Pour nos communautés religieuses

Comme plusieurs personnes, j’ai été consterné d’apprendre que certaines résidences abritant des communautés religieuses étaient aux prises avec des éclosions de COVID-19. Le phénomène touche notamment les Sœurs de la Providence, à Montréal, et les Servantes du Saint-Cœur-de-Marie, à Québec. Lorsqu’une personne entre en communauté, elle s’efface, pour ainsi dire, au profit du collectif et fait vœu de pauvreté et d’obéissance. En retour, la communauté lui prodigue l’environnement matériel dont elle a besoin pour vivre. En fin de vie, elle est également prise en charge par la communauté. Plusieurs communautés religieuses sont locataires de bâtiments, ou de portions de bâtiments, au sein desquels sont organisés et déployés les soins de santé. Souvent, il s’agit donc d’établissements non étatiques. Il ne faut pas, pour autant, délaisser nos communautés religieuses. Loin de moi l’idée de vouloir sermonner nos dirigeants (je fais partie de ceux qui saluent le courage sous-tendant les décisions très difficiles qu’ils ont prises et celles qu’ils auront à prendre au cours des différentes phases du déconfinement), mais il faut offrir aux religieuses et aux religieux la même attention et le même soutien que ceux qu’on cherche désormais à offrir aux aînés laïques. Les communautés religieuses font partie de notre histoire. Elles nous ont légué une partie du patrimoine institutionnel des réseaux de l’éducation, des services sociaux et… de la santé (jusqu’aux années 1960, elles formaient une large portion des infirmières dans les écoles de leurs hôpitaux). Certes, on leur adresse encore des griefs de la mémoire collective dont certains sont fondés et d’autres pas du tout. Comme société, nous aurons tout le temps requis pour examiner finement leur héritage, dans les années à venir. Pour l’instant, venons à leur aide et faisons œuvre d’humanité.
6 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 13 mai 2020 06 h 23

    Commentaire très pertinent, Madame!

    Vous avez bien raison au sujet de ces religieuses qui ont aidé, soigné et éduqué nos femmes d'aujourd'hui pour plusieurs. Ces communautés religieuses, d'hommes et de femmes, ont oeuvré dans notre communauté et à l'étranger pendant de nombreuses années. Elles méritent que notre gouvernement s'occupe d'elles, en cette fin de vie difficile. Elles font partie de notre histoire, comme vous le dîtes si bien!

    • Marc Pelletier - Abonné 13 mai 2020 11 h 59

      M. Delisle, je suis totalement d'accord avec vous.

      En effet, il ne faut pas oublier, qu'à l'époque, ces communautées de femmes furent des piliers dans le " réseau " de soins de santé.

      Les épidémies, au Québec, ne datent pas d'hier, et il faut retenir qu'avant les années 60, elles étaient constamment présentes et agissantes dans ce " réseau " . Il faut reconnaître leur bravoure indéflectible.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 13 mai 2020 12 h 07

    « Lorsqu’une personne entre en communauté, elle s’efface au profit du collectif et fait vœu de pauvreté» (Etienne Berthold)

    Les pauvresses n'étaient guère reçues au noviciat, vu que les novices entraient en religion en apportant une dot;

    De même, la fortune personnelle de la novice et ses héritages étaient entièrement versés à la congrégation religieuse; la congrégation constituait ainsi un capital qu'elle s'ingéniait à faire fructifier;

    De fait, le vœu de pauvreté prononcé par les novices à leur entrée en religion n'affecte pas la congrégation; on songera à «L'Élixir du révérend Père Gaucher» …

    Ces congrégations religieuses sont des entreprises commerciales qui sont enregistrées au Registraire des entreprises du Québec, tout en bénéficiant d'un congé fiscal…

    De fait, nos congrégations religieuses n'ont pas renoncé à la possession de biens matériels;

    Bien au contraire, elles ont des conseillers qui font des placements et qui se livrent à des opérations financières, notamment à de la spéculation immobilière, et font ainsi fructifier le capital de la congrégation.

    Par exemple, on se souviendra des Soeurs du Bon Pasteur et de la saga du Marché central, de même que l'on songera que les Sœurs des saints Noms de Jésus et de Marie se sont construit à Longueuil il y a une dizaine d'années une maison de retraite au coût de onze millions de dollars (11 000 000$) pour y loger onze (11) vieilles Sœurs (je caricature à peine…).

    Les communautés religieuses n'oeuvraient pas gratuitement; le gouvernement payait les communautés religieuses pour les services rendus;

    On songera à l'Institut des Sourds et Muets ainsi qu'aux Orphelins de Duplessis -grâce auxquels les communautés religieuses se sont honteusement enrichies.

    Les communautés religieuses ont les moyens de s'offrir et de payer en conséquence la main-d'œuvre qu'elles réclament.

    C'est bien beau de croire au petit jésus, mais faut-il être à ce point crédule?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 mai 2020 13 h 18

      A lire: "LA VIE DANS LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES L’âge de la ferveur 1840-1960". Paru en 2010. Par Claude Gravel, un ex de La Presse et de Radio Canada.

      A la fin des années 1950, les communautés de femmes étaient propriétaires de 105 hôpi+++taux dans la province, dont certains gigantesques. Les religieuses catholiques administraient, à la même époque, 36 des 66 hôpitaux situés à l’extérieur du Québec.

      Les services sociaux : écoles, hôpitaux, hospices, orphelinats sont des créations chrétiennes érigées par la foi des hommes et des femmes qui y ont consacré leur vie mais dans la matérialité des choses. Tout n'était sûrement pas parfait et tous n'étaient pas également à la hauteur..Mais, dans l'ensemble, je pense surtout aux communautés féminines...on se doit de leur être reconnaissants!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 mai 2020 14 h 37

      @ M. Lacoste

      Je diffère d'opinion. Ou plutôt, j'essaie d'être plus nuancé.Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. J'ai étudié la question des hôpitaux. Ces femmes-là ont tenu le système courageusement jusqu'à la Révolution tranquille. Y demeurant 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Construisant des hôpitaux avec pas ou peu d'aide de l'état.

      Tout comme nos aïeux n'ont pas été parfaits!!!

      Je suis plus critique à l'égard des comunautés masculines; et, encore là, il ne faut pas généraliser.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 mai 2020 17 h 10

      @M. Lacoste

      En 1959, pour venir prendre charge du 3e hôpital psychiâtrique francophone au Québec, à Joliette, le Québec a dû faire appel à une communauté de religieuses espagnoles. Jusque vers le début des années 70, elles étaient là TOUT LE TEMPS!