Sur la solitude d’un confiné solitaire

Hannah Arendt affirmait que, penser, c’est dialoguer avec un partenaire dont on ne pourra jamais se libérer. Socrate croyait cela aussi. Penser, c’est s’écouter en silence. Se parler sans prononcer de son, tout en écoutant sans entendre physiquement ce qui est dit. C’est être seul et en même temps être avec un autre : soi-même. […]

Mais Hannah Arendt dit aussi ceci : « Seul celui qui a fait l’expérience de s’entretenir avec soi-même est capable d’être un ami. » Car, si je suis capable d’en venir à une entente avec l’autre de moi-même, ce que Socrate appelle « être en accord avec soi-même », je suis capable de le faire aussi avec d’autres que moi. […]

En ces temps de distanciation, et face à l’angoisse pandémique, nous sommes décontenancés par ce qui arrive et pourquoi cela arrive.

Pourtant, le confinement qui en découle peut nous permettre justement cette solitude du dialogue avec soi-même. Bien que celui-ci soit parfois difficile, souffrant, inquiétant, il peut aussi nous faire réaliser à quel point nous faisons partie, chacun de nous, de cette pluralité « d’être et de vivre avec les autres », à quel point il remet au centre de notre condition individuelle le rôle vital de l’amitié. C’est-à-dire notre humanité.

6 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 7 avril 2020 07 h 52

    Seul au monde ou avec le monde, c'est selon


    Je ne sais pas si la façon dont vous envisagez le succès du dialogue avec soi-même est d’en arriver à mieux découvrir qui on est et à l’accepter sans pour autant changer. Pour ma part, le dialogue avec soi-même en contact avec l’humanité partagée peut être fécond et créateur de nouveauté s’il se fait dans l’ouverture à l’idée que je pourrais ne jamais plus être le même après avoir été transformé par la réflexion et dans la confiance qu’on ne s’anéantit pas parce qu’on change nos émotions ou nos idées qui constituent notre vision du monde. Je suis avec Héraclite qui disait que « les hommes éveillés n’ont qu’un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde ».

    Marc Therrien

  • François Champoux - Abonné 7 avril 2020 09 h 09

    Merci

    Bonjour,
    Comment dire "meci" à M. Pierre-Paul Charlebois pour son écrit ci-dessus? Peut-être en étatnt le premier à le remercier...

  • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2020 10 h 12

    Plus humain!

    Devant et durant cette pandémie, chacun réagit à sa façon; il n'y a pas de recette unique! On attend que la tempête passe; comme sur un bateau. Elle passera celle-ci, avec des conséquences bien difficiles à prévoir. Il faut espérer toutefois que l'Homme en sortira grandi, plus humain, plus solidaire, plus fraternel. Il faut l'espérer...

    M.L.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 7 avril 2020 11 h 05

    Être bien dans la solitude, c'est aussi être autonome

    Être autonome, c'est ne pas avoir BESOIN des autres, mais de savoir les apprécier quand ils sont là et de retrouver son confort lorsqu'ils sont partis. L'amitié c'est bien sûr la présence, de temps en temps, mais c'est aussi, beaucoup, l'esprit et ce sentiment de très grande liberté.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 7 avril 2020 19 h 32

    Belle réflexion

    M. Charlebois, j'ai bien aimé votre texte, lequel démontre quelque chose de différent, d'original je dirais. Ce fut une bonne idée de le publier pour le partager avec les lecteurs de ce journal.