La COVID-19 est dangereuse pour notre démocratie

Depuis que l’Organisation mondiale de la santé a qualifié la COVID-19 de pandémie le 11 mars dernier, l’attention médiatique québécoise est centrée sur cette crise sanitaire et peu de place est laissée à la critique.

Récemment, le gouvernement Trudeau a effectué des démarches afin d’accélérer les forages pétroliers en milieu marin. Une consultation publique ayant comme objectif d’abolir les évaluations environnementales imposées pour les forages exploratoires de Terre-Neuve a d’ailleurs été entamée par le gouvernement fédéral. Le premier ministre canadien a également tenté de passer une loi d’urgence qui lui aurait octroyé les pouvoirs de dépenser sans passer par le Parlement pour les 21 prochains mois. Les autres partis s’y sont heureusement opposés, mais, de toute évidence, notre gouvernement a tenté de profiter d’une attention médiatique détournée ainsi que de la vulnérabilité de la population en cette période de crise pour faire passer une loi totalement inconséquente. C’est quand même scandaleux qu’un gouvernement minoritaire tente de faire passer cette loi alors qu’elle n’a jusqu’à présent jamais été votée depuis son adoption en 1988. Comme le politologue Christian Leuprecht l’a dit, « ces diverses tentatives peuvent laisser transparaître que le gouvernement Trudeau détourne inutilement les règles du jeu de la démocratie constitutionnelle canadienne et qu’il opprime les droits et libertés des Canadiens ». En tant qu’institution juste, la démocratie canadienne ne peut être compromise par une telle crise sanitaire.

Or, c’est là où se trouve tout le problème de la pandémie. Notre démocratie est menacée. Sous le couvert de la solidarité, nous sommes en train de donner tout le pouvoir aux gouvernements élus. On ne laisse plus de place à la critique, qui est perçue comme une nuisance dans cette gestion de crise, alors que notre démocratie sert notamment à assurer le pouvoir du peuple contre les tyrannies et encourage le respect des désaccords. On constate même que, si un journaliste ou un citoyen remet en question les mesures prises par notre gouvernement provincial, on leur reproche de ne pas être assez solidaires. On soutient aveuglément la gestion gouvernementale. Or, les débats publics ne sont-ils pas à la base d’une société juste et démocratique ?

D’autre part, bien que les autres partis se soient opposés à cette loi d’urgence, on constate actuellement une absence d’opposition effective dans toute cette gestion. Le Parlement ne s’est pas réuni une seule fois depuis le début de cette pandémie. Le gouvernement tente de s’arroger des pouvoirs spéciaux qui sont proches de la dictature et du gouvernement par décret. Même dans la population, on voit se créer un esprit de meute qui favorise les gouvernements autoritaires : les jeunes et les vieux sont pointés comme des citoyens dangereux à contrôler et à punir.

Alors, où est passée l’éthique publique ?

22 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 31 mars 2020 04 h 26

    Faut se réunir

    L'union fait la force. Faite une démonstration de groupe....

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 31 mars 2020 08 h 34

      à 2 mètres l'un de l'autre?

    • Bernard Plante - Abonné 31 mars 2020 17 h 21

      L'annonce du projet Keystone XL et le fait que Trudeau se réjouisse de cette annonce d'un projet en attente depuis 12 ans qui ne réussissait pas à aller de l'avant en raison du manque de financement par le secteur privé s'ajoute à ce que l'auteure décrit ici.

      On profite de la crise pour faire passer un projet moribond allant à contresens de ce qu'il faut faire pour diminuer les émissions de gaz à effets de serre, tout en le finançant à même l'argent public! Bravo. Les bandits à cravate ne connaissent décidément aucune limite. On aurait pu espérer que la crise nous porte à réfléchir mais visiblement on continuera à être aussi stupides qu'avant. Désespérant.

  • Loraine King - Abonnée 31 mars 2020 07 h 48

    Le vrai scandale

    'C’est quand même scandaleux qu’un gouvernement minoritaire tente de faire passer cette loi alors qu’elle n’a jusqu’à présent jamais été votée depuis son adoption en 1988. '

    Ce qui est scandaleux c'est que Le Devoir choisisse pour sa sélection du jour de publier pareille ineptie.

    • Bernard Dupuis - Abonné 31 mars 2020 10 h 01

      S’il fallait que Le Devoir rejette tous les commentaires contenant des erreurs comme, entre autres, des propos contradictoires, il n’en finirait plus. Vaut mieux être plus tolérant et laisser les lecteurs juger par eux-mêmes.
      S’il fallait que Le Devoir soit plus sélectif, des commentaires comme le vôtre plutôt sévères à l’endroit du journal pourraient être rejetés. Dans le contexte, une tolérance modérée vaut mieux qu'une rigueur démesurée.

    • Cyril Dionne - Abonné 31 mars 2020 10 h 24

      Chère Mme King,

      Le premier problème au Québec semble d’avoir voté pour le gouvernement libéral de Justin Trudeau. Celui-ci fera tout en son pouvoir pour faire passer le plus pipelines possibles a posteriori de la pandémie parce que le pétrole fait partie des exportations qui sont les plus rentables et qui paient pour les programmes gouvernementaux incluant celui des énergies vertes. Libéral est synonyme d’hypocrisie tout simplement et c'est cela le scandale. Aussi, un déficit de 500 milliards et plus est très envisageable pour 2020.

      Bon, ceci étant dit, on pensait tous que les études postsecondaires nous permettaient de voir les problèmes évoluer sous plusieurs prismes qui sont interconnectés. Nous sommes en guerre présentement et le seul qui est au combat depuis le début de la pandémie est le gouvernement de M. Legault. Ce que beaucoup ne semblent pas comprendre, nous faisons face à un danger qui est en mutation et qui touche toutes les sphères sociétales. Cette dissonance politique proposée et aux accents de Québec solidaire n’aide absolument personne en temps de crise. Personne. Lorsqu’on dit des paroles comme « Or, les débats publics ne sont-ils pas à la base d’une société juste et démocratique ? » en temps de crises sans précédent, cela nous fait plutôt penser à une « Miss » dans un concours de beauté qui fait un discours et qui voudrait que tout le monde soit beau et gentil.

      La réalité a cette qualité de nous remettre les yeux en face des trous. Le COVID-19 est en mutation, ce qui va dire en termes simples, que l’immunité à moyen terme et peut-être à long terme, est un mirage. La souche originale du COVID-19, « L », semble être en mutation et on voit apparaître maintenant une nouvelle souche « S », qui est plus virulente et mortelle. Peut-être, et on dit peut-être, lorsque les gens qui habitent la région de Québec connaîtront les mêmes conditions que l’on voit dans la ville de New York présentement, ils pourront comprendre l’ampleur de la crise.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 31 mars 2020 08 h 25

    Il est plus facile d'applaudir ou de laisser faire, symptômes de la paresse de nombreux citoyens des temps modernes!

    Il est plus facile de gober les messages tout cuits de nos gouvernements que de se révolter et prendre la plume! Faire le tri des personnes en prévision d'un futur incertain, car un bon nombre d'entre elles sont âgées, n'a guère évolué depuis que l'homme a domestiqué la bête! Quel sinistre souvenir celui d'avoir vu sur des livres d'histoire le tri « des Noirs » au moment de l'esclavage! Dans le temps, rien n'a changé, l'homme à la tête d'une région et d'un état n'a pas de coeur, seul compte sa survie et la protection de son patrimoine, les autres peuvent bien crever! Bref, la discrimination, dissimulée ou non, est bien présente ici comme ailleurs!
    Pour mieux contrôler leurs actions, ces glorieux dirigeants ont d'abord repoussés les oppositions qui, même formant pourtant la majorité ensemble, voient leurs pouvoirs se réduirent en peau de chagrin! Le pouvoir de prendre n'importe quelle décision, sans souci de transparence, est pourtant loin de plaire aux brebis confinées comme dans des parcs à bestiaux! Il y a mieux à penser pour les aînés que ces blocs qui se transforment en incubateurs au moindre microbe! Évidemment, nos dirigeants ont aussi leurs projets personnels, bien plus prometteurs pour leurs assises et, la démocratie que l'on évoque parfois, s'est évaporée au diable, le peuple n,est plus souverain!
    Mêmes les plus jeunes ont une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, eux qui devront prendre la relève pour continuer la lutte pour sauver l'Environnement, la Faune et la Flore, lesquels sont encore sous le choc des machines des compagnies minières et forestières qui mettent le sol à nu! En mer, il y a aussi les bateaux-usines qui fouillent jusqu'au fond marin, ce dernier bientôt livré, lui aussi, aux compagnies prétrolìères!

    • Robert Marquette - Abonné 1 avril 2020 08 h 35

      Je trouve votre dernier paragraphe alarmiste par rapport au Québec .L'equipe Legault a réagi bien avant Trump au USA. Maintenant dans notre situation ici au Québec je crois que le rôle des journalistes est essentiels dans notre démocratie.Le peuple appuiera ses dirigeants si ceux ci fait le travail.Les journalistes sont là pour poser les questions dans ce sens.A nous les citoyens de juger le travail fait.Je n'ai pas renoncé à la démocratie durant cette pandémie.

  • Maurice Amiel - Abonné 31 mars 2020 08 h 35

    le "s" fait toute la difference

    "faite" dans votre texte M. Lamarche indiquerait que la démonstration aurait été déjà faite.

    "faites" avec un 's' indique l'impétatif d'en faire une ... ce qui est, il me semble, le sens de votre propos

    toute une différence!

    Maurice Amiel, abonné

    • Serge Lamarche - Abonné 31 mars 2020 13 h 15

      Merci pour la correction. J'avais hésité de mettre le s en question. Je ne voulais pas imposer par un impératif. Et dans votre cas, le «r» a été remplacé par un «t». Ceci rend votre impératif pas pétant, haha!

    • Sylvain Fortin - Abonné 31 mars 2020 20 h 07

      L'article concerne l'éthique publique et non les leçons de grammaire.

  • Pierre Rousseau - Abonné 31 mars 2020 09 h 21

    Les moutons de Panurge

    Effectivement, on dirait que le sens critique est allé en vacances sur une autre planète ! On voit des taux d'approbation de 95% au Québec, ce qui est digne des régimes autoritaires, stalinistes. Or, les approches face à la pandémie varient énormément d'une état à l'autre et la science n'est pas unanime sur certaines mesures à prendre. On a appris des pandémies du passé mais on semble vouloir réinventer la roue à chaque fois. De son côté la population est déboussolée et risque de placer une foi aveugle dans un autoritarisme qui n'est pas nécessairement guidé par le mieux-être de la population.

    C'est en comparant les approches des autres états qu'on peut se faire une meilleure idée de ce qui fonctionne bien ou pas du tout. L'Allemagne semble être épargnée, au moins dans une certaine mesure, et on devrait analyser le pourquoi. La Suède et le Danemark ont utilisé une approche complètement différente mais le nombre de cas semble assez égal - pourquoi ? Les ÉU ont coupé dans les services de santé depuis le départ du président Obama, quel impact cela a-t-il sur la morbidité de la pandémie ? Enfin, on se souviendra de l'austérité québécoise et des coupures dans les services de santé : quel impact cela a-t-il sur la capacité du Québec de faire face à cette pandémie ?

    En démocratie, on doit se poser des questions et au moins espérer avoir des réponses. Si les politiciens de tout acabit ne sont pas capables de faire valoir leur pensée critique, il ne reste que les médias et la société civile à réagir et retrouver cette critique nécessaire pour protéger notre démocratie au lieu d'agir en moutons de Panurge et suivent aveuglément l'autorité constituée.

    • Marc Pelletier - Abonné 31 mars 2020 14 h 38

      Taux d'approbation de 95 % : c'est inquiétant !

      C'est ce qu'on appelait dans le temps : " Donner l'absolution sans confession ".

      Bien sûr, il y aura, en temps et lieu, un post mortem, mais en janvier nous connaissions déjà l'ampleur des dommages faient par ce virus. Demain, nous serons en avril et notre réserve de masque risque de se retrouver en mode pénurie, après un délai de " 3 à 7 jours ", selon M. Legault.

      Je veux bien croire que le paquebot de la fonction publique ne se troune pas sur un dix sous, mais un délai de trois mois pour placer et recevoir une commande de masque m'apparaît comme du jamais vu !