Structure et culture

La ministre Danielle McCann a déclaré dimanche à Tout le monde en parle qu’elle préférait s’attaquer à la culture plutôt qu’à la structure afin de régler les problèmes du réseau de la santé et des services sociaux. Malheureusement, il ne sera pas possible de faire une telle économie, car les structures déterminent directement les cultures dans les organisations. Les structures en place dans le réseau de la santé sont précisément celles qui génèrent une culture comme l’hypercentralisation (au lieu de la décentralisation), l’hospitalo-centrisme (au lieu de santé communautaire), la privatisation avec les groupes de médecine familiale et leurs transferts de travailleurs sociaux (au lieu du service public), la gouvernance autoritaire (au lieu de sa démocratisation avec la participation des usagers, citoyens, producteurs de services, partenaires et communautés territoriales au sein de conseils d’administration locaux). Si les structures avaient si peu d’importance sur la culture des organisations, pourquoi le Dr Barrette aurait-il mis autant d’énergie à les bouleverser en profondeur ? Il n’y aura pas de changement durable de culture sans transformation des structures malsaines qui régissent le réseau de la santé et des services sociaux.

5 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 27 mai 2020 08 h 31

    Le père français du structuralisme, Claude Lévi-Strauss, a vu chez l'homme, tous les hommes et toutes les femmes, une structure cervicale analogue porteuse d'une pensée aux traits de base similaires même s'ils exprimaient des formes qui se distinguaient.

    Les structures des grandes villes se ressemblent sous certains angles mais se distinguent sur d'autres. Certes, on peut y voir des assises culturelles et sociales différentes, que des anthropologues structuralistes ont décodé comme les deux faces d'une même monnaie.

    Il n'en demeure pas moins que ces deux faces, si elles peuvent paraître se compléter au sein d'une population isolée et distincte de celles avoisinante, ne sont pas si équivalentes dans une population diversifiée sur une même territoire, car s'y déploie des vues en opposition où tantôt la culture, tantôt le social s’affiche d’avantage.

    Les propos de la ministre de la santé ont ciblé la culture alors que vos remarques mettent en relief le social en référant à la centralisation et à une gouvernance autoritaire, à la privatisation et à la banalisation de la démocratisation assurant un plus grand contrôle des citoyens, usagers ou producteurs de services.

    À ce titre, elle a révélé les assises culturelles de la CAQ en minimisant ses ancrages sociaux dont la particularité est descendante plutôt qu’ascendante, hiérarchique plutôt que citoyenne qui banalise la démocratie et valorise l’autoritarisme.

    Son cadre d’analyse est peu adapté à une démocratie, un système politique à la fois ouvert et fermé et sujet à des alignements politiques plus dans une optique hiérarchique que son contraire.

    Il y a certes des éléments structuraux en cause. Leur décodage passe par une analyse qui ne néglige pas ses ancrages politiques et économiques.

  • Annie Marchand - Inscrite 27 mai 2020 09 h 34

    Structure et critique de la valeur

    Vous êtes un réformateur, M. Bourque. Je suis une révoltée. Il paraît que ce sentiment de rébellion s'assagit avec l'âge...

    Qu'est-ce qui vient d'abord? La poule ou l'œuf? La structure ou la culture? Je dirais, à ce stade-ci du capitalisme mortifaire, que nous avons la fâcheuse tendance à organiser nos communautés en tenant compte impérativement de la logique de la valeur, l'argent en premier lieu comme catégorie de transaction sociale. Même une vision communautaire des institutions ne peut se passer de capital économique, au-delà du fait qu'elle aspire à générer plus de solidarité. C'est déjà cela me diriez-vous...

    La question est de savoir si une réforme des structures sociales, en y injectant plus de coopération, plus de participation citoyenne, est suffisante pour transformer en profondeur un système hégémonique dont les bases culturelles sont si perverses que nous arrivons à peine, aujourd'hui, à les entrevoir dans notre quotidien bien rodé et contrôlé.

    La culture de la valeur propre à l'ère capitalocène, qui a détruit la plupart des cultures vernaculaires, fait de nous des esclaves, incapables de nous projeter dans un monde sans argent, sans marchandise et sans travail abstrait.

    Même chez les personnes les plus à gauche, tôt ou tard arrive l'enjeu de la rentabilité car au nom du "il faut bien vivre" les bonnes valeurs chrétiennes finissent par devenir secondaires, voire inconciliables...

  • Yvon Bureau - Abonné 27 mai 2020 10 h 59

    Mon rêve : CLSC

    Revenons aux CLSC .
    24/7 ou au-moins au 18/7.
    Avec enfin les budgets en cohérence avec les missions.

    Ce sera servicer et soigner LOCAL.
    Source d'une interdisciplinarité efficiente et porteuse de plaisir professionnel et de bien des santés.
    Lieu merveilleux pour la proche-aidance et pour plusieurs formes de bénévolat, spécialement pour les aînés experts et d'expérience retraités

    Merci pour cet article

    VIEux ts Yvon

  • Clément Mercier - Abonné 27 mai 2020 12 h 01

    Ça marche mieux avec 2 jambes...

    On est dans le champ des organisations ouvertes (non des institutions totales), qui n'évoluent pas en dehors du champ sociétal et idéologique dominant, mais peuvent agir avec une relative autonomie. C'est sûr que la CAQ n'a pas un profil social-démocrate et un préjugé favorable à la participation citoyenne dans la gestion publique. Il est vrai aussi qu'un changement de structure n'amène pas nécessairement de changement de culture, mais croire qu'une culture organisationnelle est indépendante de son cadre structurel, c'est comme si on prétendait qu'on peut marcher correctement avec une seule jambe. Il faut assurer à la culture organisationnelle qu'on veut implanter ou modifier un cadre structurel qui en favorise le déploiement. Pour dispenser des «services à l'humain» (human services) par des humains, comment peut-on recourir à des structures qui excluent comme parties prenantes les usagers, personnels, citoyens et collectivités qui sont à la fois causes et solutions à leurs besoins? Vraiment, Mme McCan a besoin de se recycler, et de chasser le Barrette qui dort en elle!

  • Annie Marchand - Inscrite 27 mai 2020 13 h 59

    Structure et supra-structure

    Deux jambes et une tête... Je ne disqualifierais pas le jeu du capital comme force totale impitoyable à l'égard des états, ce qui explique en partie l'émergence de politiques d'austérité qui affligent et affaiblissent nos organisations et nos institutions depuis plusieurs années. Je crains que le temps ait joué contre nous et que l'élan participatif du passé, les beaux jours de la concertation, soit derrière nous. Assistons-nous à un réveil réel ou à une réaction à un scandale de plus qui sera rapidement oublié? Bien sûr, il y a toujours l'action communautaire de combat. Aucun doute qu'une action locale autonome est un remède nécessaire. Sous quelle(s) forme(s) la (re)bâtir?

    Je corrige la coquille. Capitalisme mortifère. Mortifaire, très joli mot inventé qui signifie produire à notre perte!