Fluctuations de la fécondité au Québec

Dans un article portant sur une politique nationale du vieillissement, Madame Carolina Iacovino note, fort à propos, que « le Québec n’est pas encore sorti de son contexte de dénatalité [puisque] [l] es indices de fécondité fluctuent ». En effet, depuis 50 ans, il y a eu des fluctuations, mais toujours largement en deçà de « 2,1 enfants par femme », niveau nécessaire au remplacement des générations. Ainsi, des creux ont été observés en 1987 (1,36), 2000 (1,45) et 2019 (1,58), ainsi que des pointes en 1992 (1,67) et 2008 (1,73).

En somme, en 50 ans, nous n’avons pas fait mieux que 173 enfants pour 100 couples, pour un déficit de plus de 17 % relativement aux 210 enfants qu’il nous aurait fallu. Résultat : notre pyramide des âges en 2016 montrait des creux et des pointes à sa base. On reconnaît des pointes à 55 ans, 36 ans, 25 ans et 7 ans. D’une pointe à la suivante, les déficits, toujours plus grands, s’accumulent pour un manque à naître global de 30 % entre les adultes de 55 ans et les enfants de 7 ans. Ces données comprennent pourtant les immigrants, leurs enfants, leurs petits- enfants, voire quelques arrière-petits-enfants.

Abordant cette question publiquement au début des années 1980, une intervenante y a vu un message enjoignant les femmes à quitter le marché du travail pour faire et éduquer de nombreux enfants. Spontanément, j’ai répondu que si j’avais quelqu’un à blâmer, ce seraient plutôt les hommes, car l’« homme rose », tant espéré au temps des revendications féministes, n’est pas advenu pleinement. Dommage, car en l’absence de l’homme rose, notre avenir démographique n’apparaît pas rose !


 
8 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 25 juillet 2020 08 h 38

    Libertés individuelles et bien commun

    Dans le contexte actuel, le gouvernement impose aux gens de garder leurs distances et restreint les rassemblements dans le but de limiter la diffusion du coronavirus. Les risques pour la santé des individus de moins de 40 ans sont pourtant semblables ou inférieurs à ceux causés par la grippe. Au contraire, les risques pour les plus de 60 ans sont élevés. Ce sont surtout des vieillards qui sont tués par le coronavirus.

    On fait donc référence au « bien commun » pour justifier la limitation des libertés des gens de moins de 40 ans. Et ce, malgré les dommages faits à l'économie et malgré la dette gigantesque encourue par l'État.

    La faible fécondité des Québécois a des conséquences beaucoup plus profondes sur la société que n'en aura le coronavirus quelques soient les mesures prises ou délaissées. Et pourtant on ne fait pas de débat sur le phénomène de la dénatalité, ses causes et la recherche de solution. On se contente d'ouvrir les portes de l'immigration de plus en plus grand pour récupérer une partie de la fécondité des nations étrangères. On abandonne la fécondité aux libertés individuelles sans égard pour le bien commun.

    • Bernard Terreault - Abonné 25 juillet 2020 09 h 48

      On ne peut quand même pas forcer des gens à faire des enfants. Tout au plus avoir des mesures financières et autres (garderies, etc.) qui aident les parents.

  • François Beaulé - Inscrit 25 juillet 2020 11 h 19

    @ Bernard Terreault

    Non, on ne peut pas forcer les gens à faire des enfants. Mais on devrait remettre en question nos valeurs et notre mentalité individualiste. Le féminisme a déséquilibré la société, ce qui ne veut pas dire qu'il faille revenir en arrière. Mais d'abord reconnaître que notre position actuelle est précaire. Le féminisme était nécessaire mais il a été beaucoup trop centré sur les femmes comme individus et sur un objectif obsessionnel d'égalité homme-femme. La société québécoise féministe est devenue très dépendante des sociétés non-féministes à forte fécondité, ce qui est un non-sens, une preuve par l'absurde de l'incohérence des valeurs occidentales modernes. Des valeurs qui sont fortement orientées par le système capitaliste.

    Par ailleurs, de façon pragmatique, les mesures financières actuelles sont insuffisantes. Par exemple, le marché de l'habitation fixe le prix des maisons en fonction de la capacité de payer des ménages. Les gens ayant moins d'enfant, 0, 1 ou 2, font monter les prix de l'immobilier. Pour se payer une maison, les couples doivent donc travailler à plein temps. Et il est difficile d'avoir plus de 2 enfants tout en travaillant à plein temps. Le système rend difficile le choix de délaisser le travail rémunéré pour quelques années afin d'avoir 3 ou 4 enfants. La dénatalité n'est donc pas qu'une question de liberté individuelle, c'est aussi un problème systémique.

    • Serge Lamarche - Abonné 25 juillet 2020 13 h 28

      Je crois que vous êtes en plein dans le mille, m. Beaulé. Le prix des maisons et du logement est trop laissé libre d'augmenter. Le capitalisme fait en sorte que les prix augmentent plus vite que les salaires courants et la richesse appauvrit le monde. Le fait que la richesse est valorisée plus que les enfants qui appauvrissent la famille du point de vue pécunier, réduit les probabilités d'avoir des enfants.

    • Serge Lamarche - Abonné 25 juillet 2020 13 h 31

      De plus, le fait d'avoir l'avortement disponible longtemps après la conception favorise l'élimination des enfants parmi les parents hésitants.

    • Patrice Soucy - Abonné 26 juillet 2020 09 h 18

      « La société québécoise féministe est devenue très dépendante des sociétés non-féministes à forte fécondité ». Fine observation… Indépendance financière, accomplissement professionnel, la pilule a dégagé la voie de l’émancipation. La pandémie et le télé-travail font en sorte qu’on peut maintenant imaginer un modèle hydride, mi-domestique, mi-professionnel qui sera peut-être à leurs goût et relancera la fécondité. C’est à voir. Revenu minimal garanti?

  • Michel L’Heureux - Abonné 26 juillet 2020 08 h 48

    Commentaire pro-vie

    M. Lamarche, votre commentaire pro-vie est totalement inapproprié. Il est inconcevable que le Devoir laisse une place à ces opinions d’un autre temps. À moins qu’il n’y ait un sentiment pro-vie au Devoir ?

    • Patrice Soucy - Abonné 26 juillet 2020 10 h 59

      Je ne partage pas son opinion mais je la respecte. C'est votre volonté de censure qui est "totalement innapropriée".