La dernière scène de Renée Claude

À la porte de sa petite chambre, une photo d’elle, encore jeune. Puis, en dessous de la photo en noir et blanc, ces mots : « Je chante pour passer le temps. » Des mots signés Léo Ferré.

Puisque sa porte était souvent ouverte, en me promenant avec ma mère dans le corridor étroit du CHSLD je l’entendais chanter. Chanter. Toujours chanter, fredonner, murmurer des mots incompréhensibles, mais en harmonie avec sa voix affaiblie. Dans le petit salon de coiffure de l’établissement, la tête renversée en arrière vers le lavabo, elle chantonnait encore, même pendant que le coiffeur lissait ses beaux cheveux longs.

Au cours de la dernière année de la vie de ma mère, j’ai eu le privilège chaque semaine d’entendre le filet de voix de Renée Claude accompagner les visiteurs et les résidents qui s’aventuraient dans les corridors de ce centre d’hébergement.

Jusqu’à son décès, elle aura été possédée par la musique et la chanson, même si sa tête avait peu à peu déserté le monde et que le corridor menant à sa chambre, voisine de celle de ma mère, était devenu sa dernière scène.

Chère Renée Claude, vous ignoriez ma présence, mais je veux simplement vous remercier d’avoir été jusqu’au bout l’une de celles par qui la musique du Québec s’est épanouie. Non, vous ne chantiez pas « pour passer le temps ». Vous chantiez parce que vous souhaitiez partager la paix et la joie de cette musique qui vous habitait.

6 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 14 mai 2020 06 h 46

    (soupir)

  • Christian Labrie - Abonné 14 mai 2020 10 h 24

    Des mots de Louis Aragon

    "Je chante pour passer le temps" sont des mots de Louis Atagon, mis en chanson par Léo Ferré... et merveilleusement interprétés par Renée Claude.

    • Gilles Gougeon - Abonné 14 mai 2020 11 h 55

      Vous avez raison. J'ai cité ce qui était affiché à la porte de la chambre de Renée Claude. J'aurais dû écrire "des mots empruntés à Léo Ferré", car il est évident que Aragon "ne chantait pas" pour passer le temps".
      Merci de cette précision.
      GG

  • Renée Larouche - Abonnée 14 mai 2020 20 h 37

    Main sur le coeur...

    Merci Renée Claude de m'avoir marquée à vie ! Merci M. Gougeon pour tant de sensibilité...

  • Daniel thérien - Inscrit 14 mai 2020 21 h 09

    Elle a un peu été éclipsée...

    Je crois que malheureusement à cette époque elle a été éclipsée un peu par Pauline Julien . Elle avait un très grand talent tout comme Monique Leyrac et ils eurent énormément de succès. Renée Claude a eu des hits qui l'ont popularisée mais ce n'était malheureusement pas aussi puissant que Julien et très vite la Dufresne qui est apparue voire même Forestier avec Charlebois qui marquèrent par un style très personnel notre imaginaire. Bien sûr une chanson comme: Le temps nouveau et bien d'autres tournaient beaucoup et tout le Québec les fredonnaient mais il y a quelque chose qui ne l'a pas fait accéder à la légende comme Julien ou Dufresne. C'est très difficile de nuancer cela par écrit. Il fallait le vivre à l'époque pour sentir les différences. Aujourd'hui cela semble un peu moins ou un peu plus marqué dans la différence ? ! (difficile à dire) Et il est vrai que tout ce que touchait Renée Claude portait sa marque. je crois que la meilleure comparaison possible est son interprétation de: Ne tuons pas la beauté du monde comparée à cele de Dufresne...c'ets un peu là concrètement qu'on voit cette différence. Cela n'ôte rien à Renée Claude et elle est dans mon top 10 des chanteuses Québécoises de tous les temps et des voix uniques. J'essaie juste de comprendre ce qui a fait la différence . Au revoir chère Renée Claude, chantez, chantez nous vous entendons encore de vos hauteurs célestes ! merci et vous mourrez vraiment à l'aurore d'un temps nouveau mais pas celui qu'on pensait. Je n'entends plus cette chanson de la même manière et votre mort au temps de la COVID est peut-être le début de votre légende inattendue.

  • Yvon Côté. - Inscrit 15 mai 2020 12 h 53

    LA PREMIÈRE SCÈNE DE RENÉE CLAUDE EX+

    SA PREMIÈRE SCÈNE... en 1960
    UNE PETITE FILLE...GRANDE DAME

    Je me souviens encore de cette rencontre-surprise inopinée avec cette petite Dame fragile et si timide..en 1961.
    En haut de la « Côte King» à Sherbrooke, nichait une Boîte à Chansons -ainsi dénommée à l’époque- dans la «Vieille Maison de la Côte», comme on disait. Nous cheminions ensemble, pendant ce soir automnal frisquet, vers le haut.
    Nous échangeâmes quelques mots simples, teints de prudence...comme il le fallait, selon l’étiquette «de l’époque»...
    Nous allions à ce spectacle d’une jeune «diseuse chansonnière», nouvelle arrivée dans la suite des Pauline Julien...
    Arrivé à la billetterie, elle disparut discrètement alors que je récupérais mon ticket...

    Je ne savais pas que cette fragile Dame, sinon timide, du moins réservée, allait muer en ce papillon envoûtant de la chanson québécoise. Pas plus que je n’avais su, en ce court instant, pouvoir être remué autant par cette chanteuse
    que j’allais entendre quelques minutes plus tard...

    J’arrivai dans la salle...qui vois-je? Presqu’une Enfant surgissant timidement sur la mini-scène...j’eus peine à me contenir, apercevant soudain cet ange menu et d’apparence si fragile...

    Mais quand sa voix vibra dans l’air, puissante et si harmonique...avec ce léger «grassillement» qui allait caractériser sa voix percutante... oui, je fus envoûté... Une surprise qui me bouleversa, j’avoue.
    Je regrettai de n’avoir pu lui reparler, après le spectacle. Ne fût-ce que la féliciter et la remercier pour cette trop brève recontre. C’est moi, plutôt qu’elle, qui étais, soudain, devenu réservé et timide.
    Mais ce souvenir me sera resté, immuable et noble, d’une impression indicible.

    Renée Claude n’aura pas pas changé de toute sa vie, je pense!
    Un petite femme d’apparence fragile et réservée au premier abord.
    Mais une Dame aux qualités percutantes de grande interprète chanteuse, de Dame de simplicité...
    à travers la Grandeur de l’Artiste qui nous restera longtem