«Madame la Marquise…»

La satisfaction historique à l’endroit du gouvernement du Québec, exprimée dans le récent sondage, n’est pas étonnante dans la mesure où les actions de relations publiques gouvernementales ont été largement avalisées par les partis d’opposition et par la presse. Et ce, dans le contexte de la crise la plus meurtrière de l’histoire du Québec.

On a peu mentionné ces milliers de personnes âgées qui ont été expédiées de façon « préventive » dans les CHSLD. Qui était là pour dénoncer ces employés se déplaçant d’un centre à l’autre et l’insuffisance des mesures de protection ? Qui a examiné les effets concrets des reports des chirurgies « électives » ? Qui s’est inquiété et a dénoncé l’interdiction des visites aux aidants naturels — y compris les mandataires des personnes démunies ?

J’ai été témoin d’une situation où une amie a dû laisser à la porte de l’hôpital son conjoint mourant. Dans un autre cas, un malade fut hospitalisé, se retrouvant seul à l’hôpital pendant quelques semaines avec interdiction de visite, puis transféré plus tard dans un CHSLD où toute visite fut également interdite. Et comme un appareil limitait ses communications, les échanges téléphoniques étaient presque impossibles. Finalement, il a demandé l’aide médicale à mourir, ce qui lui a permis de retourner à la maison et de revoir les siens avant de partir.

[…] Ces situations inhumaines furent-elles seulement le fait de deux individus ? Et tous ces cas de privation de la liberté la plus élémentaire, comme celle de circuler, d’être en contact avec les siens, se sont produits quotidiennement, touchant un nombre élevé de concitoyens.

Dans le concert consensuel qui n’est pas sans rappeler la Grande Noirceur, la seule exception semble avoir été la presse anglophone. Le premier ministre ne s’est pas trompé en attaquant une des rares voix critiques de la situation. « Au pays de Québec », comme l’avait dénommé Louis Hémon, le journalisme d’enquête semble disparu.

Depuis quelques mois, un peuple chantonne à satiété le vieux refrain Tout va très bien, Madame la Marquise. Quelle tristesse ! Quel sondage révélera la détresse de dizaines de milliers de nos concitoyens ?

 
3 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 26 juin 2020 07 h 10

    Bien dit.


    En somme, une autre version du confort et de l'indifférence...

  • Michel Lebel - Abonné 26 juin 2020 10 h 48

    La lumière...

    Différentes enquêtes à venir devraient faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé durant la crise du covid-19. Il faudra faire la plus grande lumière possible. Ça ne s'annonce pas très joli. Et de grâce pas de firmes de relations publiques pour mettre certaines choses sous le boisseau. À surveiller donc de très près.

    M.L.

  • Cyril Dionne - Abonné 26 juin 2020 16 h 56

    Nous ne sommes pas sortis du bois

    Nous sommes à l’entracte de la 1ère période en ce qui concerne le coronavirus. La 2e période va débuter cet automne et quel prophète (de malheur?) peut prédire quelle sera l’ampleur et le degré de contagion de notre cher virus de 157 nanomètres de diamètre. Il faudrait se rappeler, surtout pour les gens de Montréal qui font fi des mesures sanitaires, chutes de Rawdon obligent, que moins de 4% de la population québécoise a été touchée par ce virus. L’autre 96% et plus est vulnérable à celui-ci, surtout s’il se métamorphose en une version ou souche plus virulente suite à ou des mutations avec un R0 augmenté ou plus grand que deux. Il y a eu déjà plus de 100 mutations de ce virus. Imaginez pour un instant si celui allait se s’accoupler avec un virus de la grippe saisonnière, notre chère entité vivante à mono-hélice ARN.

    En passant, selon la dernière étude, il semble que l’immunité proscrite à ceux qui ont été contaminés est de seulement 8 semaines en moyenne. Alors, oubliez l’immunité collective. Ajoutez à cela que la plupart des spécialistes s’entendent pour dire qu’il n’y aura pas de vaccin miracle, disons poliment que nous ne sommes pas sortis du bois.