Cachez ce français!

Lors de la manifestation antiracisme tenue à Montréal le dimanche 31 mai dernier, en lien avec la mort de l’Afro-Américain George Floyd, à peu près toutes les pancartes et affiches étaient libellées en anglais. Et dimanche dernier, le 7 juin, rebelote…

Il y avait dans ce geste à tout le moins une indifférence blessante pour les francophones québécois, pourtant dans la ligne de mire des protestataires, mais nos éternels bonententistes ont feint de ne pas noter cette forme de rejet, ouvertement « affiché » celui-là…

Idem quand des attroupements se sont pointés à la porte du théâtre où la pièce de Robert Lepage, SLĀV, en français, allait être présentée : placards et hurlements « in English only ».

Cette occultation de la langue officielle du Québec, dont on peut craindre qu’elle ne devienne la norme sur la place publique dans la conurbation montréalaise, n’augure rien de bon pour la suite des choses. Notre détermination à préserver le caractère français de la société québécoise est perçue comme un refus du multiculturalisme érigé en dogme depuis Ottawa, donc comme une hérésie à combattre.

On aurait beau s’aplatir et se laisser dissoudre dans l’anglosphère, il se trouvera toujours quelques nez fins, dans le ROC notamment, pour détecter l’odeur de « swompe » qui émane de la mare québécoise…


 
23 commentaires
  • Jacques Dupé - Inscrit 9 juin 2020 04 h 19

    Honnis soit qui mal y pense ?

    C’est pareil en France, les pancartes sont en anglais. Pourquoi ? Parce qu’il est de bon ton de s’exprimer en anglais, et que le français fait « plouc » ! C’est bien plus que regrettable ! Honnis soit qui mal y pense ?

    • Bernard LEIFFET - Abonné 9 juin 2020 07 h 46

      Une nuance importante : je suis Français et Québécois (canadien si vous préferez) . De temps en temps on voyez aussi des pancartes annonçant la venue d'un cirque dans des vitrines. Et puis, voilà que des marchands français ont voyagé et, pas plus dingues que les autres, ont rajouté quelques mots bien simples et courts en anglais pour attirer les clients étrangers. Il faut dire que la France est le pays le plus visité au monde! Enfin, en bon français, une pancarte ne s'exprime pas, le langage lui permet de s'exprimer! Alors là, tout change car ces fameux français baragouinent mal l'Anglais ! Quant au plouc, amusez-vous!
      Bernard Leiffet

  • Claude Bariteau - Abonné 9 juin 2020 06 h 58

    Pour plusieurs personnes actives au Québec, leurs référents sont le Canada, deux langues officielles et la Charte canadienne des droits et libertés. Si elles y œuvrent, elles ne partagent pas l’idée que la langue française soit la seule langue officielle du Québec.

    Elles le disent ouvertement, surtout dans le Grand Montréal, en recourant à langue anglaise et deviennent promotrices au Québec du bilinguisme institutionnel canadien, aussi des droits individuels reconnus au Canada qu’elles font valoir collectivement.

    Est-ce anormal ? Pas du tout. Est-ce contraire à l’officialisation de la langue française au Québec ? Non.

    Objectivement, le Canada a rendu le bilinguisme officiel en 1982 sans autre règle que le droit au recours à l’une des deux langues officielles s’il y a un nombre suffisant de personnes. C’est vrai pour l’octroi des services, encore plus lorsqu’il s’agit de manifestations dans l’espace publique.

    Le Canada est un État indépendant et le Québec une province de cet État qui ne dispose pas des pouvoirs régaliens, dont ceux en matière de langue. Si des dirigeants politiques ont voté des lois au Québec faisant du français la langue officielle, celles-ci furent hachurées avant que le Canada ne rende officiel le bilinguisme.

    Seul devenu un État indépendant, le Québec pourra faire valoir la langue française comme langue officielle sans interdire, dans l’espace privé et publique, l’usage d’autres langues par ses citoyens et citoyennes. C’est la base.

    Ce qui vous étonne ne m’étonne pas. M’étonne par contre que le peuple québécois refuse de se doter d’un État indépendant pour assurer son essor économique, social, culturel et politique tant au Québec qu’à l’échelle internationale tout en proclamant la langue française celle des institutions de l’État et des services.

  • Michel Leduc - Abonné 9 juin 2020 07 h 47

    Le Québec de demain.

    Sans la souveraineté, le Québec de demain sera à l'image du grand Montréal: une province anglaise avec des îlots francophones car le bilinguisme est un leurre. Le Canada gagne du terrain et grignote le pouvoir de la loi 101 au Québec. La nécessité de parler anglais au Québec gagne du terrain et le gouvermement regarde passer le train de l'anglais comme expression indispensable de la modernité. Le gouvernement se dit nationaliste: un leurre car jusqu'à maintnenant car l'urgence sanitaire l'emporte sur tout le reste. C'est beau le "panier bleu" mais cela ne remplace pas une affirmation culturelle et linguistique indispensable pour remplacer l'anglais "systémique".

  • Robert Morin - Abonné 9 juin 2020 08 h 00

    Mépris «systémique» du français?

    Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse présentée dans votre texte, et je suis même très inquiet du fait que cette attitude de mépris évident à l'égard de notre langue et de notre culture passent sous autant de silence, comme si la chose était devenue parfaitement normale. Et c'est d'autant plus inacceptable que ces manifestants disent être là pour dénoncer le racisme, la discrimination, autrement dit la soumission de minorités fragiles et menacées. Mais n'est-ce pas le cas de la langue et de la culture française au Québec, noyée dans un océan anglo? Pourquoi donc autant d'insensibilité au français, sinon parce que la majorité des manifestants sont dorénavant assimilés à tout ce qui provient du monde anglosaxon, et notamment des géants du numérique qui tirent toutes les ficelles. Pourtant, je suis convaincu que bon nombre de ces manifestants sont de grands revendicateurs de la protection de la biodiversité. Alors, comment se fait-il qu'ils ne se rendent pas compte que dans le cas de la protection de la diversité culturelle, les enjeux et les dangers associés à l'envahissement par la monoculture anglophone sont exactement les mêmes?

    • Bernard Dupuis - Abonné 9 juin 2020 11 h 15

      Les personnes racisées et le nationalisme canadien.

      Dans ce paragraphe, vous faites ressortir deux contradictions évidentes reliées à l’idéologie canadianiste embrassée par la grande majorité des personnes racisées au Québec. Vous mettez en évidence le fait qu’une manifestation pour dénoncer le « racisme systémique » est elle-même discriminatoire sur le plan linguistique. De plus, des manifestants qui valorisent la biodiversité, mais qui ne respectent pas la diversité culturelle que représente le Québec.

      Les manifestations se répètent, mais le français demeure invisible la plupart du temps. Cela signifie que le français est considéré comme une langue canadienne, mais inférieure même dans la deuxième ville francophone du monde dont la langue officielle est le français. Pourquoi occultent-ils « systématiquement » le fait français?

      Certains diront que les manifestants donnent comme excuse que les médias du monde parleront de leur manifestation si elle se déroule en anglais. Pourtant, pourquoi n’en parlerait-on pas si le français était présent?

      D’autres diront que la majorité des personnes racisées proviennent des États-Unis et par conséquent leur première langue est l’anglais. De plus, ils voient tous les jours le premier ministre massacrer la langue française à la télévision. De là à conclure qu’au Canada, la langue française est inférieure, il n’y a qu’un pas.

      Il faut dire que cette infériorisation du français, et par extension des Québécois, est une des pires conséquences du fait que les canadianistes ont remporté le référendum de 1995. Ces derniers sont tentés de passer du côté des anglophones. Ils chantent en anglais, font du cinéma en anglais parce qu’ils croient qu’il faut passer à autre chose que la défense du français. Le Québec d’aujourd’hui fait beaucoup penser au Québec de mon enfance dans les années cinquante. À l’époque c’était le « joual » aujourd’hui c’est le « franglais whatever ». L’affichage était monolingue anglais et pas seulement da

    • Bernard Dupuis - Abonné 9 juin 2020 11 h 18

      Les personnes racisées... (suite et fin)

      À l’époque c’était le « joual » aujourd’hui c’est le « franglais whatever ». L’affichage était monolingue anglais et pas seulement dans la rue.

      Par contre, si l’histoire se répète, la prochaine génération devrait régénérer le respect autant de la langue française que de la société québécoise comme nous l'avons fait dans les années soixante.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 9 juin 2020 08 h 10

    Pour consommation extérieure

    Lors des manifestations en Tunisie et en Algérie pour la chute du regime et des dictateurs en place, beaucoup de pancartes étaient en français. Le slogan des Tunisiens 'Dégage" était en français et était destiné à l'opinion publique internationale européenne francophone, parce que la France était le pays qui avait historiquement colonisé la Tunisie et l'Algérie. Dans les présentes manifs au Québec, ces pancartes sont destinées aux américains pour leur indiquer qu'il y a des québécois qui sont solidaires de leur mouvement anti-raciste.

    Il est vrai qu'un grand nombre d'immigrants à Montréal préfèrent la langue anglaise, mais cela est aussi du a l'absence et au mauvais enseignement de l'Histoire du Québec dans nos écoles, quelque soit l'origine des élèves. Des mesures énergiques pour rétablir le français à Montréal sont nécessaires.