Les dénonciations dans les médias sociaux

Au début de cette flambée de dénonciations dans les médias sociaux eu égard au harcèlement sexuel, je dois vous avouer que mon opinion était partagée entre la reconnaissance de la pertinence de ce canal de communication préféré à la voie du processus judiciaire et la perplexité. Or, après avoir lu et entendu divers commentaires sur les raisons motivant ce type de dénonciations, je dois admettre que mon opinion a changé, notamment en ce qui a trait à l’ampleur du mouvement déclenché par un tel phénomène.

D’emblée, il faut bien l’admettre, force est de constater que les plaignantes émettent de sérieuses réserves sur l’efficacité du système judiciaire, qui, à leurs yeux, remet souvent en question l’importance, voire la véracité de leurs doléances. Ce n’est donc pas surprenant si les médias sociaux répondent à leur besoin d’exprimer toutes les émotions qu’elles ont été appelées à vivre et, pour certaines, qu’elles vivent encore après plusieurs années.

Je crois qu’au-delà de ces récits d’épisodes marquants de la vie de ces femmes, il s’avère essentiel d’y percevoir toute la douleur qui habite les victimes de harcèlement sexuel, mais aussi toute l’étendue de ce phénomène ravageur qui fait rage dans notre société dite « civilisée ».

Enfin, nonobstant les efforts entrepris par le système judiciaire depuis quelques années, il m’apparaît urgent que les divers intervenants fassent davantage preuve d’écoute envers ces femmes qui choisissent cette voie, à défaut de quoi le phénomène continuera de se propager…


 
10 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 27 juillet 2020 04 h 14

    La loi est un autre abus

    Le problème avec les lois et le système judiciaire est qu'il est criminel aussi. Les réseaux sociaux permettent plus de liberté et permet de mettre en garde les autres. Les coupables ne vont pas en prison mais doivent réagir.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 27 juillet 2020 05 h 29

    Les "civilisés" ne sont pas forcément ceux qui prétendent le plus l'être.

    J'appuie absolument votre réflexion. Ce qui doit cesser d'urgence, ce n'est pas la "barbarie" des lynchages publiques (exagérée à l'extrême par certains), c'est le déni de réalité de ceux qui se drapent dans une conception étriquée des prétendus progrès de la "civilisation".

    Leur mauvaise foi se reflète beaucoup, dernièrement, dans leur insistance à faire porter aux #moiaussi elles-mêmes la responsabilité de décisions douteuses prises en-dehors d'elles : comme celles des administrateurs/trices de certaines pages FB ou Instagram (publication de textes anonymes, listes de dénoncés...), ou les sanctions prises unilatéralement par divers organismes (maisons de disques, postes de radio, ARTIS..., nullement contrôlés par les #moiaussi).

    En ignorant ces nuances factuelles essentielles, ce sont plutôt eux qui tentent de se livrer au lynchage des #moiaussi... tout en prétendant appuyer leur sortie du silence.

    • Jean-François Trottier - Abonné 27 juillet 2020 15 h 37

      M. Thibaudeau,

      faire parler les autres pour dire, entres autres, qu'ils condamnent le mopuvement #moiaussi, c'est affaire d'extrémiste. Personne ne condamne la partie du mouvement #moiaussi où des gens on parlé à visage découvert­. Et les autres... n'ont rien subi que je sache. Ça se nomme incognito.

      Je ne vois pas du tout qui peut bien se draper dans une "conception étriquée", tout en refusant les condamnations sans preuves. Je constate plutôt le même esprit étriqué qu'à l'époque de Duplessis où tout était la faute du péché, ou quand Staline cherchait ds boucs émissaires à ses erreurs pour conserver son image de pôvre victime du capitââââl internationââââl. Les emprisonnements sans procès sont d'actualité partout dans le monde. Vous leur donnez crédit!

      Accepter pour vraie une dénonciation anonyme, c'est accepter l'État policier et les milices.

      Personne ne défend des prétendus progrès de la "civilisation" (mise entre guillemets propablement pour honorer le "bon sauvage" de Rousseau?). Au contraire, personne n'ose imaginer que la justice fonctionne bien actuellement.
      Quant à la justice sans preuve, elle réussit à merveille, elle. Elle réussit tout, sauf la justice.

      Cette "civilisation" que vous dédaignez au point de la prendre avec des guillemets, dois-je vous rappeler qu'elle est formée de toux ceux qui vous entourent? Parmi ceux qui vous sont les plus proches, combien accepterez-vous de voir envoyés en prison au moyen d'accusations non démontrées?
      Quand on en arrive à la "solution" de ne pas respecter la moindre institution, ni les personnes accusées à raison ou à tort, ben on veut tout casser. Ceci évidemment au grand détriment des plus démunis. Vous les oubliez vite, au nom d'une justice des gros bras.

      Au passage, ce que vous rejetez en bloc contient aussi la disparation de la peine de mort. C'est ce que vous voulez, revenir aux temps "si géniaux" sans civilisation?

    • Jean Thibaudeau - Abonné 28 juillet 2020 09 h 27

      @Jean-Pierre Trottier
      Dommage que vous ayez aussi mal lu mon texte, lui faisant dire plein de choses que je n'y dis pas. Vous vous êtes trouvé à en manquer un bon, je vous assure!

      Plus sérieusement, je reviens sur votre phrase "Personne ne condamne la partie du mouvement #moiaussi où des gens on parlé à visage découvert­. " Vous n'avez certainement pas lu les mêmes blogues ou les mêmes chroniques/éditoriaux que moi! On y a "vargé" à qui mieux mieux contre les #moiaussi sans la moindre distinction entre les textes signés et les textes anonymes, et en rendant le mouvement responsable aussi bien des "listes" que des sanctions prises par d'autres contre les personnes désignées. Dans le meilleur des cas, on a approuvé les "dénonciations" uniquement si elles sont faites aux policiers, et encore, à condition qu'elles n'aient pas trop tardé après les faits. Pensez aussi à la vague de haine dirigée contre Safia Nolin, malgré le fait que Morin ait admis ses torts...

      Mes critiques envers le système de Justice portent uniquement sur son traitement des causes d'abus sexuels. Il est TRÈS civilisé pour les accusés, mais pas du tout pour les plaignantes. Et jusqu'ici, les réformes proposées se limitent à peu près à les préparer... à être livrées en pâture aux lions (avocats de la défense), prêts à toutes les bassesses pour semer le doute sur leur crédibilité. Ça leur fait une belle jambe, d'y être "préparées"! Psychologiquement, ce sont elles qui deviennent de facto les véritables accusées.

      La mentalité du milieu juridique demeure toujours que l'issue la plus odieuse est la condamnation d'un innocent. Plus odieuse que l'acquittement de réels coupables qui peuvent recommencer à détruire des vies, un peu comme les membres du crime organisé reprenaient leurs activités en riant après leur facile acquittement, il n'y a pas encore si longtemps...

  • Daniel Huot - Abonné 27 juillet 2020 07 h 26

    Dénonciations

    Que des gens se sentent mal servi par notre système de justice et qu'ils opte pour les réseaux sociaux afin dénoncer leur agresseur(prétendu) je peux comprendre. Mais lorsque c'est fait de façon anonyme, je trouve ça très vicieux, et n'importe qui ayant intérêt à vous nuire peut le faire en toute impunité. Comment voulez-vous, vous défendre contre ça....

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juillet 2020 09 h 35

      Vous avez raison M. Huot.

      Personne n’est contre pour que les médias sociaux deviennent un endroit où qu’on puisse crier sa douleur en autant que les gens veulent l’entendre. Personne. C’est le principe même de la liberté d’expression en autant qu’il n’y a pas diffamation dans le discours ou bien une incitation à la haine envers un certain groupe spécifique.

      Or, on sait que ce n’est pas le cas. Des gens, de façon anonyme, en court-circuitant tout le système de justice, on fait des accusations souvent embellies pour la cause et pour les rendre plus crédibles alors que celles-ci ne pouvaient pas être corroborées par personne. Nul besoin de déposer une plainte officielle et anonyme, on accuse en se cachant en ligne sans que la personne visée ne puisse se défendre. La lâcheté a atteint son paroxysme. En faisant fi de la présomption d’innocence, on a réussi non seulement à briser des vies et des carrières, mais aussi des familles au complet sur les ouï-dire de gens qui se cache sous un faux nom.

      Ma conjointe est passée par là comme victime, mais elle a déposé une plainte en bonne et due forme tout de suite après l’incident. Lorsqu’on dépose une plainte contre quelqu’un, eh bien, c’est l’accusateur ou l'accusatrice qui porte le fardeau de la preuve. Elle a abandonné en cour de chemin puisque l’appareil de justice exigeait qu’elle aille faire son compte-rendu et témoigner à plus de 700 km de chez elle puisque l’accusé venait de cet endroit. Mais elle est la première à s’objecter de ces gens qui font des accusations en ligne sans aucune présomption d’innocence où celles et ceux qui manient leur clavier, deviennent à la fois, juge, jury et bourreau et qui est sans appel.

      Oui, quand j’entends des propos dans cette lettre comme ceux-là, j’ai mal à ma démocratie.

  • Marc Pelletier - Abonné 27 juillet 2020 12 h 46

    Notre " civilisation "

    Il suffit de regarder agir plusieurs québécois sur les plages de la Gaspésie, un indice puissant parmi tant d'autres, pour constater que notre " civilisation " se dégrade de plus en plus .

    Les valeurs morales, incluant bien sûr le respect des autres, s'effrondent devant le je, je, moi, moi tout puissant, ceci démontre que l'autre n'a qu'à se retourner lui saussi vers son petit nombril !

    Même si je suis contre les dénonciations anonymes, il n'en demeure pas moins que ces cris du coeur signalent l'urgence d'agir face à tous ces abus.

    • Jean-François Trottier - Abonné 27 juillet 2020 16 h 11

      ... et juger d'une "civilisation" depuis des cas particuliers, ça mène au racisme, Monsieur Pelletier.

      Décrier les gens qui vivent avec soi, c'est du racisme de colonisé : on se "hisse au niveau des vainqueurs".

      Les "valeurs morales", elles, sont âprement défendues par tous les Duplessis et les Staline de ce monde.

  • Christian Roy - Abonné 27 juillet 2020 17 h 52

    "je dois admettre que mon opinion a changé"

    M. Marineau,

    J'aime votre admisison publique... elle représente le fruit des échanges et des réflexions personnelles d'un sain débat réalisé en commun.

    Je la pointe du doigt pour sa rareté.

    L'idée n'est pas de rester campé sur ses positions mais de marcher en compagnie d'acolytes.

    J'envie votre ouverture d'esprit.