont jamais de funérailles nationales
    Et les politiciens ne les mettent dans leurs biblothèques
    que lorsqu'ils reçoivent un exemplaire gratuit
    D'ailleurs la poésie pour eux
    se résument aux étoiles qu'ils voient
    sur les bulletins de votes les soirs d'élection.
    Et parfois ils adorent les mettre dans leur sac
    avec des babioles d'or et des rubans lavables à la machine

    Reste que pour certains il y a des beaux soleils et des raimbows
    excusez la faute c'est quand on boîte qu'on est beau

  • Marie Nobert - Abonnée 29 juillet 2020 00 h 42

    Claude (bis)...

    Matin sous Hélios
    S'annonce heureux
    Mais Éole de vengeance vengeresse obscure
    Tisse chape de plomb
    Plouc! Plouc! ad nauseam, «ad vi(e)tam tam tam» (sic)
    Éteignant les dernières braises des Beausoleil, Péloquin

    Salut les «pro(f)s!

    JHS Baril