Le monde n’est qu’un discours

La gauche postmoderne s’est trouvé un nouveau dada : les statues, les noms de rue et d’équipes sportives. La révolution est en marche !

Depuis le changement de dénomination de la rue Amherst, le nombre d’itinérants autochtones a diminué en flèche à Montréal. La disparition du nom Redman rattaché aux équipes sportives de McGill a fait exploser le nombre de postulants issus des Premières Nations à la vénérable université.

Imaginez si l’on retirait la statue de son fondateur ? Il s’agissait d’y penser, il faut changer le discours, réécrire l’intrigue du roman de l’humanité. Tout n’est que symbolique, tout n’est que discours.

À quoi bon changer les structures du monde, modifier le partage des richesses, l’accès à l’éducation et à la santé ou le système des réserves ! Et ce faisant, vous passerez pour un esprit ouvert, inclusif, décomplexé. Beau profit symbolique !

6 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 22 juin 2020 08 h 25

    La révolution, la seule qu'il faut au Québec

    C'est d'acquérir sa liberté, après on pourra révolutionné les façons de faire en collaboration avec ceux qui étaient en place avant qu'on arrive. Dans le Canada, tu ne décide pas tu subis car tu es soumis au colonialisme canadien même si le PM se dit post-national.

  • Patrice Soucy - Abonné 22 juin 2020 09 h 32

    Pas demain la veille

    Les actions concrètes sont difficiles, d’abord puisqu’il faut réfléchir, ensuite et surtout parce que l’on doit se heurter à une multitude de problèmes pratiques. Le symbole permet aisément d’imposer à l’autre et d’humilier, l’exercice du pouvoir et sa gratification immédiate. Pardonnable quand il s’agit d’une foule en colère réclamant justice. Méprisable pour un individu qui a tout le loisir de travailler à de véritables solutions. Ce que j’ai lu de mieux ces jours-ci vient de Jean-François Lisée, paru dans le Devoir sous le titre « Les déconvenues d’un anti-raciste ». Certaines des mesures proposées sont discutables mais l’ensemble a du mérite et vaut le coup d’oeil. Ce qui m’as le plus déçu vient de Manon Massé de Québec Solidaire dans une entrevue avec Patrice Roy à Radio-Canada. L’intervieweur se donne la peine dès le départ d’écarter la querelle de mot, le « systémique » ou pas, mais rien n’y fait. Il n’obtient que de vagues platitudes couronnée du sourire méprisant du fanatique pour le non-croyant avec une série de « racisme systémique » prononcé d’un air triomphant. Miséricorde! Ce n’est pas demain la veille qu’un noir va pouvoir sans difficultés se louer un appart à Montréal!

  • Cyril Dionne - Abonné 22 juin 2020 09 h 34

    Bien dit M. Harvey

    Tout est dit dans cette lettre. Les changements artificiels pour bien paraître semble être le dada de la nouvelle gauche plurielle, multiculturaliste, anglo-saxonne et tonitruante. Ce qui est plus comique dans tout cela, ces initiatives nous parviennent de jeunes privilégiés qui ne souffrent aucunement de ces phénomènes socioéconomiques pour arriver à des solutions plus que simplistes, éphémères et vides. C’est toujours plus facile de détruire que de construire pour nos rebelles sans cause.

    Comme le note si bien M. Harvey, le nombre de miséreux ne diminuera pas et les classes pauvres en seront toujours au même point. Mais pardieu que nos révolutionnaires en herbe se donneront une bonne conscience tout en sachant qu’ils n’ont accompli aucun sacrifice personnel. Est-ce qu’ils donneraient leur place privilégiée à ceux qui sont moins nantis? Bien sûr que non. Les sacrifices et les efforts doivent toujours venir d’ailleurs. Et plus tard, ils seront les mêmes qui exploiteront les autres une fois leur élan révolutionnaire de salon passé.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 22 juin 2020 09 h 59

    Question d'angle et d'histoire

    Deboulonner des statues, c'est voir les personnages avec les critères d'aujourd'hui de la rectitude politique, et non pas situer ces statues représentants des personnages historique en rapport avec la vision qu'on en avait à l'époque ou ils ont accompli leurs actions.

    Aussi, changer la toponymie ou enlever le nom d'un trophé comme les Jutra, c'est ne pas faire de séparation entre la vie privée et la valeur artistique d'un grand cinéaste comme Claude Jutra. Si M, Jutra avait des comportements répréhensibles, ça aurait été à la justice de le sanctionner selon les lois en vigueur, et non à toute la société d'effacer la mémoire de son oeuvre artistique.

    Ces 'gauchistes' (?) post modernes qui veulent empêcher des universitaires de donner des conférences juste parce qu'ils ne sont pas d'accord avec leur propos, qui veulent empêcher des livres d'être publiés ou lus comme au temps de l'Eglise qui mettait des livres à l'index ne sont pas vraiment de gauche.

    Ce sont de nouveuaux curés censeurs et liberticides, alors que le projet historique de la gauche a toujours porteur d'une revendication d'émancipation.

  • Jacques de Guise - Abonné 22 juin 2020 10 h 30

    Faut pas tout mêler

    L’apport inestimable du postmodernisme est de nous avoir fait prendre conscience que nous n’avons jamais un accès direct à ce que nous appelons la réalité matérielle et surtout sociale, car nous nous saisissons toujours de la réalité par notre langage et à travers notre langage. Le postmodernisme ne nie pas la réalité, il nous fait réfléchir sur l’immense pouvoir qu’exerce sur nous le langage sur la façon dont il canalise, souvent à notre insu, notre regard sur le monde. Ainsi le langage que nous tenons a des effets sur le réel, on ne nie pas le réel.

    Le langage sert de matrice à notre façon de penser. Chacun possède un lexique mental unique, un univers de sens et de croyances – très souvent en dessous du seuil de conscience – qui informe son action sur le monde.

    Le postmodernisme s’attaque surtout à ce qu’on appelle de façon fallacieuse « la science », laquelle prétend qu’il y a une seule vérité objective en progrès et qu’elle est uniquement le produit de professionnels et d’institutions spécialisées, et qu’elle n’appartient donc pas à la conscience commune, laquelle ne peut y prendre part qu’en se vidant de tout vécu singulier.

    Ainsi l’effort d’objectivité de « la science » se confond avec l’anéantissement de la présence des sujets vivants. Cette exigence d’objectivité abstraite implique la neutralisation des différences subjectives réelles. Pourtant le postmodernisme nous dit tout simplement que l’objectivité n’est pas une qualité magique ou théorique, c’est une qualité de notre pratique. C’est nous qui objectivons et nous n’avons pas besoin de jargons abscons pour le faire.