Prendre un train…

Le train fait parler de lui par son absence, le Canadien National et le Canadien Pacifique étant freinés sur leurs rails, comme un murmure dans le temps. Campements de fortune et barricades aux abords du serpent de fer, la résistance est douce mais bien vivante. Des voix s’élèvent dans la nuit, celles des Cris, des Mohawks, des peuples algonquins, celles de ceux trop longtemps oubliés.

Elle est là, l’abîme, celle d’un pays qui s’est fait en défaisant l’autre, celle d’un pays qui s’est bâti sur le dos des autres, transperçant d’est en ouest l’immensité d’un monde, un monde qui était là avant nous, avant l’acier des rails.

Ô toi, Saskatchewan, qui signifie « courant rapide » en cri, peu se souviennent de toi avant l’extermination des bisons, avant l’anéantissement des peuples des Grandes Plaines. Ton nom résonne aujourd’hui comme une vaste étendue de céréales, comme Gordie Howe, bitume et compagnie.

Ô toi, Manitoba, qui signifie « passage du Grand Esprit » en algonquin, peu de gens se souviennent de ton lac Winnipeg, « une mer où l’eau sent quelque chose », une mer où Cris et Sioux échangeaient savoirs et légendes.

Ô toi, Québec, Kapac ! Là où les eaux se rétrécissent, là où l’on débarque, toponyme micmac qui résonnait bien au-delà du Château Frontenac, bien au-delà de la petite gare du Palais.

Il serait temps d’écouter l’autre. Laissez-lui le temps de dire qui il est, laissez-le reprendre ce qui lui a été ôté, laissez-lui la chance de retrouver sa dignité !

Lorsque le train se remettra en marche, nous devrons saisir cette chance qui s’offre à nous, cette main tendue que nous avons ignorée depuis 400 ans. Il serait triste de manquer le train de l’alliance, billet aller simple, ni en classe économique ni en classe affaires, prenons un ticket en classe « frères et soeurs d’Amérique », destination : inconnu !

Pour la suite du monde…

10 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 28 février 2020 07 h 00

    Oui pour la suite du monde

    Ce monde qui aurait pu être si différent mais le destin en a voulu autrement pour la francophonie d'amérique du nord.

    Cette histoire canadienne est différente pour les acteurs, ça dépends toujours de quel bord de la cloture, tu te retrouve. Ci-haut nous avons une version française du cour des choses et plus bas celle d'une anglaise. Et entre les deux les Indiens, toutes tribus confondus.

    https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202002/26/01-5262512-quest-ce-que-le-canada-.php

    À travers tout cela, nous avons droit à un gouvernement canadien qi comme ses prédécesseurs n'est pressé de rien à changer quoi que ce soit sur la façon de fonctionnée dans ce pays colonial post-moderne. La réconciliation de Justintin passait par un pipeline, une façon comme une autre d'unir tous les canadiens, Indiens compris autour d'une thématique métallique du chemin de fer au pipeline. Le canada à toujours relier par le métal, un groupe métal avant l'heure.

  • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2020 07 h 22

    Bravo!

    Quel beau texte.

    Oui, il faudra saisir notre chance cette fois-ci. On ne peut pas être aveugle au système d'apartheid du gouvernement colonialiste canadien. Cette loi sur les Indiens infantilisante doit tomber. Tous n'ont pas les mêmes droits dans ce pays qui a à sa tête, un mauvais acteur de vaudeville.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 février 2020 08 h 21

    Il y a aussi l'Ontario, le Nunavut et le Yukon

    Wikipédia :

    Ontario. La province fut nommée d'après le lac Ontario, un terme dérivant de '' Ontarí:io '', mot venant de la langue huronne et signifiant « grand lac » ou bien « belle eau scintillante ».

    Nunavut (de l'inuktitut : ᓄᓇᕗᑦ /ˈnunavut/, signifiant « notre terre ») est un territoire fédéral du Nord du Canada, bordé au sud par le Manitoba et à l'ouest par les Territoires du Nord-Ouest dont il est séparé le 1er avril 1999, par la loi sur le Nunavut, ainsi que par la loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, bien que les frontières soient établies en 1993.

    Yukon. Le territoire tire son nom du fleuve Yukon. Le fleuve, qui se jette dans la mer de Béring après avoir traversé l'Alaska, est le principal cours d'eau du territoire et la majeure partie de celui-ci se situe sur son bassin versant. Yukon signifie « grande rivière » en gwich’in.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 février 2020 09 h 39

      C'est mieux que :

      Alberta. Devenue officiellement une province en 1905, elle doit son nom au Marquis de Lorne qui fut gouverneur du Canada entre 1878 et 1883. En effet, celui-ci a proposé le nom d'Alberta en l'honneur de sa femme, la princesse Louise Caroline Alberta, qui était la fille de la reine Victoria.

      Colombie-Britannique (en anglais : British Columbia) ou Colombie britannique.

      Île-du-Prince-Édouard. Les Micmacs ont nommé l'île Epekwitk, ce qui signifie « berceau sur les vagues » dans leur langue. Cédée au Royaume-Uni en 1759, elle fut renommée île du Prince-Édouard en 1798. Son nom honore le fils du roi George III, le prince Édouard (Édouard-Auguste de Kent) (1767 – 1820 ; le père de la reine Victoria), qui commandait alors les troupes à Halifax.

      Nouveau-Brunswick. En l'honneur de George III (1738-1820), roi d'Angleterre de 1760 à sa mort. Ce dernier est alors aussi duc de Brunswick. Le duché de Brunswick-Lunebourg correspond en partie à l'actuelle Basse-Saxe, en Allemagne. Il tire son nom de la ville de Brunswick, Braunschweig en allemand.

      Nouvelle-Écosse. Après la Déportation des Acadiens, les terres acadiennes sont allouées aux colons américains provenant de la Nouvelle-Angleterre. Environ 8 000 de ces planters s'établissent dans la colonie entre 1759 et 1774. Une nouvelle immigration écossaise vers l'île du Cap-Breton, tard dans le XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, rétablit de façon effective, une présence écossaise. Des milliers de loyalistes qui s'opposent à l'indépendance américaine, dépouillés de leurs terres et de la plupart de leurs biens par le gouvernement de la nouvelle république américaine, s'échappent après le traité de Paris en 1783 et viennent s'établir en Nouvelle-Écosse. En 1784, la portion continentale du nord-ouest de la colonie est séparée et devient la colonie du Nouveau-Brunswick, en raison du mécontentement des milliers de loyalistes, peu satisfaits d'être gouvernés loin d'Halifax.

      Wikipédia

  • Anne Arseneau - Abonné 28 février 2020 09 h 17

    Merci !

    Pour ce très beau et très éloquent texte !

  • Hélène Paulette - Abonnée 28 février 2020 09 h 18

    Quel beau texte...

    Nous oublions souvent que nous habitons un territoire qui a une longue histoire, nous qui connaissons très mal la nôtre...