Au cœur de la tempête

Samedi matin, il est 7 h.

Alors que les Québécoises et Québécois ont reçu l’ordre de rester à la maison, je suis en route vers l’hôpital. Je suis de garde en médecine interne.

J’aime profondément mon métier, qui me permet de communiquer avec mes patients et leur famille, et de les accompagner dans leur cheminement. Ce matin, mon métier s’est transformé et prend un tout autre sens. Je fais désormais partie de la fratrie qui devra être au front. La fratrie qui devra voir et combattre cet ennemi déjà infiltré et redoutable. La fratrie qui devra rester là, quoi qu’il arrive.

J’ai vu les images venues d’ailleurs. Ces images de dizaines, de centaines de corps allongés, inconscients, tenant à la vie par un tube qui les lie à un respirateur. Ces images d’humains, de malades, de tous âges, mourant sans famille ni amis à leur chevet. Ces images de soignants épuisés, ayant perdu espoir, ne voyant plus le bout de ce long tunnel obscur. Le monde, soudainement, propulsé dans un cauchemar éveillé.

Le réseau de la santé continue de se préparer. Nous, soignants, continuons de nous préparer. Face à cet horizon morbide, nous voyons tous la vague se rapprocher. Cette vague dont nous ne distinguons ni la taille ni la forme. À court terme, ça ira, nous dit-on. Cet équipement-là, ça ira, nous dit-on. Mais l’ombre de nos confrères de l’étranger nous accompagne à longueur de journée.

Face à l’inconnu, ce que nous savons, c’est que nous ne voulons pas avoir à choisir qui aura droit à sa chance pour essayer de vivre. Ce que nous savons, c’est que nous ne voulons pas avoir à risquer notre vie pour soigner.

La suite de l’histoire ne dépend que de vous. S’il vous plaît, restez à la maison afin de ralentir la propagation du virus. Afin de nous permettre d’être là pour vous, debout, au coeur de la tempête.

9 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 23 mars 2020 04 h 04

    Mais Madame...

    Mais Madame... Comment cela se fait-il que pratiquement personne dans les hôpitaux - ou services connextes - ne portent pas maintenant une crépille/fillet à cheveux (comme ceux en salle d'opération). Mais Madame... Comment cela se fait-il que pratiquement tout le personnel infirmier et de support en soin soit habillé n'importe comment, généralement selon leurs gôuts personnels. Mais Madame... comment cela se fait-il que certains médecins ressemblent à des arbres de noël avec toutes sortes de décorations accrochés au cou et qui trainent partout sur les "malades". quand ils se penchent...
    Je suis à votre disposition n'importe quand Madame, la bachelière du parchemin iniversitaire s'intitulant "docteur en médecine", pour vous en faire de longues, très longues irresponsabilités des gens de votre milieu de travail...
    Quant au fait que vous craingiez pour votre santé et même pour votre vie... Cela va avec votre emploi, tout comme le monteur d'acier de structure qui risque sa vie à toute les fois qu'il entre au travail. Et lui n'a pas votre salaire. Vous pouvez aussi abdiqué votre mainteint à la Corpo, mettre à la déchiqueuse votre parchemin... et vous rendre à la manufacture du coin... Elle embauche par les temps qui court.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 mars 2020 12 h 08


      Un commentaire de très haut niveau et très édifiant, comme d'habitude...

    • Olivier Gaudreau-Gouache - Abonné 24 mars 2020 12 h 04

      Monsieur Pelletier, je vous déclare service non-essentiel voire nuisible. À dans trois semaines.

    • Marc Pelletier - Abonné 24 mars 2020 12 h 42

      M. Serge Pelletier,

      Je ne connais pas votre âge mais quel qu'il soit, en tant qu'un Pelletier, descendant de mon ancêtre Jean et de son père Guillaume arrivés au Québec en 1641 avec l'épouse de Guillaume, je suis très déçu de votre commentaire ci-dessus.

      Je vous suggère de lire l'article de Mme. Madeleine Pilote-Côté, intitulé : " La solidarité, OK boomers ? ", publié hier dans le journal de Montréal.

      D'autre part, je vous recommande de voir le film intitulé : " Terre, feu et glace " diffusé presqu'à toutes les semaines sur les canaux de films .

      Les personnes plus âgés ont présentement besoin de la solidarité des plus jeunes face au COVID 19, mais au même moment, les jeunes ont aussi besoin de la solidarité des citoyens plus âgés face aux problèmes auxquels ils sont et seront confrontés face au climat.

      La solidarité doit être la priorité no 1 de nous tous, pour les jours, les mois et les années à venir !

  • Bernard LEIFFET - Abonné 23 mars 2020 09 h 11

    Oui à l''entraide d'abord!

    Les nouvelles de l'étranger mettent en évidence que le sort des uns est lié à celui des autres. Madame Malhamé, vous avez le support de ceux et celles qui demeurent dans leur domicile afin de mettre un frein à la propagation du virus. Prendre son quart de travail dans le milieu hospitalier lors de conditions normales n'est déjà pas facile, là où l'imprévu et l'urgence sont toujours présents. Aujourd'hui, des informations circulent concernant en France le décès de trois médecins urgentistes qui ont été atteints par le Covid-19!
    Bien sûr qu'il faut suivre les recommandations de circonstance, comme celle des dirigeants gouvernementaux québécois. Nous avons la chance d'avoir des élu(e)s proactifs qui ont pris rapidement de bonnes décisions pendant que d'autres, comme ceux du gouvernement fédéral, sont encore à espérer que tous les citoyens appliqueront un auto-confinement volontaire. Fermer la frontière trop tardivement avec les États-Unis a facilité la progression du virus. Des mesure devraient a mon avis prévoir de fermer aussi toutes les frontières interprovinciales. Sinon, en fermant les magasins commerciaux, ce sera la ruée et la concentration des gens favorisant les foyers d'épidémie. C'est dans l'union que tous et toutes ensemble que nous réussirons à passer à travers cette période difficile. Je ne chante pas à l'italienne, je ne fais pas de musique à l'espagnole, je lis, je bricole des nichoirs, des maisons à insectes pour mettre dans mon arboretum personnel! Bref, faire un effort chez soi pour sauver une petite partie de notre environnement, voilà ma planche de salut! Bravo à vous Isabelle et au personnel de votre hôpital!

  • Simon Carmichael - Abonné 23 mars 2020 09 h 15

    Merci.

    Merci. J'invite tous et toutes à faire circuler ce texte et à faire tout ce qu'ils peuvent pour convaincre leurs proches de repecter les consignes, notamment les snowbirds qui rentre actuellement de Floride ou d'ailleurs. Assurez-vous qu'ils comprennent qu'ils doivent se mettre en quarantaine, chez-eux, pendant 14 jours. Et ça, ça veut dire, pas de magasinage, épicerie, visite des enfants, ou des amis (dans un sens ou dans l'autre). Le temps où nous devons tous faire notre effort, c'est MAINTENANT.

  • Cyril Dionne - Abonné 23 mars 2020 09 h 27

    Merci Mme Malhamé et aux anges gardiens.

  • Maya Honein - Inscrite 23 mars 2020 11 h 25

    M. S. Pelletier

    Décidément vous n’avez rien compris! Oui Dr Malhameh a bien choisi son métier et n’est pas la à se plaindre, ce qu’elle propose c’est un peu plus de précaution de la part du peuple! Avez-vous récemment visité un hôpital pour savoir comment le corps médical s’habille et se protège face au Covid-19 ? Face à une tempête de neige, le monteur d’acier de structure reste chez lui, le temps que la tempête passe. Face à une pandémie, le corps medical en entier plonge dans la tempête, se mobilise dans les cliniques et les hôpitaux pour offrir de l’aide aux autres. Oui, ils se sont engagés pour ca mais ca ne veut pas dire que notre devoir de citoyen n’a pas lieu d’être! Nous sommes tous responsables de limiter la pandémie et, si ceux qui nous soignent demandent notre aide afin de limiter les dégâts et afin que leurs « parchemins » comme vous les appelez, puissent continuer de servir, le bon sens serait de suivre leurs conseils et de les encourager plutôt que de les critiquer dans des moments comme ceux-ci et pour aucune fin utile!
    J'espère que vous n'aurez jamais besoin de leur aide vu que leur manière de s'habiller ne vous convient pas!

    UN GRAND MERCI A NOTRE CORPS MÉDICAL POUR VOTRE DÉVOUEMENT!