Amère et déçue

Mes 5 années du secondaire se concluent en 2 courriels envoyés il y a quelques semaines déjà. Le premier annonçant banalement l’annulation de mon bal et de la remise des diplômes, mélangée à une panoplie d’autres informations et envoyée à l’ensemble de l’école. Le deuxième expliquant que j’aurais 5 minutes pour dire au revoir à ma vie d’adolescente, tout en nettoyant mon casier le plus rapidement possible. Cinq merveilleuses années détruites par quoi ? Des directives de la Santé publique ? Une peur de la contagion à l’école ? Ou ont-elles plutôt été détruites par un manque de créativité, de volonté et d’empathie ?

À l’École internationale de Montréal, on m’a appris à ne pas me contenter du bien, mais de plutôt viser l’excellence. Et que l’excellence s’atteint avec du travail acharné. Est-ce que je devrais comprendre que cette leçon ne s’applique pas aux adultes de l’école, qui n’ont aucunement mis d’effort pour m’enseigner dans les dernières semaines ?

On nous répète constamment que notre niveau est bien au-delà de celui du reste de la commission scolaire, même bien au-dessus du reste du Québec. Alors, pourquoi se contenter de transférer des exercices du ministère qui, soyons honnêtes, ne nous approchent pas plus de l’excellence ? Même le « plan d’étude » est loin d’être réaliste. Si une série de pages d’exercices était assez pour apprendre, pourquoi avoir des professeurs ? N’avez-vous donc pas réellement l’intérêt des élèves à cœur, comme je me suis entêtée à le croire dans les dernières années ?

J’avais tellement confiance en vous, en votre établissement et en votre personnel. J’étais certaine que mes professeurs croyaient en moi, qu’ils voulaient ma réussite. Que j’étais, en quelque sorte, importante. Je comprends maintenant que, pour vous, nous ne sommes qu’une cohorte de plus. Réalisation qui m’attriste encore plus que de ne pas avoir de bal.

Je ne garderai maintenant qu’un souvenir amer d’un endroit froid et détaché, qui aurait pu être tellement plus, avec un peu de volonté.

Je suis Mathilde Beaulieu-Lépine, j’ai 17 ans et je n’attends plus après vous. Je fais désormais du bénévolat dans une soupe populaire. Comme quoi, j’ai trouvé une autre manière d’apprendre.

16 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 12 mai 2020 05 h 09

    Je te félicite

    Ton texte est très bien écrit; tu n'as peut-être que 17 ans mais tu as déjà compris que dorénavant tu ne pourras compter que sur toi-même pour viser l'excellence, tu as compris que faire du bénévolat est plus gratifiant que recevoir des compliments de tes supérieurs, qui la plupart du temps auront la tête ailleurs quand ils te complimenteront, et tu as compris certainement beaucoup d'autres choses.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 mai 2020 10 h 44

      Pourquoi félicitez-vous Mathilde Mme Gervais? Oui pour le bénévolat dans une soupe populaire, mais pour le reste, pourquoi?

      Le bal des finissants et de la remise des diplômes ne veut plus rien dire à la fin du parcours scolaire. C’est juste une petite récompense individuelle. Les cinq merveilleuses années de Mathilde n’ont pas été détruites parce que c’est le parcours qui est important en éducation et non la ligne d’arrivée de celui-ci qui est seulement existentielle et symbolique.

      Il est vrai cependant que le site du ministère de l’éducation, « l’école ouverte », est un ramassis de sites internet où l’étudiant navigue dans un univers sans guide ou sans objectif clair et précis qui ne reflètent aucunement le curriculum selon l’âge chronologique de l’apprenant. Si on le compare à celui de l’Ontario, le Québec est encore dans les années 90 en fait d’apprentissage en ligne. Il n’y a aucune attente ou contenus d’apprentissage précis qui reflète l’année en cours et la matière à l’étude de l’étudiant. C’est du n’importe quoi.

      Enfin, la fin des années du secondaire n’est que le début de l’apprentissage. Un secondaire aujourd’hui ne veut plus rien dire. C’est la base minimum du minimum. Pour la question du bal, ceci est une question sociale où tous font de grands sacrifices en ces temps incertains de la COVID-19. Pardieu, nous sommes tous dans le même bateau (certaines mauvaises au Québec l’ont surnommé le Titanic) et tous font des efforts personnels extraordinaires pour revenir à la normale.

      N’est-ce pas un peu égoïste de demander un bal des finissants alors que la mort rode partout en ce moment? En plus, les plus grands épidémiologistes de la planète nous avertissent d’une 2e vague plus virulente à l’automne et ce n’est pas le temps d’engorger nos hôpitaux durant l’été. Ce n’est plus si elle arrivera, mais quand.

      Et on pensait tous que les enfants rois qui carburent à l’hyper-individualité n’étaient qu’une mauvaise blague en éducation.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 mai 2020 10 h 53

      Erratum

      (certaines mauvaises langues au Québec l’ont surnommé le Titanic)

  • Hélène Lecours - Abonnée 12 mai 2020 07 h 56

    Tu auras compris

    Peut-être aussi auras-tu compris que notre gouvernement a semé de la panique dès le début (sa panique) sans contrebalancer ses effets, que nous fonctionnons de loin avec un pouvoir politique à peu près aussi centralisé qu'en Chine, qui décide de tout à lui tout seul dans les moindres détails, ce qui est insensé. Qu'en temps de crise le pouvoir est concentré dans les mains de très peu de personnes qui ne semblent pas déléguer ni se reposer. Un très mauvais exemple de gestion de crise. Que quand tout le monde a peur, on se laisse aller, on a tendance à se ficher de tout même des conséquences de ses actes. Que de la part d'un gouvernement dire n'importe quoi a des conséquences souvent inattendues (suspend mes droits j'te donne le droit...quel message imbécile!). Que nous avons à Québec un gouvernement trop populaire et à Ottawa ou gouvernement impuissant, tous deux le reflet d'une part de nous-mêmes. Qu'il te faudra étudier encore plus pour comprendre le fonctionnement du monde et que ce n'est jamais fini. Bonne chance. La vie est quand même sublime, tu verras..

  • Jean Thibaudeau - Abonné 12 mai 2020 08 h 01

    "Cinq merveilleuses années détruites"...
    Je peux empathiser avec la déception de Mathilde Beaulieu-Lépine, mais parler de destruction n'est-il pas pousser le bouchon un peu loin?

  • Pierre Rousseau - Abonné 12 mai 2020 08 h 24

    Dure leçon !

    Vous avez bien raison de vous poser des questions et d'avoir l'esprit critique. On dirait que l'esprit critique est allé en vacances ailleurs qu'au Québec à voir la réaction de troupeau face à la pandémie. Mais ce que vous vivez constitue une leçon de réalité, un « reality check ». Que ce soit les gouvernements, les chefs d'entreprise, les directeurs d'écoles, de collèges et d'universités, la perfection est loin d'être de ce monde et souvent c'est le « je me moi », sans considération pour les sentiments des autres. Ces gens connaissent rarement la notion de consensus qui oblige à consulter les autres et à en arriver à une solution qui est acceptable à tous.

    Au moins vous pouvez vous dire que vous avez tiré le meilleur de l'apprentissage qu'on vous a offert, avec ses limites, et votre texte en est un exemple très éloquent. Éloquant non seulement au niveau de l'écriture mais aussi de la pensée critique qu'il reflète. Bravo !

  • Roch Godard - Abonné 12 mai 2020 08 h 24

    Amère et déçue

    Bonjour Mathilde ! Ta lettre m'a émue. Je comprends ta déception ; un de mes fils ayant fréquenté l'École Internationale de Laval, "haut-lieu de l'excellence en éducation". Tu es encore bien jeune pour découvrir que des projets de vie peuvent s'évaporer d'un coup de baguette magique ou que le syndicalisme en enseignement est un lobby puissant et pas toujours en accord avec le gouvernement, au détriment de l'étudiant. J'ai aussi senti dans ta lettre une détermination et une force de caractère qui te font sortir du lot de la majorité silencieuse. Nous avons tous en chacun de nous le bagage pour changer le monde qui nous entoure ou le subir. L'éducation est la meilleure arme pour y parvenir.