Le problème de la proximité entre science et politique

La pandémie de COVID-19 agit comme un révélateur d’asymétries, de privilèges et d’injustices. Elle met aussi en exergue les modalités de sa gestion par les autorités gouvernementales et sanitaires. De nombreuses personnes semblent satisfaites des décisions prises par le trio McCann, Arruda et Legault, alors que d’autres expriment des doutes relativement à la proximité du directeur national de santé publique avec le pouvoir.

Si les modalités de la gestion sociopolitique préoccupent autant ces jours-ci, c’est que la proximité du scientifique et du politique apparaît comme une menace à l’adhésion de la population aux décisions du gouvernement. Pour plusieurs personnes, le nécessaire devrait être fait pour établir une démarcation claire entre le travail mené par la direction de la santé publique et par le premier ministre, notamment en réintroduisant l’expertise dans le « silo » qui lui est propre, celui de la science. L’idée est, d’une part, d’éviter d’entacher l’interprétation scientifique de la situation et, d’autre part, de faire en sorte que la confiance de la population repose sur une compréhension de la science et du politique comme mutuellement exclusifs.

Or, tirer sur les fils de l’écheveau pour démêler la science et le politique dans le cadre de la gestion de cette pandémie est inutile : l’expertise de la direction de la santé publique est un plein constituant de l’action politique. Elle est affectée par des contraintes techno-scientifiques, matérielles, sociopolitiques, économiques, légales et réglementaires. Elle s’effectue dans une itération d’échanges discursifs avec le premier ministre et son équipe, et non pas de façon linéaire et causale du scientifique vers le politique (d’ailleurs, le Dr Arruda est aussi sous-ministre adjoint à la Direction générale de la santé publique). Autrement dit, le « silo » dans lequel d’aucuns tentent de ramener le travail de la direction de la santé publique n’existe pas : il est une vue de l’esprit.

Ce qui précède n’empêche pas qu’il faille continuer de s’intéresser aux modalités de la gestion de la crise sanitaire actuelle. En effet, les décisions prises par la cellule de crise dont fait partie le Dr Arruda s’arriment à une vision du monde parmi d’autres possibles. Ce qui est au cœur des préoccupations actuelles, ce sont les conflits de visions, les logiques argumentatives, les mesures de déconfinement et la reconduite des injustices sociales et géographiques. Pour cette raison, la gestion scientificopolitique québécoise de la pandémie est discutable, c’est-à-dire qu’elle mérite d’être scrutée scrupuleusement, étudiée et comparée avec d’autres.

14 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 1 juin 2020 07 h 15

    « Le silo [...] est une vue de l'esprit. » (Les autrices de la lettre)

    Je suis d'accord avec cette lettre. J'aime voir Arruda, McCann et Legault travailler ensemble, pas en silos.

  • Cyril Dionne - Abonné 1 juin 2020 08 h 08

    Misère

    Est-ce que c’est à cause des démarcations fictives entre le politique et la science qu’on retrouve aujourd’hui plus de 1 640 morts par million à Montréal à l’heure de ce commentaire, faisant d’elle, une des pires villes dysfonctionnelles de la planète? Si le Québec était un pays avec ses 546 morts par million, il se placerait au 5e rang mondial des pires endroits affectés par la COVID-19 en proportion de sa population, loin devant les États-Unis que la presse biaisée d’ici se plaît à dénigrer. Enfin, hier, on regardait des émeutes importées des USA et où la distanciation sociale n’existait pas, et ceci, à Montréal. Ce n’est pas avec des petits masques que vous allez arrêtez un virus malicieux et sournois. Avec une police corrompue et raciste, des politiciens qui vivent dans un monde parallèle à Montréal, des minorités qui se sentent toujours lésées et ceci leur donne le droit de faire du saccage et du pillage comme ils l‘entendent, on se demande où se dirige le Québec?

    Voilà le meilleur exemple que le multiculturalisme ne fonctionne pas et que ce n’est que rêve idyllique concocté par des couches sociales riches et à l’abri des intempéries socioéconomiques, Justin Trudeau oblige. Alors, il ne faut pas se demander pourquoi il n’y pas de frontière entre les politiciens et les scientifiques. Au Québec, certains scientifiques font de la politique et les politiciens se transforment en pseudo-scientifiques pour essayez de justifier leurs décisions économiques.

    La tempête épidémiologique parfaite pour cet automne se prépare à Montréal. Et gens de Montréal, restez chez vous.

    • Serge Pelletier - Abonné 1 juin 2020 08 h 59

      Ajouter, M. Dionne, et cela est très important, le commentaire de M. MacArthur sur ce qu'est un bon journaliste : "Cependant, mon point de départ a toujours été que tout gouvernement ment et qu’un bon journaliste a l’obligation d’attaquer de bas en haut, en général contre le pouvoir, et de défendre les petites gens(...)". Ce qui est extrêment rare ici, endroit où c'est pratiquement le contraire et ou la couverture médiatique se rapporte, comme M. MacArthur mentionne: "à ce qu’on appelait « l’évangile » selon le fondateur et rédacteur en chef de la revue. Les rédacteurs adjoints fonctionnaient d’une certaine manière comme les disciples d’un chef d’une secte religieuse, dont les règles n’étaient pas forcément idéologiques, mais quand même rigides (...)".

      Regarder, M. Dionne, la complaisance des journalistes qui couvrent les points de presse du trio Legault-Arruda-McCann... Les commentaires "nouvelles" des médias comme Radio-Canada Ici, les journalistes des médias écris sant dans les mêmes biais: Tous pour la défense des personnages politiques, tous pour la défense des aberrations de ces personnages politiques...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 juin 2020 16 h 00

      Monsieur Dionne, vous n'êtes pas le premier à faire ce calcul fantaisiste. Cela devrait me surprendre de votre part. Si on veut comparer Québec et d'autres juridictions, on peut prendre la Lombardie où. plus près de chez nous les États de New York, du New Jersey, du Massachussets et du Connecticut, qui ont tous des taux de décès par million bien supérieurs aux nôtres.

    • Serge Pelletier - Abonné 1 juin 2020 17 h 07

      Dites M. Desjardins, avez-vous été une fois physiquement dans votre vie à New York City. Cette ville est l'équivalent d'un immense poulailler pour les poulets à la broche (style St-Hubert B-B-Q). À la différence près que ce sont des personnes qui y sont entassées au lieu des petits poulets. Vous constaterez aussi que le "restant" de l'État de New-York ne croule pas sous les infections. La même situation pour les États limitrophes... Où ce sont les "grandes villes", qui sont elles-mêmes des extensions des banlieux de New York City.
      Quand à la Lombardie, y êtes-vous aller? Moi, oui, et même si cela fait plus de quarante années, là, dans les principales villes, c'est l'équivalent du Vieux-Québec intra-murs d'avant les restaurations du début des années 70... ou encore du quartier dit "à la melasse" de MTL (avant sa destruction), ou des cambuses où se trouve actuellement le Plan Dozois... À la différence près que les cambuses datent de plusieurs siècles et y sont généralement en pierres de taille.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 juin 2020 21 h 48

      Si le Massachussets était un pays avec ses 993 morts par million, il se placerait au 1er rang mondial des pires endroits affectés par la COVID-19 en proportion de sa population, loin devant le Québec que certains commentateurs se plaisent à dénigrer.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 juin 2020 06 h 10

      N'avez-vous pas remarqué, cher M. Desjardins, que ce sont tous les états de gauche aux USA qui sont les plus pires vis-à-vis la proportion de population en ce qui en vient à la COVID-19? L’état de New York, du New Jersey, du Massachussetts, du Connecticut et oui, du Rhode Island aussi votent toujours pour les démocrates. Comme si la gauche possédait une immunité épidémiologique et politique. En tout cas, elle ne possède pas une immunité contre la stupidité. C'est « ben » pour dire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 juin 2020 08 h 16

      Monsieur Labelle vous répondra que corrélation n'est pas raison. Mais le scientifique en vous le sait bien, même s'il se laisse ici comme souvent obnubiler par des préventions idéologiques dont on se désole qu'elles ne soient pas réservées aux sciences molles.

  • Réal Boivin - Abonné 1 juin 2020 10 h 01

    Où étaient la mairesse de Montréal et sa directrice de la santé publique?

    Alors que Montréal est la pire des villes au monde pour le nombre de cas de COVID-19, les deux femmes responsables de la sécurité et de la santé des populations de la CMM sont restées muettes devant une manifestation importée des USA.

    Où était Dr. Drouin qui se défilait cette semaine de ses responsabilités sur le dos de Dr. Arruda?

    Où était Valérie Plante, la mairesse multiculturaliste, alors que les citoyennes de l'arrondissent de Montréal Nord sont en grand danger dù à la propagation du COVID-19 sur leur territoire?

    Quelles mesures ces deux femmes ont-elles prise pour empêcher une manifestation monstre qui aura pour conséquence la contamination, et pour certaines, la mort.

    Il n'y a plus personne de responsable à Montréal depuis la dernière élection municipale.

    Des pistes cyclables qui bloquent les commerces, des noms de rue que personne n'est capable de prononcer, des cours d'écriture non-genrée que personne n'utilisera, voilà ce qui arrive lorsqu'on élit une madame souriante au détriment d'un gros monsieur compétent mais qui a du caractère.

    Montréal est d'une pitoyable médiocrité intellectuelle.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 juin 2020 06 h 33

      ouan... ces deux femmes, tsé...

  • Doreen McCaughry - Abonné 1 juin 2020 10 h 22

    Fond intéressant, forme imbuvable

    Je me demande qui a pu faire croire à Chantal et Audrey que le Devoir était une revue savante publiant des thèses de doctorat. Désolé, des phrases comme celle-ci :
    «Elle s’effectue dans une itération d’échanges discursifs avec le premier ministre et son équipe, et non pas de façon linéaire et causale du scientifique vers le politique »
    ne sont pas le pain quotidien de l'immense majorité de ses lecteurs. L'art de la communication consiste à faire passer un message en s'assurant que le destinataire est en mesure de le comprendre. Manifestement on n'est pas rendu là.
    SVP, encore un petit effort et vous rejoindrez peut-être plus que le 0,5% de lecteurs issus des «social studies».
    L'utilisation abusive du jargon du domaine pousse le lecteur moyen à se demander si on n'est pas en train d'essayer de lui en passer une petite vite... Et il n'a pas toujours tort.

    • Marc Therrien - Abonné 1 juin 2020 14 h 22

      Il faudrait plutôt demander à celui ou celle qui a décidé de publier ce texte pourquoi il ou elle n'a pas sous-estimé la capacité des lecteurs du Devoir à comprendre des phrases d'un style plus abstrait que celui plus prosaïque que l'on peut lire quotidiennement chez les chroniqueurs du JDM, par exemple.

      Marc Therrien

  • Claude Bernard - Abonné 1 juin 2020 10 h 33

    La science sert la politique et vice versa

    La politique et la science ont partie liée depuis toujours (comme la science et la religion).
    L'une sert à justifier l'autre.
    Si la science déplait à la politique elle en paie le prix, quelquefois de sa vie.
    Si la recherche est financée par l'État, elle travaille à satisfaire les «choix de société»: comme vivre vieux et en santé, riches et voyageurs à prix acceptables pour toutes les bourses.
    La finance et l'économie, qui se croient des sciences, ont justifié la globalisation au nom de l'enrichissement moyen mondial et oublié en toute connaissance de cause les victimes collatérales en faveur d'un plus grand pouvoir d'achat pour tous dans tous les pays.
    Ce progès indéniable est irréversible sans conséquences catastrophiques.
    Doit-on le regretter ou s'en réjouir?
    Cela s'est produit insensiblement et comme par magie; on aurait dit qu'une « main invisible» guidait des milliers de décisions dans des miliers de companies et de gouvernements pour aboutir où nos sommes; cela a paru si «naturel» que c'est devenu une seconde nature pour les chefs d'états, les financiers, les économistes, les chefs d'entreprises, les chercheurs, les penseurs et jusqu'aux chefs syndicaux et que la Chine, la Russie, les Théocraties s'y sont précipitées sans retenues.
    La pandémie aidera-t-elle la droite au pouvoir à revenir à un âge d'or, qui n'a jamais existé, au dépend des prolétaires de tous le pays.
    Il faut lutter contre ce cauchemard qui, lui, sera, peut-être, scientifiquement planifié et voulu.