Réformes ou révolution?

On parle beaucoup des grands changements qu’il faudra faire après le passage de la COVID-19. Sur le plan local, on voudrait réformer les CHSLD, le système de santé, l’éducation, l’agriculture, les services publics, etc. Certains voient même une occasion de dépolluer l’atmosphère : si on a fourni un effort colossal et fait preuve d’une discipline exemplaire pour combattre un virus, ici et dans le monde entier, il suffirait de consacrer un effort semblable pour sauver notre planète en danger.

C’est tellement logique qu’on se demande pourquoi ça n’arriverait pas. « It’s the economy, stupid », avait lancé James Carville, conseiller de Bill Clinton, lors de l’élection de 1992, alors que Bush père faisait campagne sur ses réalisations sur le plan international. Et Clinton a gagné. En 2016, Trump a repris le même argument contre Hillary Clinton, et il a gagné lui aussi. Pour gagner une élection ou faire passer un projet désastreux pour l’environnement, il suffit de convaincre les gens qu’ils auront plus d’argent dans leurs poches.

Comment faire échec à la toute-puissance de l’argent ? Comment raisonner les compagnies nationales, multinationales et transnationales dont les actionnaires ne pensent qu’au rendement maximal de leur investissement ? La sénatrice Julie Miville-Dechêne nous révèle qu’avant la pandémie, « au moins 25 millions d’adultes et d’enfants étaient déjà victimes de travail forcé » et que « cet esclavage moderne risque d’augmenter » quand le virus sera passé ; ça donne froid dans le dos et on se demande comment l’avenir de notre petite planète menacée pourra toucher les exploiteurs ?

Dans son magnifique ouvrage La transition, c’est maintenant, Laure Waridel indique les voies à suivre pour sauver notre planète en danger. Elle cite de nombreux exemples de gouvernements et d’entreprises qui, à l’intérieur du capitalisme, font avancer la cause écologique. Mais nous voici dans la réalité de la relance économique au Québec et du projet de loi 61 que le gouvernement Legault veut faire adopter à toute vitesse. Ce projet de loi contient plusieurs mesures qui font fi de l’écologie. Même le ministre de l’Environnement est prêt à faire des concessions ! Il y a péril en la demeure.

Trois grands projets antiécologiques menacent le Québec : le projet Royalmount à Mont-Royal, sur l’île de Montréal, le projet GNL Québec au Saguenay et le troisième lien entre Québec et la Rive Sud. On verra bientôt de quel bois nos « bons » gouvernements se chauffent. Mais il se peut qu’ils répondent ceci à tous ceux qui voudraient sauver notre maison en feu : « It’s the economy, stupid. »

Tous les « stupides » de la Terre pourront-ils compter sur les réformes prévues qui risquent de ne pas arriver ? Devront-ils faire la révolution en espérant qu’elle soit pacifique ? La question est ouverte.


 
5 commentaires
  • François Tanguay - Abonné 10 juin 2020 07 h 44

    Ô COVID Salvatrice!

    Vous avez tellement raison. J'ai lu ce projet de loi et je n'ai pas vu l'expression Virage vert une seule fois. L'Urgence liée au virus,
    tout bien fondée qu'elle soit, laisse dans le fossé toutes les urgences liées à l'avenir du point de vue du durable.
    On va coulé du béton, pousser de la terre, monter des charpentes d'acier et oublier le reste. J'ai passé pratiquement 50 ans
    à me battre pour la protection de l'environnement et, comme plusieurs autres, je trouve cette hâte de rapartir les
    chantiers n'aura qu'un effet durable: remplir les routes toutes neuves qui vont droit aux centre-commerciaux. Triste, bien triste.

  • François Beaulé - Inscrit 10 juin 2020 08 h 20

    Rêve et réalité

    Je vous félicite, M. Marsolais, pour votre texte pertinent, bien écrit, aussi sobre que lourd de sens.

    Au cours des derniers mois, la gauche multicolore a fait des efforts d'imagination pour faire croire que notre ennemi microscopique allait apporter de l'eau à leur moulin. Gauchistes et écolos vont se heurter bientôt à la réalité du capitalisme omnipuissant et ça ne va pas bien aller, ça va faire mal !

    La révolution reste à faire et le coronavirus n'y aura rien changé.

  • Michel Lebel - Abonné 10 juin 2020 08 h 31

    Pauvre environnement!

    Rien de bien neuf; le gouvernement Legault est celui des entrepreneurs. Ce qui importe,ce sont les jobs à $50,000, dixit le premier ministre! L'environnement est donc le cadet de ses soucis. Il faut surveiller de près ce gouvernement. Tôt ou tard, sa lune de miel avec la population se terminera. Ainsi va la politique, le succès y étant toujours éphèmère.

    M.L.

  • Gilbert Troutet - Abonné 10 juin 2020 11 h 50

    Excellent texte

    Merci, Monsieur Marsolais, pour cet excellent texte. Comment, en effet, « faire échec à la toute-puissance de l’argent ? Comment raisonner les compagnies nationales, multinationales et transnationales dont les actionnaires ne pensent qu’au rendement maximal de leur investissement ? » De plus, avec nos fonds communs de placements, nous devenons complices de ce « développement » basé sur le retour à la croissance, qui n'a rien à voir avec le progrès. De quoi s'inquiéter, en effet, quand on voit le gouvernement Legault s'inspirer de la ralance économique à la Donald Trump.

  • Paul Gagnon - Inscrit 10 juin 2020 15 h 06

    « It’s the economy, stupid »

    Bon, d'accord, mais on la remplace par quoi? Comment?
    Sérieusement.
    On a mis la dite économie sur pause pendant 3 mois et nous en avons pour des mois sinon des années à s'en remettre, surtout pour les plus pauvres i.e. ceux qui ne sont pas subventionnés par l'État, contrairement à Laure Waridel et à ses amis.