Nos identités

L’indignation causée par la mort abjecte de George Floyd aux États-Unis trouve résonnance dans plusieurs communautés noires au Canada. À chaque fois que de telles inepties surviennent, il m’est toujours difficile d’en appréhender la symbolique qui, pourtant, en émane inéluctablement.

Dans ce confluent qu’est l’existence humaine, chaque être mérite cette dignité de pouvoir se définir comme il ou elle l’entend, avec sa complexité, ses rouages, ses incohérences et ses structures discursives qui façonnent son identité. Le vivant se construit dans une extraversion perpétuelle, et une dimension majeure de cette extraversion réside dans l’expérience de l’altérité.

Cette violence que nous subissons à chaque nouvelle tragédie, c’est ce retour inexorable, cette chute qui nous ramène inlassablement à notre unique condition noire. Ce que Frantz Fanon décrivait comme un fatalisme latent, celui du schéma épidermique duquel on ne peut se soustraire ; cette couleur qui nous colle à la peau et qui nous enlève toute possibilité de nous émanciper. Aussi complets pouvons-nous être en tant qu’humain, citoyen, père, mère ou encore artiste, il y aura toujours ces moments, trop nombreux malheureusement, qui viendront déshumaniser nos corps pour les réduire à une expression simpliste, essentialiste, réductrice, mais ô combien persistante. Notre humanité y est subjuguée, démantelée, niée, négligée sous l’unique prisme épidermique. C’est une spoliation pure et simple de nos identités, une usurpation de nos expériences consenties pour y substituer un canevas de violence sur lequel nous n’avons aucun pouvoir. C’est une condamnation à perpétuité.

Que cette symbolique et ces violences cessent.