Les infirmières praticiennes spécialisées appelées à la rescousse

À la une du journal Le Devoir du 27 février, le Collège des médecins demande en renfort les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), pour répondre aux demandes d’aide médicale à mourir (AMM) que les médecins ne peuvent assumer. Il fallait s’y attendre.

D’une part, la loi fédérale l’autorise, d’autre part, il y a actuellement des personnes qui répondent aux critères de la loi québécoise, mais qui n’y ont pas accès, à cause de médecins et d’établissements qui refusent de pratiquer l’AMM. De grandes disparités d’accès à l’AMM se manifestent selon les régions. En effet, selon le Rapport sur les soins de fin de vie (2019), en tête de liste du nombre d’AMM pratiquées entre le 15 décembre 2017 et le 31 mars 2018, arrivent le CIUSSS de l’Estrie-CHUS avec 107 AMM et le CIUSSS de l’Est-de-Montréal avec 104 AMM, alors que le CIUSSS du Nord-de-l’Île n’en compte que 22 et le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île 14. Cela signifie que, selon l’établissement où vous êtes hospitalisé, vous n’aurez pas une égalité d’accès à l’aide médicale à mourir, même si vous répondez aux critères inscrits dans la loi, ce qui n’est pas équitable. Des médecins refusent de pratiquer l’AMM et ils sont en droit de refuser pour raison d’objection de conscience.

Cependant, d’autres raisons entrent en ligne de compte : fardeau émotionnel, perception d’un manque d’expertise, lourdeur de la tâche, manque de temps et craintes au plan légal, selon une étude qualitative citée dans le rapport effectuée auprès de 22 médecins qui refusent de pratiquer l’AMM. Des directeurs de services professionnels en milieu hospitalier ont de la difficulté à recruter des médecins, tant pour administrer l’AMM que pour confirmer les critères d’admissibilité. Il n’est donc pas étonnant que le Collège des médecins fasse appel aux IPS qui sont bien formées en matière de soins humanistes et en techniques d’injection. Elles seront encore plus sollicitées après le 12 mars, date à laquelle le critère de fin de vie de la loi québécoise devient inopérant, et par la suite, quand la demande d’AMM fera partie des directives médicales anticipées, comme c’est le cas dans des pays comme les Pays-Bas et la Belgique.

À voir en vidéo