La loterie de la sécurité ferroviaire

Sept ans après la pire tragédie ferroviaire du pays, il est impossible d’affirmer qu’est rétablie, en vertu des recommandations du Bureau de la sécurité des transports et des meilleures normes, la sécurité ferroviaire sur tout le trajet entre Montréal et Lac-Mégantic. Sur des rails dangereux roulent des wagons-citernes transportant des matières hautement dangereuses.

Et ces wagons, j’en vois, sans cesse, dans une zone de réserve sans surveillance en continu, en pré-triage, près du camp militaire, en rentrant à Farnham. Je scrute les codes indiquant le contenu inflammable, en me demandant s’ils sont exacts. Le trajet Farnham–Lac-Mégantic, j’en ai souvent entendu parler jadis, par mon père, cheminot au Canadien Pacifique, au temps où l’on ne badinait pas en matière de transport de marchandises.

D’ailleurs, la seule fois où j’ai vu mon père en colère, c’est lorsque je l’ai accompagné à la gare, où il voulait remettre un rapport pour signaler des problèmes importants à corriger d’urgence ; c’était de son devoir de les rapporter fermement. J’ai saisi, malgré mon jeune âge, le danger auquel peuvent s’exposer des employés et toute une communauté. Mon père était clair, lui et ses collègues ne feraient pas partie d’un autre convoi, si tout ne rentrait pas dans l’ordre.

La fameuse longue et abrupte côte, de Nantes jusqu’au cœur de Lac-Mégantic, était source d’inquiétude aussi quand j’étais jeune, elle est devenue infâme en 2013. En assistant à la pièce Les Hardings, au théâtre Duceppe en janvier dernier, un mot me hantait : laxisme. Laxisme de Transports Canada, de la MMA. Les employés à la merci d’une compagnie de broche à foin.

Une question subsiste : si personne n’était responsable du pire des scénarios, qui donc peut-on blâmer ? Sept ans plus tard, la chronique d’une tragédie annoncée n’aboutit pas à une prise de conscience de la part des gouvernements quant à l’urgence d’une réglementation rigoureuse du transport ferroviaire. Et la voie de contournement n’est qu’au stade d’ébauche, comme si le temps avait réussi à conjurer le mauvais sort. Les convois ferroviaires potentiellement dangereux circulent d’une ville à l’autre, sur des rails mal rafistolés, via le cœur d’une ville qui ne peut occulter sa douleur tant que les bombes roulantes passeront. La sécurité ferroviaire demeure une loterie.


 
12 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 7 juillet 2020 00 h 31

    Le plus gros problème avec la sécurité ferroviaire

    C'est que le gars qui est ministre des transports à Ottawa n'est jamais revenu de l'espace. Le gars semble tellement dans lune que s'en est ridicule de le voir aller et parler quand vient le temps de faire SA job aujourd'hui, faudrait que quelqu'un lui rappel, AIE! Garneau, t'es pu astronaute, arrive sua planète avec nous autres, c'est pour ça qu'on te paie aujourd'hui t'occuper de la sécurité des transports, sinon va rejoindre Payette pour donner des médailles.

    • Gilles Sauvageau - Abonné 7 juillet 2020 10 h 29

      D'accord avec vous, c'est un lunatique dangereux !!!

      Gilles Sauvageau
      L'Assomption

    • Pierre Raymond - Abonné 7 juillet 2020 21 h 10

      Garneau et Trudeau, même nature... deux contenants !

  • Serge Lamarche - Abonné 7 juillet 2020 04 h 55

    Personne de responsable mon oeil

    Je trouve pas mal bizarre que le conducteur décide de laisser la seule locomotive évidemment brisée en marche pour garder les freins sous pression. Ça sent le coup monté avec sabotage. Voir https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/891/bande-dessinee-lac-megantic-la-derniere-nuit
    Ceci dit, des trains qui dévalent les pentes, il y en a eu deux récemment ici près de Field (C.-B.), avec morts. La différence est que les trains déraillent dans la rivière. Les responsables du train étaient dans le train. Alors il s'agit peut-être d'une incompétence généralisée dans le transport ferroviaire. Voir https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1151089/train-deraillement-cp-field-teamsters-syndicat-bst-enquete

    Mais à mon avis, il s'agit bien d'une action criminelle au Lac Mégantic et probablement aussi ailleurs. Je soupçonne que des éléments criminels sont simplement infiltrés dans les compagnies ferroviaires. Que les responsables s'en sauvent prouve une fois de plus que le système judiciaire est incompétent... ou complice!

  • Françoise Labelle - Abonnée 7 juillet 2020 07 h 12

    La lucrative loterie de la zone grise

    La mairesse Roy-Laroche avait désigné les coupables: Transports Canada et MMA. Et dans une moindre mesure, Irving Oil. Dans un éditorial du journal les Affaires, Stéphane Lavallée, originaire de Lac-Mégantic, rappelle que MMA était une coquille vide qui entretenait minimalement son matériel. L'accumulation de diesel dans un piston brisé aurait déclenché un incendie mais la locomotive n'a pas été changée. En plus de ne pas se soucier de la solvabilité de l'entreprise, Transports Canada a laissé la MMA sans plan de gestion de sécurité pendant 7 ans et a délivré un permis malgré la dérogation aux règles de sécurité exigeant deux mécaniciens. Le nombre d'inspecteurs n'a pas suivi l'augmentation exponentielle du transport de schiste sur rail. Irving Oil avait été avertie que la qualité du schiste pouvait poser des problèmes de sécurité. Les codes de contenu n'étaient pas exacts. Selon le témoignage d'un inspecteur de Transports Canada: «la MMA se contentait strictement de la note de passage, à plusieurs niveaux. [...] Ça faisait l’affaire du moment»
    Malgré tout, M.Lavallée conclut que «Au-delà, la notion de responsabilité sociale des entreprises doit primer.» Il y a beaucoup d'argent à faire dans les zones grises (paradis fiscaux, spéculations financières limites) et les gagnants de cette loterie sont toujours les mêmes. Ça fait l’affaire du moment.

    • Gilles Sauvageau - Abonné 7 juillet 2020 11 h 06

      Vous avez parfaitement raison, on joue à la loterie avec la vie des gens sans aucun sentiment de culpabilité !!! L'irresponsabilité, le laisser-aller, l'insouciance, l'inconscience, et l'nconséquence du Ministère des Transports, de Montreal Maine & Atlantic Railways et de Irving, font que des tragédies semblables se produisent malheureusement trop souvent et que personne n'est jamais redevable. N'OUBLIEZ JAMAIS qu'en mai 2012, MM&A obtient la permission de Transports Canada pour réduire l'équipage de ses trains au Canada de deux à une personne. Cette permission est peu fréquente dans le secteur ferroviaire canadien; seulement deux autres transporteurs ont reçu la même autorisation.

  • Bernard Terreault - Abonné 7 juillet 2020 07 h 53

    Je ne suis pas expert

    mais quand je vois l'état de délabrement et de rouille des viaducs de chemin de fer (près du pont Victoria entre autres), je peux confirmer que nos CN et CP sont des compagnies de broche à foin. Mon grand-père chemineau serait désolé!

    • Gilles Sauvageau - Abonné 7 juillet 2020 10 h 37

      Avec raison !!!

  • Pierre Rousseau - Abonné 7 juillet 2020 08 h 19

    Sabotage, mon œil !

    Il faut toujours chercher à comprendre à qui le crime profite et le mobile. Ici, le dévalage du train de Lac-Mégantic ne profite à personne, ni à la compagnie, ni au gouvernement, ni au crime organisé, bien au contraire. Il faut plutôt chercher du côté du copinage des politiciens avec l'industrie et le fait que les partis politiques comme les libéraux et les conservateurs, sont copain-copain avec l'industrie.

    Les gouvernements capitalistes n'aiment pas faire des règlements et encore moins les appliquer et c'est souvent le laxisme qui prévaut. On a eu l'ère Harper où on privilégiait l'auto-régulation de l'industrie et où on a coupé dans les imspecteurs (on se souviendra des coupures des inspecteurs des aliments et des contaminations à l'e-coli qui ont suivi). Les libéraux ont suivi sans véritablement changer grand chose.

    On ne veut pas forcer l'industrie à faire les investissements nécessaires pour sécuriser les voies ferrées et les trains car ça coûterait très cher, surtout quand on a laissé le réseau et le matériel roulant se détériorer pendant des décennies et que les gouvernements successifs ont fermé les yeux. L'état lamentable des voies ferrées est une réalité « coast to coast » et les trains sont souvent de véritables bombes roulantes, surtout quand on pense que de plus en plus de pétrole est transporté par train faute de pipelines.

    Si on cherche encore des responsables, ce sont les dirigeants de ces compagnies qui n'ont d'yeux que pour leur « bottomline » et l'enrichissement de leurs actionnaires et leurs complices au gouvernement qui profitent aussi de la situation en fermant les yeux sur les risques courus par la population : ils se disent « ça va passer »...

    • Gilles Sauvageau - Abonné 7 juillet 2020 11 h 10

      Vous avez bien raison !!!