Mouton en détresse

Dimanche matin. Je sirote mon café tout en feuilletant mon fil d’actualité Facebook, qui est littéralement inondé d’opinions au regard du port du couvre-visage obligatoire.

Avec les années, j’ai appris à lâcher prise face à ces Keyboard Warriors, ceux qui, armés de leur clavier, partagent des informations trompeuses ou encore sèment la polémique sur les réseaux sociaux. Pourtant, ce matin, une publication prônant l’abolition du couvre-visage m’a ébranlé : « Cessez de vivre dans la peur, gang de moutons ».

Oui, je l’admets, j’ai peur. Peur de vous.

Peur de voir que l’ignorance et l’égoïsme sont des fondations plus solides que la science, la connaissance et le respect. Peur de voir qu’à ce jour, le groupe Facebook Regroupement contre le port du masque obligatoire compte près de 4000 membres, et que ce nombre ne cesse de croître. J’ai peur pour tous ces travailleurs et travailleuses qui seront confrontés à vous, vous qui mentionnez sans gêne que vous vous présenterez dans les commerces sans couvre-visage à titre d’acte de protestation. J’ai peur lorsque je vous vois prétendre que le port du masque entraîne un affaiblissement du système immunitaire ou encore une baisse de la saturation en oxygène. Peur de ce nuage sombre qui, vicieusement, gagne du terrain et érode le rationnel au profit de l’aberrance.

Un dicton bien connu mentionne pourtant que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Votre liberté à vous serait-elle plus importante que ma santé, et celle de millions d’autres individus ? Vous qui pouvez être jeune ou non à risque, n’êtes-vous pas en mesure d’avoir une conscience de l’autre, de comprendre que tous ne sont pas égaux face à la maladie ?

Dans votre jargon, vous me traiterez de promasque, d’individu lobotomisé, de mouton. Suis-je un mouton car je respecte le Code de la route et effectue un arrêt à un feu de circulation rouge ? Suis-je brainwashé car, pour me nourrir, je préfère gagner ma pitance en travaillant qu’en effectuant un hold-up ? Suis-je dans l’erreur de vouloir limiter les décès et les hospitalisations ?

Si tel est le cas, si cela fait de moi un mouton, qu’il en soit ainsi. Je préfère de loin ce rôle à celui de vautour, planant au-dessus des plus faibles. Vous me dites de cesser d’être apeuré, la balle est dans votre camp.

Signé un mouton en détresse.


 
3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 juillet 2020 08 h 19

    Je porte le masque

    Ceux qui pensent que leur petit bout de tissus les protège contre un virus qui ne pratique aucune discrimination, eh bien, j’ai quelque chose à leur vendre pas très cher. Mais dire que celui-ci entraîne un affaiblissement du système immunitaire ou encore une baisse de la saturation en oxygène est tout simplement ridicule. Ils sont les mêmes qui sont anti-vaccins. Leur défiance repose une fausse science et surtout sur leur portefeuille parce que cette pandémie nuit aux affaires. La pétition de 50 000 noms et la protestation contre le masque en Beauce émanaient surtout du milieu des commerçants de la place.

    Maintenant ce que la science nous dit. Présentement, on sait que la contamination par aérosol est un fait, quelque chose que tous les épidémiologistes sérieux savaient déjà, le masque de coton ou autre devient très insignifiant dans un endroit fermé. Et dans les endroits fermés où les échangeurs d’air sont inefficaces ou simplement absents, la contagion règne en maître. Ajouté à cela que la plupart qui portent le masque, le portent mal, que l’ouverture entre les fibres des masques non N95 sont bien trop grandes pour ne pas laisser passer le virus, l’humidité générée par la respiration réduit son efficacité à presque zéro, que la plupart des gens se touchent le visage plus de 25 fois par heure, que les yeux, qui sont un point d’entrée important pour le virus, ne sont pas protégés et que les masques chirurgicaux et en coton mal ajustés, semblent être futiles pour empêcher la dissémination du coronavirus de la toux des patients atteints de COVID-19 vers l'environnement et la surface externe du masque.

    Avec aucun vaccin efficace en vue, si on en trouve un, on s’accroche à ce que l’on peut pour essayer de retrouver une vie normale. Mais le virus est omniprésent comme il l’était en avril et aussi virulent. Et pour l’immunité collective, elle semble ne pas être au rendez-vous présentement puisque l'effet des anticorps s'avère être éphémère.

  • Christian Roy - Abonné 22 juillet 2020 09 h 57

    À mouton mouton et demi

    "le groupe Facebook Regroupement contre le port du masque obligatoire compte près de 4000 membres, et que ce nombre ne cesse de croître."

    Faut pas être mouton pour joindre ce groupe ?

  • Marc Levesque - Abonné 22 juillet 2020 19 h 05

    La désinformation inconsciente

    Malheureusement, il y a beaucoup d’exagération et d'idées erronées qui circule alors qu'il est clair que les masques aident à réduire les chances de transmettre le virus ou de l'attraper, et qu'ils aident à réduire la concentration de virus auquel on est exposé quand nous somme en sa présence. Les masques ne garantissent rien, certains sont moins efficace que d'autres, mais bien utilisés ils figurent toujours positivement parmi nos outils contre la pandémie.