Sauver le patrimoine

La semaine dernière, la vérificatrice générale (VG) du Québec dressait le bilan dévastateur du Québec en matière de préservation de son patrimoine immobilier. J’ai entendu Mme Leclerc se désoler du manque de vision, de stratégie et de suivi du ministère de la Culture et des Communications. Je l’ai écoutée souligner que l’État n’arrive même pas à agir de manière exemplaire avec ses propres immeubles patrimoniaux, comme l’exige pourtant la Loi, et s’étonner de sa négligence. J’ai alors repensé aux milliers de cris d’alarme, aux centaines de consultations, aux innombrables mémoires rédigés par les défenseurs du patrimoine québécois et à toutes les recommandations répétées, depuis quarante ans, à un ministère devenu sourd.

La vérificatrice recommande que le ministère prépare et diffuse une « stratégie d’intervention en matière de sauvegarde et de valorisation du patrimoine immobilier qui devra contenir minimalement une vision claire, les résultats à atteindre ainsi que les acteurs responsables ». Depuis le formidable livre vert de Jean-Paul L’Allier, en 1975, au moins quatre projets de politique du patrimoine ont été élaborés au ministère, sans jamais aboutir. Il faut souhaiter que cette fois-ci soit la bonne, puisque le ministère aura, enfin, des comptes à rendre.

Les huit autres recommandations de la VG vont dans le sens réclamé par tous les experts depuis 45 ans : amélioration des connaissances, sensibilisation de la population, soutien aux municipalités, diligence, rigueur, exemplarité de l’État… La table est mise depuis très longtemps. Mais, cette fois-ci, le ministère de la Culture va peut-être bouger, se rééquiper d’experts, jouer le rôle qu’on attend de lui et rendre aux Québécois la fierté du pays, de ses paysages et de son patrimoine. C’est mon vœu le plus cher.


 
3 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 9 juin 2020 10 h 08

    On ne protège même pas notre langue...complètement en déclin alors imaginez...
    Bonne chance..

  • Michel Lebel - Abonné 9 juin 2020 10 h 09

    Un changement?

    Dans les années soixante, un Jean Lesage avait qualifié avec un certain mépris le nouveau ministère des Affaires culturelles, de ''bébelle à Lapalme''( du nom de Georges-Émile Lapalme, ministre en titre). Les choses ont-elles depuis réellement changé au Québec quant à la culture et à la défense du patrimoine? Le devise du Quebec serait-elle devenue: ''Je ne me souviens pas''? Mais quel avenir peut-il y avoir pour un peuple sans mémoire et donc sans racines?

    M.L.

  • Pierre Vagneux - Abonné 9 juin 2020 21 h 26

    relire la déclaration de Deschambault de 1982


    tant et aussi longtemps que le patrimoine sera géré par le politique et les élus, on aura ce que l'on a.

    Or le patrimoine appartient , définit la société civuile. Il faut que les structures, centres décisionnels et les acteurs impliquent au premier lieu les citoyens. Ils ont des idées, ils déposent comme le mentionne si bien Pierre Lahaoud mémoire après mémoire lors de consultations , mais on ne les écoute ou on ne les entend pas. Assez c'est assez Nous envoyons nos impôts religieusement aux gouvernments pour veiller à notre patrimoine....Les citoyens doivent être partie prenante.