Les deux Michael: une issue honorable

Le gouvernement chinois ne respecte ni loi ni morale. Il ignore la notion d’État de droit. Devant cette situation, que peut faire le gouvernement canadien pour obtenir la libération des deux Michael (Michael Spavor et Michael Kovrig), détenus avec grande sévérité depuis deux ans dans une prison chinoise, en réaction à la « détention » de Mme Meng dans une de ses luxueuses maisons à Vancouver ? La lente procédure d’extradition de la dirigeante chinoise suit son cours. Mais le tout a assez duré et le gouvernement canadien a la latitude légale pour stopper cette procédure. Pour des raisons humanitaires, pour la santé et le bien-être des deux Canadiens, il doit agir ainsi.

Justin Trudeau ne doit pas s’enferrer dans une définition étroite de l’État de droit, dans un légalisme obtus. Le gouvernement chinois est un gouvernement oppressif et totalitaire. Ce n’est pas une ligne dure du gouvernement canadien qui pourrait le changer. Par contre, le Canada pourrait montrer une certaine grandeur devant la communauté internationale en arrêtant la procédure d’extradition de Mme Meng. Un acte de grandeur n’est pas un acte de faiblesse. Celui-là mettrait sans doute fin à toute cette bien pénible histoire.

32 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 30 juin 2020 04 h 16

    La nonchalance du premier ministre du Canada envers les deux Michaels détenus en Chine est inquiétante.

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, monsieur Lebel. S'il s'agissait de la soeur, des parents, de l'épouse ou des enfants de monsieur Trudeau qui seraient détenus en Chine, aurait-il agi de la même façon que pour les deux Michaels? Je doute fort. Monsieur Trudeau manque d'empathie et de courage.

    • Marc Pelletier - Abonné 30 juin 2020 09 h 21

      Beau sujet pour déblatérer, une fois de plus, sur le premier ministre, Mme Alexan !

      Dans ses décisions, le premier ministre doit éviter de poser des gestes qui pourraient causer des torts irréparables à tous les canadiens.

      Il faut prendre nos distances, à tous les points de vue, du parti communiste chinois dont les ambitions territoriales sont connues de tous, tout en n'oubliant pas que les droits de l'homme sont les derniers de leurs soucis : ils répriment et appliquent une dictature qui , mondialement parlant, arrive en tête de liste !

      Ils sont puissants, fourbes, espionnent partout dans le monde depuis des décennies : ils sont " Personna non grata ".

      " Monsieur Trudeau manque d'empathie ... " dites-vous, mais je doute que vous ayiez fait appel à votre jugement en écrivant ceci .

    • Hermel Cyr - Abonné 30 juin 2020 15 h 03

      C’est remarquable qu’aucun commentaire à cette heure (il est 15h.00) n’évoque l’hypothèse que les deux Michael puissent être des agents Five Eyes (service d’intelligence des pays anglo-saxons) et à la solde des GAFA ou des USA. Mon commentaire qui évoque ceci sous forme très hypothétique est en attente depuis 10h00.

    • Nadia Alexan - Abonnée 30 juin 2020 17 h 25

      À monsieur Marc Pelletier et à tous les autres commentateurs qui veulent laisser croupir les deux Michaels en prison, en Chine: nous sommes en train de faire le travail sale de monsieur Trump. Qu'il s'occupe lui-même de ses bêtises et de ses querelles éternelles avec tous les pays.
      L'ex premier ministre, Chrétien, a eu le courage d'envoyer les États-Unis se promener en refusant de se joindre à leur guerre immorale contre l'Iraq. On a prédit que le ciel allait tomber, mais rien de tout cela ne s'est produit. Au contraire, l'histoire a démontré que Chrétien avait raison et le Canada a récupéré sa réputation comme un pays de justice.
      Je ne crois pas que la présente situation où le Canada s'agenouille devant la folie de Trump honore notre politique étrangère. Et l'Honorable Louise Arbour de la Cour Suprême est d'accord avec moi.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 juin 2020 22 h 32

      Mme Alexan, c'est la Chine qui a arbitrairement emprisonné les deux Michael. Ce n'est pas les USA. Meng Wanzhou, cadre du géant des télécommunications Huawei est aussi une espionne du gouvernement chinois et qui fait partie de l'élite du parti communiste. Coudonc, un coronavirus venu de l’Empire du Milieu n’est pas assez pour vous?

      Et en parlant de Jean Chrétien, n'est-ce pas le même qui était intervenu personnellement pour faire libérer l'argentier d'Oussama ben Laden, Ahmed Said Khadr, qui avait été arrêté au Pakistan. Il était accusé de complicité dans un attentat terroriste dirigé contre l'ambassade d'Égypte, à Islamabad en 1996, qui avait fait 15 morts. Évidemment, celui-ci plaidait l'innocence. L’intervention de Chrétien l’avait fait libérer. Ensuite, il a été rejoindre ben Laden en Afghanistan et nous avons eu septembre 11 2001 à New York. Khadr a été tué le 2 octobre 2003, ainsi que des membres d'Al-Qaïda et des talibans à la frontière de l’Afghanistan.

    • Serge Lamarche - Abonné 1 juillet 2020 03 h 14

      Cyril Dionne, vous faites une analyse pro-guerre. Nous n'avons pas eu le 11 sept 2001, les États-Unis l'ont eu. Ils l'ont eu à cause des problèmes qu'ils causent. Et ils en ont causé encore plus pour se venger en Iraq et en Afghanistant en particulier. On ne compte plus les morts et la destruction.
      Qu'on laisse les gens pacifiques qui font le commerce de haute technologie en paix. Ils n'ont pas à faire les frais des guerres. Il y a des soldats pour ça. Ah, oui, ils utilisent les drones aux États-Unis. Pas besoin de pilotes suicidaires...

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 juillet 2020 08 h 57

      Bonjour, monsieur Serge Lamarche, et merci pour votre réponse à Cyril Dionne qui aime tout mélanger. Nous avons retenu la patronne de Huawei à la demande erratique de Trump. Les spécialistes de la justice canadienne, incluant l'honorable Louise Arbour, pensent que l'on n’a pas besoin de se mettre à genoux devant les États-Unis pour faire plaisir à leur président farfelu. On pourrait agir dans notre propre intérêt comme un pays indépendant des caprices de notre voisin.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 juillet 2020 10 h 18

      M. Lamarche, nous sommes en pleine guerre économique avec la Chine. Elle cherche à tout dominer et elle a parvenu jusqu'à un certain point en volant littéralement la technologie occidentale. En fait, c’est une invasion économique qu’elle pratique sur tous les pays pour les asservir. Meng Wanzhou est l'iceberg que l'ont voit, mais il y a bien plus. SVP, ne pas inclure les vengeances personnelles de George W. Bush avec se guerres en Iraq et Afghanistan.

      Ceci dit, Mme Wanzhou devrait être en prison en attendant la décision de la Cour comme les deux Michael. Mais vu qu’elle fait partie de l’aristocratie néolibéraliste du parti communiste et que sa famille entretient des liens très serrés avec Xi Jinping, on la traite avec une cuillère d’argent. Elle est coupable d’espionnage économique en communiquant des secrets industriels. Et la loi canadienne est très claire là-dessus : 19. Commet une infraction quiconque, frauduleusement et sans apparence de droit, sur l’ordre d’une entité économique étrangère, en collaboration avec elle ou pour son profit et au détriment des intérêts économiques canadiens, des relations internationales ou de la défense ou de la sécurité nationales. Ceci encourt une peine de prison jusqu’à 10 ans.

      La loi américaine l’est aussi : 18. Quiconque, ayant l'intention ou sachant que l'infraction bénéficiera sciemment à un gouvernement étranger, à un instrument étranger ou à un agent étranger, vole, ou sans autorisation, s'approprie, emporte, emporte ou dissimule, ou par fraude, artifice ou tromperie obtient un secret commercial. Ceci encourt une peine de prison jusqu’à 15 ans.

  • Serge Lamarche - Abonné 30 juin 2020 04 h 25

    Facile

    «Le gouvernement chinois ne respecte ni loi ni morale. Il ignore la notion d’État de droit.» dit Michel Lebel.
    Ben c'est facile de faire des déclarations comme ça. Justin voulait que SNC-Lavallin évite la cours il n'y a pas longtemps. Mrs Meng a été arrêtée arbitrairement sur la foi d'une interdiction arbitraire des États-Unis de faire commerce avec l'Iran. Une interdiction que nous n'avons pas à accepter. Ces deux se sont bombardés récemment et ont descendus un avion plein d'iraniens-canadiens innocents.
    Pendant ce temps, les États-Unis font gros commerce et appuient l'Arabie Saoudite, un état devenu meurtrier.
    Si on veut que les guerres finissent un jour, il faut cesser de jouer le jeu des guerriers.

  • Françoise Labelle - Abonnée 30 juin 2020 07 h 09

    Est-ce une question de droit?

    Je ne comprends pas la décision de la Cour suprême colombienne.
    Les avocats de Mme Meng soulignent que le fond du problème porte sur les sanctions économiques américaines contre l'Iran alors que le Canada n'impose pas de sanctions contre ce pays. La juge en chef Heather Holmes écrit dans son jugement que «la tentative de contourner les sanctions n'était que le contexte pour la fraude présumée». Ça me semble irréel.
    La juge en chef ajoute que les sanctions économiques contre l'Iran ne sont pas «fondamentalement contraires aux valeurs canadiennes comme l'esclavage l'était». Selon Mme la juge, l'imposition unilatérale des sanctions américaines au reste du monde, qui poursuit la voie de la négociation, fait partie des valeurs canadiennes. C'est irréel et politique.

    Que Mme Meng soit détenue dans sa luxueuse maison me semble peu pertinent. Le contraste avec les conditions des otages canadiens choisis au hasard reflète l'importance de Mme Meng. Mais on peut dire que les chinois sont des pas fins.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 juin 2020 07 h 38

    Je reconnais bien là M. Michel Lebel

    La grande erreur serait de céder.

    Les deux Michael ont pris des risques en faisant des affaires en Chine ; voilà ce que cela peut coûter que de faire confiance à un régime dictatorial. À l'avenir, les Canadiens qui estiment pouvoir subir un sort comparable à celui des Michael éviteront la Chine comme la peste.

    La Chine n'aurait pas osé faire cela à une puissance comme les États-Unis, mais le Canada est trop faible. Si j'étais à la place de Trudeau, je lancerais un ultimatum à Xi : ou tu libères les Michael ou j'interdis le réseau G5 chinois au Canada.

    Et si, en partant, Trudeau rendait un peu plus difficile le séjour de Mme Meng au Canada. C'est le paradis pour elle.

    • Michel Lebel - Abonné 30 juin 2020 14 h 14

      @ Sylvio Le Blanc,

      Je veux seulement souligner que ma courte réflexion se limitait à l'aspect humanitaire des détentions des deux Michael et de Mme Meng. Je sais fort bien qu'il y a d'autres considérations possibles à avoir dans toute cette affaire. Mais j'estime que cette dernière a assez duré et une issue honorable est requise. La raison d'État doit céder la place à la liberté des personnes; voilà un dilemme politique et moral pour tout chef de gouvernement. La grandeur d'âme et le courage ont cependant toujours leur place en politique. Peut-être plus que jamais en ces temps bien sombres.

      M.L.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 1 juillet 2020 15 h 58

      "Et si, en partant, Trudeau rendait un peu plus difficile le séjour de Mme Meng au Canada. C'est le paradis pour elle." - Sylvio Le blanc

      Monsieur Le Blanc, le gouvernement fédéral n'a rien à gagner en s'acharnant sur la personne d'un individu qui, est-il besoin de le rappeler, n'est accusé d'aucun crime en sol canadien.

      Les Chinois en ont vu bien d'autres. Si Justin Trudeau veut faire le "tough" en privant Madame Meng de bonbons et de chocolat, il est fort peu probable cette nouvelle attitude sera de nature à les impressionner.

  • Hélène Lecours - Abonnée 30 juin 2020 08 h 25

    Ils n'osent pas

    À mon sens, ce que le gouvernement canadien et probablement d'autres avec lui, n'ose pas faire, c'est de contrôler à la baisse tout ce commerce insensé avec la Chine. L'argent est le nerf de la guerre et il tend à se concentrer dans ce pays totalitaire...qui sait très bien s'en servir. Tout cela semble se passer au-dessus de la tête du commerce et des échanges commerciaux, voilà pourquoi cela dure si longtemps. On se drape dans le beaux principes qui n'ont rien à voir avec la réalité sous-jacente (le cochon canadien entre autres). Et pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit en ce qui concerne Huawei et madame Meng, n'est-ce pas?