Protéger son enfant autiste

Je souhaite réagir à l’article du Devoir du 27 avril de Caroline Montpetit sur les enfants autistes coupés de leurs parents et de la lettre adressée par la députée de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, au Dr Horacio Arruda sur les mesures de confinement dans le réseau de la santé.

Je suis le père d’un autiste adulte non verbal qui réside dans une R.I. de type familial. Sa mère et moi sommes attristés de ne pas l’avoir vu depuis des semaines. On nous a expliqué les procédures de confinement et nous gardons un contact virtuel et téléphonique, même si notre fils ne parle pas et ne comprend pas la situation. Malgré tout, nous ne nous sentons pas « abandonnés et en détresse » et nous ne voyons rien « d’inhumain » dans les normes imposées aux R.I. par la santé publique. Le point de vue exprimé par la députée reflète une réalité, mais n’est pas partagé par tous les parents.

Dans sa lettre, avec des exemples touchants à l’appui, la députée demande que les parents puissent aller prêter main-forte et ainsi voir leurs enfants. Je les comprends. C’est mon désir le plus cher. Mais ce faisant, je risque d’être un vecteur de transmission d’un virus extrêmement virulent et mortel dans un petit milieu extrêmement fragile.

En tant que parent d’un enfant qui réside en R.I., je n’aimerais pas que d’autres parents — si bien intentionnés soient-ils — viennent « donner un coup de main » et mettre à risque mon fils qui habite le même milieu. Les mesures de protection imposeraient un fardeau trop grand au personnel épuisé.

Nous, aussi, souhaiterions « offrir nos bras » pour revoir notre enfant. Mais la dernière chose que nous voulons lui transmettre est notre peur et nos inquiétudes. Notre fils est en sécurité. C’est le meilleur endroit où il peut se trouver en ce moment, Laval étant l’un des points les plus chauds au Québec.

Pour employer les mots de la députée, mon cri du cœur que je lance au Dr Arruda est de continuer à protéger notre fils comme vous le faites, en suivant les preuves et la rigueur scientifique, et en ne laissant pas l’émotion obscurcir la raison.