Les vertus de la démocratie

Est-ce que l’État démocratique qu’est le Canada laissera encore longtemps pourrir ses ressortissants dans les geôles chinoises pour sauver des emplois canadiens potentiels ? Et quand ils seront à l’article de la mort — car on sait comment se terminent ces « kidnappings » politiques —, tenter d’intervenir pour des raisons humanitaires, mais il sera trop tard ? Deux vies sacrifiées sur l’autel de l’économie par peur d’indisposer des géants commerciaux irresponsables et cyniques ? C’est ça, la démocratie ?

Des tas d’États démocratiques négocient des prises d’otages pour sauver des vies, quel qu’en soit le prix. Il y a toujours un prix à payer quand on négocie avec des « voyous ». Des tas de démocraties ne sont pas si vertueuses sur les grands principes de droit quand il s’agit de vendre des armes et des mines antipersonnel à des États qui ne respectent aucunement les droits de la personne. Les vertus démocratiques sont à géométrie variable lorsqu’elles sont soumises aux diktats du commerce, c’est bien connu. L’angélisme de Justin Trudeau et des libéraux est sidé-rant. S’imaginent-ils qu’ils vont faire changer leurs manières
de faire de la politique et du commerce aux Chinois ? S’imaginent-ils qu’ils vont préserver leur image de vertueux démocrates à la face du monde ? Leur échec récent au Conseil de sécurité de l’ONU devrait les faire réfléchir sur l’impact que le Canada peut avoir à titre de donneur de leçons démocratiques international. Et entre-temps, sauver les deux Michael devrait être sur tous les écrans.

 
 
11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 juillet 2020 08 h 23

    La justice au Canada est à géométrie variable.

    Vous avez amplement raison, madame Dufresne. Le gouvernement Trudeau a sacrifié deux vies canadiennes sur l’autel de l’économie.
    J'ai déjà dit dans un autre commentaire que s'il s'agissait des enfants ou des parents de Justin Trudeau aurait-il agit de la même façon, en laissant croupir les deux Michaels en prison et possiblement condamnée à mort? Je doute fort.
    Oui. La justice au Canada est à géométrie variable.

  • Michel Lebel - Abonné 6 juillet 2020 09 h 00

    Ne pas se décourager!

    Que voulez-vous, Justin Trudeau n'est pas un Vaclav Havel ou un Nelson Mandela! Rien de vraiment signifiant ne peut sortir d'un personnage aussi léger. Ainsi va tristement la vie politique canadienne en ce temps de pandémie. Mais il ne faut pas se décourager: l'Histoire est longue... Il faut ardemment souhaiter que les deux Michael sortent le plus tôt possible vivants de leur prison chinoise et que Mme Meng retourne en Chine.

    M.L.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 juillet 2020 17 h 04

      "Il faut ardemment souhaiter que les deux Michael sortent le plus tôt possible vivants de leur prison chinoise et que Mme Meng retourne en Chine." ML.

      On le souhaite.

      La question est la suivante: doit-on céder au chantage de la Chine et violer le traité d'extradition liant le Canada et les États-Unis?

      Vous répondez oui ou non?

  • Marc Pelletier - Abonné 6 juillet 2020 10 h 26

    Pantins de la Chine

    Je respecte votre opinion mais je ne la partage pas.

    Le Gouvernement à Ottawa doit se tenir debout sinon tous les Canadiens présentement en Chine seront susceptibles de devenir victimes de chantage de la part du parti communiste chinois, qui ne respecte ni lois ni droits.

    Tous et chacun, même par nos modestes moyens, nous devons boycotter la Chine et ses produits : c'est la seule façon de l'affaiblir. Si tous les pays et leurs citoyens agissent dans ce sens, la Chine se réveillera peut-être !

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2020 15 h 59

      Je suis d'accord avec vous M. Pelleter. On ne négocie pas avec les terroristes. Pour Justin Trudeau, l'affaire est trop compliquée pour lui. D'habitude, il n'a qu'à prendre un selfie ou bien se déguiser pour essayer d'amadouer les gens. Un petit blackface avec ça mon Justin? Oui, misère.

  • Pierre Fortin - Abonné 6 juillet 2020 13 h 30

    Son père ne serait pas très fier


    Madame Dufresne,

    Pour bien comprendre la situation dans laquelle patauge maladroitement le Canada, il faut considérer le contexte géopolitique et le Grand jeu qui se déroule entre les USA, en perte d'hégémonie, et l'Eurasie, puissance montante.

    Depuis plusieurs années, les USA imposent leur hégémonie au reste de la planète, même à leurs alliés, que ce soit par des interventions directes, e.g. en Amérique du Sud, en Europe de l'Est ou au Moyen-Orient, ou par les multiples sanctions économiques facilitées par le statut privilégié de monnaie de référence du dollar US. On ne doit pas se surprendre des réactions que cela entraîne et que d'autres puissances s'affairent à organiser le monde autrement, ce à quoi les USA réagissent avec la seule manière qu'ils connaissent : la force et la contrainte. Les exemples ne manquent pas.

    Si nos médias n'étaient pas si manichéens et ne voyaient pas systématiquement qu'un seul côté de l'affaire, en classant les différents pays en bons et méchants, s'ils exploraient la pensée des opposants, nous aurions une tout autre vision du monde. On verrait par exemple le stratège russe, Sergey Karaganov, exprimer un point de vue cinglant nous concernant : « Les démocraties occidentales ne savent pas comment exister sans ennemi. » Et, même si ça nous déplaît, il est difficile de ne pas lui donner raison quand on connaît l'histoire des 30 dernières années.

    Madame Meng est bien l'otage de la justice extraterritoriale US, comme d'autres avant elle, et dont la justice canadienne s'est avérée un instrument. Le groupe mené par Mme Arbour a ouvert une voie de solution à ce problème géopolitique qui dépasse la belle et pure justice canadienne, mais qui demande un courage politique et une souveraineté que le Canada a déjà bradés. Si Justin Trudeau a porté haut le flambeau de la justice c'est pour mieux cacher son incapacité à défendre l'indépendance du Canada face aux USA.

    Comme aurait dit son propre père : Un pleutre !

  • Raymond Labelle - Abonné 6 juillet 2020 17 h 05

    On ne peut pas céder au chantage de la Chine.

    Qui exige que le Canada viole le traité d'extradition qu'il a signé avec les États-Unis.

    Mme Meng ne couprit pas en prison en attendant l'issue de la procédure d'extradition au Canada, qui se fait indépendemment du pouvoir exécutif et bénéficie de l'État de droit au Canada, comme elle en bénéficiera si elle subit un procès aux États-Unis.

    Ce qui n'est pas le cas des deux Michael.