Écrire pendant la crise

Cette semaine, à une heure tardive, j’ai écrit sur ma page Facebook que j’allais me souvenir toute ma vie du 23 mars 2020. Le lendemain, je devais écrire que j’allais me souvenir toute ma vie du 24 mars 2020. Et ainsi de suite…

J’ai l’impression que je vais me rappeler toute ma vie de chaque jour qui s’écoule en cette période sans précédent.

J’ai une cliente qui compte les jours de la crise. Pour elle, la crise au Québec a débuté le 12 mars. Ce lundi 30 mars, on est donc à J20. C’est en nommant le jour qu’on commence la réunion du « War Room ». Chaque matin.

Je viens de dérouler mon fil Facebook. Je lis de l’anxiété. Je lis de la peur. Partout. Et je lis qu’on est tous affairés à prendre des décisions. Des macros. Des micros. Des pas graves et d’autres qui ont des répercussions immenses.

Pour vous dire vrai, bien que je pratique un métier qui me commande d’être dans l’urgence tout le temps, je n’ai jamais autant pris de décisions en 1 440 minutes. Ça, c’est le nombre de minutes qu’il y a dans une journée.

Cette semaine, j’ai distribué des dizaines et des dizaines de conseils, trouvé autant de solutions, effectué tellement d’appels que je ne les compte plus, produit des tonnes de textes, tapé une horde de SMS. (Comment faisaient-ils avant, les gens, pour gérer des crises de cette ampleur sans SMS ? !) On est des milliers à avoir fait ça cette semaine. Et plusieurs fois, collectivement, on s’est dit : « C’est surréaliste »…

Une chose que j’ai apprise, avec les années, c’est que l’écriture, c’est bon pour le cœur. C’est bon pour l’esprit. C’est bon pour évacuer l’anxiété. C’est bon pour se poser. C’est bon pour l’Histoire.

Même s’il ne reste plus de minutes dans nos journées ou même si on a beaucoup de temps — et je ne sais pas si je suis de bon conseil —, on devrait tous sortir un crayon et un cahier… et écrire. Chaque jour. Tenir un journal de bord. Comme les anciens capitaines qui, même en pleine tempête, écrivaient.

Et je ne sais pas ce qu’on fera de tous ces cahiers après. Mais une chose est certaine, des années plus tard, lorsqu’on les relira, on aura du recul. Une perspective bien différente.

Et peut-être qu’on se rendra compte que, malgré les circonstances dramatiques, pendant toutes ces journées, on aura vécu des moments de grâce. Des moments pleins d’amour. Des moments de grande résilience. Et, surtout, que collectivement, on aura encore été une grande nation.

2 commentaires
  • Jacques de Guise - Abonné 30 mars 2020 13 h 33

    De l'oral au scriptural

    Je profite de vos quatre derniers paragraphes très intéressants sur les fonctions de l’écriture pour souligner l’importance du caractère particulier de la posture réflexive propre à la mentalité scripturale. C’est tellement crucial.

    L’entrée dans le langage écrit ou de type scriptural permet et favorise un type spécifique de connaissance de soi, de réflexion, de conscience culturellement construite en décalage avec le réel immédiat. Dans une perspective éducative, bien que ce soit généralement ignoré, ce passage de l’oral à l’écrit comporte des difficultés inhérentes au remaniement psychique obligatoire qui accompagne cette entrée dans le monde de l’écrit. Les nouvelles didactiques du sujet-écrivant ont bien saisi la nécessité de partir de l’expérience propre des enfants en se fondant sur le « Je » pour assurer cette transition capitale aux nombreux effets pervers si elle ne s’accomplit pas correctement. Toutes les difficultés scolaires s’originent de ce passage raté. Certains vont même jusqu’à penser que ce passage raté vers la maîtrise de ce langage scriptural est lié à une non-maîtrise de soi et à toutes ses conséquences. Un certain regard réflexif sur soi-même est crucial pour se développer et s’autonomiser.

    Les difficultés liées à la transition chaotique du passage de l’oral au scriptural se répercutent de la maternelle à l’enseignement supérieur.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 31 mars 2020 14 h 39

    Sommes-nous encore capable de lire?

    Écrire, écrire...ça permet de réfléchir et de mettre sur papier nos réflexions. Ma plus grande inquiétude en ce moment se situe à un autre niveau: sommes-nous encore capable de lire? Plus nous avançons technologiquement, plus l'information est accessible de toutes parts, plus le taux d'analphabétisme augmente...
    Oui, continuons d'écrire. Ça ne peut faire que du bien. Mais, à l'autre bout de la lorgnette, y aura-t-il quelqu'un qui saura lire?